Vers Kars

Le texte qui suit évoque un bref voyage :

4 jours et un matin d’avril,

de Milan à Kars.

Un texte ? Pas tout à fait. Un mélange de notes qui souvent se développent en phrases, d’élans de phrases qui se rétractent en simples notes. De vraies phrases. Des vraies notes.

Ces mots, jetés sur un bloc-note obtenu par gestes et sourires dans une papèterie de Kars, ont été écrits la nuit, posée dans un fauteuil du Güngoren. Le cendrier débordait de mégots des Malboro que je n’avais pas pensé à fumer dans la journée. La bouteille de Pinar se vidait lentement. La rédaction s’interrompait, la fenêtre s’ouvrait. Je respirais l’air glacial de cette rue de traverse aux immeubles quelconques. Je me murmurais alors, jubilante,  » Je suis à Kars. »

 

Vers Kars

 

Milan-Istanbul en préambule : vol de la Swiss pour Zurich, j’arrive très en avance (because mieux vaut être prévoyante vu le trafic de la capitale lombarde) l’hôtesse m’enregistre sur le vol précédent (10.05 au lieu de 10.55), survol des Alpes Sud-Nord en avalant une infâme lavasse, Zurich, vertes prairies et petites fleurs, la Suisse se caricature elle-même, débarquement au terminal A, ré-embarquement au terminal E ce qui me vaut de repasser tous les contrôles, je me chope comme voisin d’avion le seul passager qui enlève ses pompes (je l’avais repéré dans la salle d’embarquement), survol des Alpes Nord-Sud-Est, puis le Danube, sa plaine et ses champs bien ordonnés où flamboie le colza, la mer de Marmara, Istanbul.

Un long couloir, une longue file pour le contrôle des documents d’identité (mais quand donc la Turquie fera-t-elle partie de l’UE ?!), plongée sous terre dans un gigantesque hall désert tout de carrelage vernissé et métal, métro pas métro mais c’est mieux puisqu’on voit les faubourgs d’Istanbul : un chapiteau en lambeaux suite à un incendie, des immeubles styles ZUP, descente à Zeytinburnu (enfin, un truc de ce genre), à la sortie, à gauche le tram direction Kabatas. Il sillonne des rues plus étroites et je me dis que ne serait-ce l’écriture et les drapeaux turcs, je pourrais tout à fait être dans les faubourgs d’Athènes : même style de grandes vitrines derrières lesquelles apparaissent quantités de marchandises posées un peu à la « comme ça vient », même style de grandes enseignes. Descente à Gülhane, 5 minutes de marche et hop ! l’hôtel, moins d’une heure après avoir quitté l’aéroport et délestée de la somme modique de 2,80 TL.

La jeune et blonde et avenante réceptionniste me demande pourquoi donc je ne reste qu’une seule journée à Istanbul et quand je lui annonce que ce n’est qu’une étape sur la route de Kars, elle ouvre des mirettes gigantesques : « Kars ?!? Mais que vas-tu faire à Kars ?!? ». Mon « Voir comment c’est. » n’a pas l’air de la convaincre, mais ni le temps ni l’envie de discuter : il faut que je récupère mon billet de train.

Juste le temps de poser le sac dans une chambre très lumineuse au 5° et dernier étage avec 3 lits pour moi toute seule, et direction Divan Yolu, sans plan, me fiant à mon quasi-infaillible sens de l’orientation.

Mauvaise idée ! Je tourne, et retourne et reretourne autour de la rue sans réussir à la trouver : il faut dire qu’ils n’écrivent pas les noms des rues à chaque intersection et que je n’ai pas vraiment idée de ce à quoi elle peut bien ressembler.
Le quartier est pénible. Les vendeurs harcèlent pour qu’on vienne jeter un coup d’œil à leur magasin, des dragueurs qui ont dû prendre des cours à Rome (la technique est la même, ils se pétrifient tout sourire à votre passage comme si vous étiez une apparition céleste et vous lancent non un « Ciao bella » certes, mais un « hello » engageant) vous interpellent. Je trace, hiératique et hautaine, me répétant en boucle ma ! va ! a ! cagare !, en me demandant où peut bien être cette maudite rue, d’autant plus que je suis au bord de l’hypoglycémie les sandwichs de la Swiss étant des modèles de miniatures.
Je tombe enfin par hasard sur l’agence, m’y engouffre en trombe, vêtue de peaux de bêtes, échevelée, livide au milieu des tempêtes et m’enquiert de mon billet auprès d’un employé, ébahi mais très professionnel, qui après m’avoir tout expliqué en détail, me pose la question fatidique : « Mais pourquoi allez-vous à Kars ? » Bon ! je développe, je lui parle de Pamuk, d’Ani (heureusement qu’il y a ce site à proximité pour fournir une esquisse de prétexte plausible) et… et il a l’air a peu près aussi convaincu que la réceptionniste. C’est décidé ! Au prochain Stambouliote qui me posera la question, je dirai que je pars à Antalya ou Izmir me dorer la pilule sur un transat en sirotant des cocktails !

Le billet en poche, je quitte ce déplaisant quartier, dévale les rues qui descendent vers la Corne d’Or, l’atteint au crépuscule. Ca va tout de suite mieux…
Une forte brise,
le bruit du ressac qui heurte les quais,
celui des moteurs des bateaux,
l’odeur des marrons chauds,
du maïs grillé,
du poisson grillant sur de gigantesques plaques montées sur des bateaux amarrés,
le dense va-et-vient des Stambouliotes…
Je cherche, en vain, l’embarcadère pour Eyüp puis, vu que les clients des bateaux-grill sont essentiellement Stambouliotes, je décide que c’est là que je mangerai, ce qui se révèle être une excellente idée : ces sandwichs de poissons sont savoureux, copieux et peu chers. La nuit tombe, le ciel se fait plus sombre. Une halte dans une pâtisserie : gâteaux-bouchée à la noix (au sens propre) sucrés à souhait.

Choix difficile du lit, réveil du portable réglé à 8 heures histoire d’avoir le temps de faire un tour et changer l’argent avant de prendre la direction de l’aéroport.

Nuit difficile. Un policier gonflé à l’hélium et pourvu d’une gigantesque moustache me demande des centaines de fois, quelle que soit ma réponse, pourquoi je suis à Kars. Réveil. Un train fonce, les vitres cinglées par une pluie violente dont le crépitement s’associe au grondement des roues en un fracas assourdissant, seul vestige d’un monde désormais inexistant : le train file sans fin, vers nulle part.

 Une légère modification lumineuse sous les paupières m’avertit de l’aube. Les goélands se disputent avec les corneilles. La ville est étrangement silencieuse.
Et si je n’y allais pas ? Si je restais tranquillement à Istanbul à compter les bateaux jusqu’à l’arrivée de PierAndrea ?
Je me traine jusqu’à la salle du petit déjeuner, avale un thé âcre et dense qui finit de me dessécher la bouche, me mets en quête d’un bureau de change. Ceux qui disent qu’il y en a partout à Istanbul racontent des blagues, m’enfin, j’en trouve enfin 1 sur Divan Yolu, reprend la direction de l’eau, me pose au soleil sur le parapet d’un quai.
Le malaise peine à se dissiper et il me reste peu de temps pour prendre une décision. Respirer, raisonner : tout est calé, je ne risque rien. Ca ne fonctionne pas. Respirer, déraisonner : très bien ! l’affreux policier va me condamner à être enchaînée sous le pont de Kars, les pieds dans l’eau pour qu’ils soient dévorés par les célèbres requins d’eau douce des fleuves anatoliens, le reste de ma carcasse en pâture des loups qui me boufferont petit à petit pour que l’agonie dure longtemps. Ca marche. Je compte 20 méduses et j’y vais.

Récupération du bagage à l’hôtel. Appel à Kars, la réceptionniste me servant d’interprète, pour vérifier que l’hôtel est bien réservé et je sors accompagnée du tranquillisant « be carefull ! » de cette serviable et encourageante personne.

Retour à l’aéroport par le chemin inverse de la veille, contrôle des bagages avant même d’entrer dans l’aérogare, direction le terminal domestique, consultation des écrans : ah … le vol est annoncé avec l’heure et le numéro mais c’est tout. La seule indication supplémentaire c’est « last call », de numéro de comptoir point. C’est simple en fait, chaque compagnie desservant le territoire national a sa file de comptoir et on prend le premier libre. L’employée de THY me cause, me répète 4 fois la même chose et je la regarde, idiote. Il ne m’effleure pas l’esprit qu’elle puisse me parler turc et je me dis qu’elle a un épouvantable accent anglais… Il faudra un « sorry » de ma part pour qu’elle me demande avec un accent mickeyien parfait où je vais… ah of course ! « Kayseri ».
Récupération de la carte d’embarquement, je m’installe pour attendre l’heure requise, jette un coup d’œil aux écrans pour voir où en sont les « last call » et là…damned ! Ils sont en train d’appeler les passagers qui devraient être partis depuis une heure ! Mon andouille de portable qui mène une vie autonome est passé de son propre chef à l’heure turque au beau milieu de la nuit !!

Deux heures trente à tuer dans un hall d’aéroport donc, et je ne peux même pas me faire cirer les pompes puisqu’elles sont en nubuck. Je plonge alors la main dans le sac pour saisir « Neige » et m’immerger dans cette familière lecture… mais de « Neige » point, la blanche couverture s’est confondue avec les draps et je l’ai laissé à l’hôtel.
2 h 30 c’est trop juste pour aller le chercher, je risque de louper l’avion (ça serait pas une bonne idée ça ? un chef-d’œuvre d’acte manqué…) Tant pis pour « Neige » donc, mais il me faut de la lecture.
Dans le terminal domestique, je peux acheter du déodorant Nivea et autres assortiments de cosmétiques, des tas de sucreries emballées, des jouets et des journaux turcs. Cap sur le terminal international, parcouru d’un pas alerte dans tous les sens avant de trouver un marchand de journaux chez lequel les quotidiens français et italiens sont épuisés. J’acquiers toutefois « Snow » dont la couverture s’orne du palais d’Istchak Pasha cis à Dogubayazit et une méthode d’apprentissage du français à usage des Turcs. J’y apprends que « Je suis souvent pris de vertige » se prononce « jö sui suvan pri dö vertij » et autres choses de ce style, ce qui est fondamentalement utile.

Embarquement à l’heure. Je suis obligée de faire lever deux Turcs déjà installés pour atteindre mon siège-hublot. Ils louchent tellement sur le passeport que je tiens toujours à la main que ne voulant pas leur infliger un irréversible strabisme, je leur annonce que je suis française.
La conversation est engagée et l’une des premières questions est… où je vais. Ah zut ! Je ne peux pas leur sortir Antalya ou Izmir parce que dans un avion Istanbul-Kayseri, ce n’est définitivement pas crédible. Kars donc. Un sérafin déploie lentement ses trois paires d’ailes, j’en profite pour chercher dare-dare une explication plausible… mais non… Ils me regardent et le verdict tombe : « Tu n’es pas assez habillée ! Il fait froid à Kars ! très très froid ! » Ils n’ont pas l’air de croire que mon sac contient une parka suffisamment chaude pour affronter la rigueur sibérienne du Far-East turc. Le sujet évacué la conversation roulera, plaisante, sur l’Europe, sur la Turquie qu’ils me disent si mal connaître tout en m’en citant les nombreuses richesses patrimoniales. Des petits riens, de la convivialité alors que l’avion survole une terre rouge marbrée de vert, de jaune, de bleu.
A l’approche de Kayseri l’A319 effleure des montagnes enneigées que mes compagnons me désignent gravement : « C’est là que tu vas ! » Ca pourrait être pire : il y a aussi une énorme masse blanche dont les sommets se perdent dans de sombres nuages.

Débarquement, j’entre dans l’aérogare, inspiration-expiration, je sors de l’aérogare (je ne suis pas affligée d’une remarquable lenteur respiratoire, il est minuscule), saute dans le premier des deux taxis présents, lui demande la gare.

–      Cappadokia ?

–      Non, Erzurum Ekspesi.

12 TL plus loin il me dépose devant une jolie petite gare rose, j’entre, inspiration-expiration, débouche sur le quai, me trouve nez à nez avec un membre de la polis, seul être humain visible à des km à la ronde, tourne les talons, inspiration-expiration, et je suis de nouveau sur le perron de la gare.
Bon…
bon…
bon…euh…
bon, ben, puisque j’ai six heures à passer à Kayseri, autant aller y jeter un œil.

Le centre-ville c’est tout droit, une longue et large avenue bordée de magasins de style turco-grec (ou greco-turc, je ne souhaite froisser aucune fierté nationale). Il fait chaud, il n’y a pas d’ombre, la circulation est dense. Des remparts, enserrés de larges avenues, enserrant un dédale de rues pleines de magasins gt ou tg, beaucoup de textile me semble-t-il, ou sont-ce les quelques exemplaires remarquables de ce genre d’articles, tels les couvre-lits de tulle rouge et noir qui laissent supposer des nuits rien moins que chastes ou cette hallucinante robe de soirée verte pleine de frou-frou, qui m’ont donné cette impression ? En tous cas, là, au cœur de cette enceinte fortifiée, le dense réseau de boutiques dégorge de marchandises lancées à l’assaut de la foule hétéroclite des passants.

Je fatigue, l’agitation de la ville et les 5 kg de mon sac commencent à me peser, je me perds, tourne en rond, le plan du Rough ne vaut rien, sur les bancs au soleil, il fait trop chaud, sur ceux à l’ombre, frais. Je me mets donc en quête d’un internet café et là, ça se complique (crois-je) parce que là où il y a des enseignes (pas si nombreuses), c’est une porte vitrée, un espace vide et un escalier et j’aimerais tout de même savoir où je mets les pieds avant de les y mettre.
Tant pis ! Je pousse une porte, gravis les escaliers, pénètre dans une vaste salle lumineuse pourvue d’une bonne cinquantaine d’ordi, au tiers pleine. Le type derrière le comptoir lève la tête et me regarde d’un air tellement ahuri que j’hésite un instant : dois-je redescendre et monter lourdement les escaliers pour qu’il réalise que je fais comme tout le monde et ne m’incarne pas ex-nihilo comme il semble l’envisager ?
Pas moyen, pour une raison inconnue, d’accéder aux mails orange.fr, ni alice.it ; je crée donc pour l’occasion une adresse yahoo, qui fonctionne, et envoie quelques mails enthousiastes (ben, oui, mon entourage est tellement inquiet de ce bref voyage, que je ne me vois pas l’inquiéter davantage avec mes doutes).
Je sirote le thé que m’a apporté le gérant (mais ils ne le boivent donc pas aussi dense que celui que j’ai absorbé ce matin ? Il y a là un truc que je vais devoir tirer au clair…).
Les héros à souris dans mon dos descendent leurs adversaires les uns après les autres.
Il neige sur Kars m’indique le site météo turc.
La nuit tombe.
Et certains finissent de me saper le moral : ils rigolent. (confortablement installés devant leur écran d’ordi la neige à Kars ou la gare de Kayseri ça peut faire rire, oui, mais fatiguée et en live…).

Le train est prévu à 20.20, il me reste donc une petite heure pour rejoindre la gare. Je me perds, m’oriente à nouveau, aperçois enfin l’ « imposant bâtiment » qui est devenu vert-fluo avec la nuit, au bout de l’avenue. Les boutiques ferment, les passants se font plus rares.

Et si le train était déjà passé ? C’est vrai quoi ! Pourquoi ne fonctionneraient-ils pas comme les ferries grecs : toujours en retard mais LA fois où ils sont en avance ils n’attendent pas ? Je dors là ? Comment je trouve un hôtel dans cette ville ? Ceux que j’ai vus ne m’inspirent pas ! Et après, ou tout de suite, je prends un bus ? Pour où ? Pour Kars ? Pour Istanbul ? Il y a des bus directs Kayseri-Kars ? Et ils ont des pneus neige les bus pour Kars ? J’ai beau presser le pas pour semer mon cerveau embourbé dans des interrogations stériles et délirantes, rien n’y fait, je ratiocine. Cette allure fend la bise me permet au moins d’atteindre la gare en un temps record. Gare désormais animée, pleine de voyageurs d’âge et de tenues vestimentaires variées, souvent lourdement chargés y compris de truc genre ordinateurs, des couples, des familles, des jeunes qui voyagent en groupe.

Erzurum Ekspresi, 21:05, 45 minutes de retard. Relâche.

A 21:05 exactement l’œil du cyclope à 6 wagons, troue l’obscurité de la nuit, grandit, s’immobilise à quai. En 5 minutes tout le monde est à bord. Je suis confortablement installée dans une spacieuse cabine pourvue d’un lavabo, avec serviette fournie ainsi que les chaussons, et d’un frigo.

Le train s’ébranle, l’Anatolie scintille.

Difficile de trouver le sommeil, la tension accumulée, les soubresauts du train, la chaleur.

2:00, j’ouvre le store.

L’Anatolie est noire : le ciel scintille.

Sereno

 Dopo tanta
nebbia
a una
a una
si svelano
le stelle
Respiro
il fresco
che mi lascia
il colore del cielo
Mi riconosco
immagine
passeggera
presa in un giro
immortale

(Après tant de brouillard, une à une se dévoilent les étoiles. Je respire la fraîcheur de la nuit qui me laisse la couleur du ciel. Je me reconnais image passagère prise dans un mouvement immortel)

Sono stato
uno stagno di buio

Ora mordo
come un bambino la mamella
lo spazio.

Ora sono ubriaco
d’universo.

(J’ai été un étang d’obscurité. Maintenant je mords l’espace comme un enfant le sein. Maintenant je suis ivre d’univers)

7 heures et quelques : le soleil inonde mon compartiment, une ville se profile à l’horizon. Vu la taille et l’heure cela ne peut être qu’Erzincan. Elle est adossée à de hautes montagnes au profil arrondi, gris-bleutées. Le dôme métallique d’une mosquée étincelle dans son écrin d’immeubles colorés aux tons chauds. Le train y fait une brève halte -l’échange de passagers est maigre, et repart vers l’Est.

Et là…

Là c’est difficile à décrire et toute tentative de faire approcher par des mots les paysages que va traverser ce tortillard (ouais parce qu’il s’appelle Erzurum Ekspresi mais dans les deux il n’y a qu’Erzurum de vrai, Ekspresi, ahahah, les seuls véhicules qu’il double sont les tracteurs et les charrettes. En vitesse de pointe il doit faire dans les 50 km/h, mais c’est tant mieux…) me semble un peu vaine.

J’essaye…

Après Erzincan, le train traverse une alternance de gorges et de amples hauts plateaux. Les sommets sont encore couverts de neige qui rivalise de blancheur avec les nuages qui s’y accrochent, mais elle fond. Les cours d’eau ruissellent, rapides, gorgés. L’eau abonde, sur les plateaux de vastes flaques reflètent les nuages quand elles ne frissonnent pas sous le vent.
Bleu d’eau, bleu de ciel, bleu vif des bâches tendues sur certains toits.
Gris d’eau, gris de roche dure, gris de sable, gris d’herbe qui retrouve à peine la lumière.
Brun d’eau boueuse, brun de terre qui parfois vire au rouge.
Vert d’eau, vert des prairies à perte de vue.

Des reliefs très découpés aux angles aigus qui déchirent le ciel ou de molles collines aux courbes douces qui le caressent.

Il n’y a pas d’autres barrières visibles que celles imposés par les éléments ou la géologie et les murs des habitations, rares, des hommes.

Près de celles-ci de petits garçons aux cheveux coupés ras, jouent au foot sur des terrains improvisés (ce n’est pas la place qui leur manque) de dimensions proportionnelles à leur taille ou à leur entrain. S’ils ne sont pas dans le feu d’une action décisive, ils interrompent le jeu pour saluer de la main le train qui passe. Comme tous les enfants d’ailleurs, sauf ceux d’Horasan qui lui tirent la langue ou le canardent avec tous les projectiles qui leur tombent sous la main : de la bouse de vache au tuyau d’alu. Horasan est apparemment une grosse garnison militaire : un lien de cause à effet ?

Ailleurs paissent des troupeaux de petites vaches brunes qui ne dédaignent pas, sur les reliefs accidentés de jouer les chèvres. Troupeaux parfois très grands (200 têtes faciles) parfois très modestes, 4 ou 5 vaches, mais toujours accompagnées d’un ou plusieurs vachers. Curieusement les ovins sont plus rares. Autre animal qui en toute logique (enfin la mienne) devrait être domestique : le chien. De véritables meutes sont couchées dans les prairies, loin de toute habitation visible.

Et puis, les oiseaux, des hérons cendrés, des butors (?), des canards sauvages et même des cigognes (déjà là ?), d’étranges rapaces blancs aussi (ça mue les rapaces ? Ils ont un plumage d’hiver ?).
Végétaux et animaux s’associent pour créer des images étonnamment graphiques telles ce bosquet de peupliers à l’écorce brillante se détachant sur l’azur, constellés des tâches noires d’innombrables corbeaux.

Peu d’arbres… sauf dans quelques coins que j’imagine protégés du vent.

De temps à autre apparaît une ville, Erzincan déjà évoquée, Erzurum ceinte de montagnes où le train se videra presque complètement de ses passagers, ne servant plus que d’omnibus : les passagers montent dans un bled et descendent au bled suivant. Curieusement pour l’Européenne de l’Ouest que je suis, les gares sont rejetées à la périphérie des villes, à la limite de la pampa. Dans cet espace urbain là, se trouvent de grands immeubles, récents voire même encore en construction, colorés, tous identiques ou alors des masures plus qu’humbles, toutes pourvues d’une parabole toutefois.

Des bleds, oui, des bleds… des habitations basses de pierre sèche aux toits terrasses, ou de tôle, parfois crépies de blanc ce qui permet de repérer leur existence, leur couleur les confondant sans cela avec le paysage minéral qui les entoure. Seul le fin minaret de la mosquée donne une touche verticale.
De nombreuses maisons en ruine, sans doute abandonnées au profit de petits immeubles flambants neufs, souvent rouge-orangé, complètement improbables dans ces lieux, et pourtant là.

Le train grimpe encore, serpente dans la neige interrompue par de sombres bois de sapins, redescend sur un gigantesque haut-plateau : eaux courantes et herbes meurtries par l’hiver, nuages qui crèvent en averses, c’est tout.

Et là-bas, tout au fond, Kars.

 Il doit rester, si j’en crois les contrôles de ponctualité effectués tout au long du parcours, une petite heure avant d’atteindre ma destination.

Je regrette soudain que ce soit si peu. Autant j’appréhendais un peu ces 20 heures de train, autant maintenant qu’elles touchent à leur fin je sens poindre, déjà, une vague nostalgie. Il n’est pas si souvent donné d’assister à un spectacle aussi changeant, d’aller d’ample surprise en surprise plus ample encore. Je me gave d’espace depuis des heures et je n’en suis pas encore rassasiée.
A cet instant, mon désir serait de descendre quelques heures pour apprendre à nouveau à marcher sur un support ferme puis reprendre le train pour Bakou. Mais il n’y a pas de Kars-Bakou, alors…

Une vague crainte m’effleure à nouveau : j’atteins Kars. C’est ici, exactement ici, que j’ai voulu venir. Tout le reste, tous ces paysages que je viens de traverser, je n’en soupçonnais même pas l’existence.
Sauf pour ceux qui rejoignent la Géorgie ou l’Arménie par voie terrestre, Kars est un lieu contournable par excellence. Oui, mais…

Oui, mais la neige qui y tombe sur des palais russes décatis l’isole du monde. Dans cette île, un homme a peur, aime, écrit. Et puis ce nom, Kars, rudesse minérale, karst.

Ka, Kar, Kars. Ka… Kar… Kars…

J’ai longtemps rêvé de Kars, sans même savoir où elle était. Puis une association sonore : Kiev-Kars. Une carte. J’y irai. Mais entre le « j’y irai » et le « j’y suis », il y a une nuance de taille, surtout à mon âge où on sait que tous les fantasmes ne sont pas bons à assouvir.

Le train s’immobilise devant une gare qui n’a rien, mais alors rien ! d’une gare. Un immeuble à deux étages, jaune et bleu, des rideaux aux fenêtres, que l’on traverse pour se retrouver sur une dalle de béton brut surplombant un terrain vague de terre battue où stationnent deux taxis.

Je choisis celui étiqueté Allah Horusun, car bien que j’ignore totalement le sens de l’expression, j’imagine qu’elle indique les bonnes relations du chauffeur avec le Très-Haut, ce qui ne peut être que bénéfique. J’indique le nom de l’hôtel, ouvre la portière et pénètre dans Kitch-Palace. Une couronne de roses en tissu entoure le rétroviseur, il y a des petites images un peu partout (pas moyen de me souvenir ce qu’elles représentaient…) et des pendeloques fixées à la lunette arrière me battent sur la nuque. Musique orientale adonf…

Mon carrosse s’ébranle, cahote dans les ornières ou sur les pavés, aborde la ville. Je m’y sens bien tout de suite. Qu’elle ait ou non un rapport avec mes rêves est désormais sans importance.

Le taxi me dépose à l’hôtel (5, 50 TL) et pendant que je remplis ma fiche et règle mon séjour (90 TL, 3 nuits), j’entends le son particulièrement incongru de la langue anglaise. Ayant levé la tête, je vis un Turc, petit, rond et moustachu : j’en déduisis immédiatement qu’il était en train de me causer d’Ani. En effet…rendez-vous est pris pour le lendemain 8 heures.

Je dépose le sac dans une chambre très spacieuse, reste un moment perplexe devant la chromo qui l’orne (la Suisse !! Un petit chalet dans son écrin de sapins, au bord d’une cascade qui éclabousse des prairies fleuries …!?) et sors faire un tour.

Quête d’un internet café pour envoyer à mes proches que ce n’est pas là que les Romains avait écrit « Hic sunt leones » (en suis-je bien sûre ? Je n’ai peut-être tout simplement pas vu le panneau). Je me plante, entre dans un restaurant où ne sont attablés, comme d’habitude, que des hommes, fais une longue tirade au serveur qui s’approche, lequel me répond par une autre tirade, non moins longue, en turc. Bon, ben, on va aller à la substantifique moëlle de l’essentiel alors : « internet, lütfen ». Il me fait signe de le suivre, me conduit en haut de la rue dans un local qui se distingue par les chaises pourvues de coussins roses flaschy-froufroutant alignées sur le trottoir.

C’est un local minuscule et je peine à trouver l’espace nécessaire pour me plier et m’encastrer sous l’ordi. Il est assez étonnant ce café, une ambiance très cosy qui ne colle pas avec celles que j’ai pu voir jusqu’à présent et le seul mot que je comprends de la grande feuille imprimée, sur le mur en face de moi, c’est : erotik. Un peu dubitative suis-je… Je jetterais volontiers un coup d’oeil sur les écrans de mes voisins pour vérifier qu’ils sont toujours en train de zigouiller leurs ennemis virtuels mais les box sont si hermétiques que c’est impossible. Bon…il y a des filtres protège-morale dans les cafés internet turcs, paraît-il, et puis quand bien même… ils font ce qu’ils veulent. J’arrange juste mes bouclettes de cheveux de façon à laisser supposer qu’elles dissimulent une barbe drue et fournie et envoie mes mails rassurants.

Repas dans un restaurant qui me paraît tout à coup tellement familier (l’espace un peu nu, les mets dans des plats d’alus alignés dans une vitrine à travers laquelle on choisit) que je laisse échapper un « Geia sas ». Une soupe, un plat d’agneau en sauce avec légumes, un plat de légumes, une salade, une bouteille d’eau et un café : 15 TL.

Et Kars alors…

Un plan hippodamien rigoureux, des rues larges, plus ou moins, jamais trop, jamais trop peu. Et sur ce maillage strict… le chaos. Un chaos fluide, qui respire.
Des constructions d’allure russe, de la petite échoppe à l’imposant immeuble, aux façades délicatement moulurées, croulantes ou récemment restaurées, de couleur pastel ou d’un noir austère, voisinent, s’imbriquent dans de récents bâtiments de béton présentant les mêmes caractéristiques d’état et de couleur mais sur les façades desquels les moulures ont cédé la place à de coruscantes enseignes.
Les chaussées sont souvent pavées, les trottoirs larges, plantés d’arbres nus encore.
Il s’y ouvre de nombreuses boutiques, épiceries aux présentoirs extérieurs, crèmeries (fréquentes, la spécialité de Kars est le fromage, et le miel, également vendu en crèmerie), magasins de vêtements, d’électroménager, de téléphonie, d’ameublement (lit carrossé Ferrari, fauteuils Petit Chaperon Rouge mutant : les pieds se terminent par des escarpins dont les lacets remontent gracieusement le long des « jambes » en un délicat entrelacs, le siège s’ orne d’une jupette rouge, et en haut du dossier s’épanouit le visage joufflu et rose d’une fillette aux tresses blondes). Un super marché éclaté en mille lieux.

D’élégants hommes en costume seyant et par-dessus impeccable peuvent croiser le paysan avec sa vache.

Une R 12 bleu délavé dans le coffre ouvert de laquelle bêlent deux béliers qui ne goûtent manifestement pas l’excursion passe sous un panneau publicitaire à cristaux liquides dernier cri.

Il a neigé.

Les rues sont sèches, mais cette blancheur sur le toit…

Douche glaciale qui me rétrécit de 20 cm et petit-déj, fromage et miel.

Selim (Celil ?) est là, ponctuel, accompagné de l’unique autre touriste de Kars, lequel me serre vigoureusement la pince en émettant un sonore « Danke ». J’arrête in-extrémis le « Bitte » en lui rendant sa poignée de main : ce n’est pas parce que l’espace a des effets curieux sur mes voisins du Nord que je dois me laisser entraîner.
Je profite de sa question « Where are you from ? » pour la lui retourner.
Méprise : il n’est pas allemand, mais anglais (je ne suis pas très perspicace : ce teint « hortensia sous la bruine » aurait pourtant dû me permettre d’identifier aussitôt un sujet de sa Très Gracieuse Majesté).
J’ai quelques réticences envers les Anglais, mais Duncan est sympa : il est à Kars (venu en train de Londres), c’est le premier être en chair et en os qui me dit que je suis « très courageuse » (les autres c’est plutôt que je suis folle, inconsciente et autres gentillesses du genre), il est parfaitement francophone, il est drôle (A Igdir, avec cet accent sooo british : « Vous ne trouvez pas, Catherine, qu’il y a beaucoup de poussière, ici ? …Vous ne croyez pas que c’est pour cette raison que les femmes se voilent ?« …Ailleurs : « J’étais assis sur l’aile d’un avion d’Air Afrique et, au décollage, j’entends un grand bruit, vois une partie de l’aile qui se détache, laissant un trou. J’ai pensé que ce n’était peut-être pas tout à fait normal… » A cet instant, je me demande d’ailleurs si je ne vais pas lui demander de me filer quelques cours de flegme). Il a un énorme défaut : je ne verrai plus une addition jusqu’à la fin du séjour, et s’il y a bien un truc que je déteste, c’est de me faire entretenir, même par un banquier anglais en balade à Kars.

Direction Ani, 45 km au sud-est de Kars. Je laisse ces messieurs deviser sur les relations politiques houleuses de la région et m’absorbe dans la contemplation du paysage.

Ces montagnes vers lesquelles nous roulons c’est l’Arménie.

Une large 4 voies, presque lisse, depuis que le premier ministre est venu, il y a deux ans, et a décidé qu’il fallait refaire la route.

Les mêmes paysages que la veille, mais qui se déclinent ce matin en un camaïeu de gris, blanc, brun si sombre qu’il en est noir.

Un ciel nuageux. Du vent.

Les lacs de soleil glissent, se poursuivent, mettent en relief les rares anfractuosités du terrain, aussitôt replongées dans l’ombre.

Des pierres parsèment le sol. Elles sont ici et là amoncelées en petits monticules pour dégager la terre et la rendre apte à de sinueux labours.

Des chevaux paissent. Libres.

Deux profondes entailles tranchent le plateau. A l’est une gorge très encaissée, étroite, au fond coulent les eaux vertes de l’Arpaçay qui signe la frontière avec l’Arménie, à l’ouest une faille plus large, aux parois blanchâtres percées de grottes. Entre les deux, Ani.

Ani, c’est l’ancienne capitale de l’Arménie, une ville qui, au temps de sa splendeur, compta jusqu’à 100 000 habitants.

Un vaste espace herbeux, constellé de pierres inidentifiables, où se dressent les imposantes carcasses d’églises arméniennes du tournant du millénaire, et d’une mosquée.

Du silence.

Un imprévu.

Je devais passer la seconde journée à me balader dans Kars, à jouer la parfaite touriste pamukienne (tous les lieux du roman sont réels) mais Celil (ou Selim ?) a évoqué la possibilité d’une excursion d’une journée à Dogubayazit. Ca ne me dit pas grand chose Dogubayazit. Dernière ville turque avant l’Iran, palais d’Ishak Pacha, elle doit être kurde et …euh… et… euh… elle est à quelques 200 km de Kars et là, là je ne résiste plus, la tentation de la route est irrépressible, tant pis pour Orhan.

Je croyais y aller dans la confortable Doblo de notre organisateur, mais non, c’est un taxi jaune, genre fiat 130 mais avec un T à la place de l’écusson italien, qui stationne devant l’hôtel. Le chauffeur, homme grand et bien en chair, à la barbe et moustache d’un noir de jais, aux cheveux noirs charbonneux, aux lunettes noires à montures noires aile de corbeau (le genre que si je le croise le soir au coin d’un bois, je prends la poudre d’escampette en vitesse) contraste avec les lirettes vivement multicolores qui couvrent les sièges.

On paie d’avance (300TL) et miiiiaaaoooon, c’est parti.

Erdogan n’a pas du passer par là récemment, c’est une deux voies dont le revêtement laisse à désirer. Mais Izmet conduit bien, c’est décidé et souple, agréable (et très attentionné, il ralentit, voire s’arrête, chaque fois qu’il me voit saisir l’appareil photo. Il fait une pause à mi-chemin et nous achète des boissons), je peux m’adonner à mon activité favorite : regarder défiler le paysage.

Ca commence comme la veille sauf qu’on passe à gauche et non à droite de la colline avec une antenne.

La neige (pas celle de la veille, fondue en matinée, celle de l’hiver), toute de courbes, se retire, blanche. Les labours, tout d’angles, avancent, noirs. Pas un arbre.

C’est rude… Des bleds, vraiment perdus, mais pourvus pour les plus grands d’entre-eux de rutilants établissements scolaires de dimensions conséquentes, s’étalent, prennent leurs aises.

Soudain, à l’improviste, le plateau s’arrête, en surplomb sur la vallée de l’Aras dont les eaux jaunes roulent vers la Caspienne.

La route descend en lacets serrés et pénètre dans une verdoyante oasis : hautes herbes, arbres fruitiers en fleurs, la végétation exulte. Tout autour de douces collines minérales nous interprètent « variations en rouges ».

A l’horizon l’Ararat se dresse, solitaire, masse blanche scintillante se confondant presque avec les mats nuages laiteux qui l’enveloppent.

Gravir l’amorce de ses pentes, des coulées de basalte où l’herbe printanière s’acharne, vert luisant rivalisant avec la brillance du noir. Ca et là, les minuscules points blancs des tentes de bergers venus traire les chèvres.

Une cuvette, hérissée de l’échine d’un dinosaure endormi, où brillent des nappes d’eau. Là, des troupeaux, des villages de pierre où les briques de bouse s’entassent en prévision de l’hiver suivant, des enfants qui agitent des bouteilles d’eau au passage de la voiture.

Dogubayazit.

Ca ne ressemble pas à Kars, Dogubayazit.
Plus de maisons russes, du béton. Une foule dense. Les produits de la terre qui s’exposent sur ces plateaux de bois montés sur roues. Des camions, une ville grouillante, bordélique, moyen-orientale and… so dusty.
Dans le plukitchtumeurs restaurant (une sorte de grotte dans laquelle sont reconstituées toutes les curiosités touristiques de la Turquie en carton-pâte) où nous déposera le taxi, à côté des tables masculines, des femmes, voilées ou non, seules ou en groupes, sont attablées, fument, bavardent.

Visite du palais d’Ishak Pacha. C’est beau, doté d’une riche sculpture, mais je suis saturée de bâtiments médiévaux et passe mon temps à essayer tous les appuis de fenêtre pour comparer les points de vue.

Retour à Kars. Les premières gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise comme nous l’atteignons. Elle deviendra violente, transformant les rues de la ville en torrents.

Une vraie nuit de sommeil, la première…
Comment disait-il ce sage oriental que Rahimi cite en épigraphe des Mille maisons du rêve et de la terreur ? Si vos nuits (rêves ?) ne valent pas vos jours, ne dormez pas ? * (maudite mémoire !)
Mes nuits ne valent pas mes jours, mais l’organisme a ses exigences.

L’avion décolle à 14h20 ce qui me laisse une bonne matinée à consacrer à Kars, l’aéroport étant à quelques km de la ville et le trafic ne causant pas de souci particulier.

Je me réjouis tristement à l’idée de ces quelques dernières heures quand un doute s’introduit dans mon esprit : Comment se fait-il que j’arrive à Istanbul à 16 h, avec une heure d’escale à Ankara, si je décolle de Kars à 14.20 ?!? Oh non, non… Contrôle de l’horaire : 11.10… A peine plus de deux heures… même pas, une petite heure… non…

CelilSelim qui fume dans le hall de l’hôtel me propose de me conduire à l’aéroport. Je flanque tout en vrac dans le sac et sors.

Je rends leur signe de tête et leur sourire aux petits vieux qui jouent derrière les grandes vitres du café bleu au coin de la rue, saute entre les flaques, déambule parmi les cahutes du marché central…

Dans le petit aérogare de Kars, un Turc lit Madame Bovary.

La passerelle, un dernier regard embrassant la steppe et ses montagnes, une dernière inspiration aussi profonde que le permet ma gorge terriblement nouée…

J’entre dans l’avion.

* Tant que ton sommeil ne vaut pas l’éveil, ne dors pas ! Shams de Tabriz, XIII° s

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~ par aliteìa sur 7 janvier 2010.