Cybèle en la vallée ; parcours antique.

Qu’elle est bien anonyme cette route vers le sud,  bosselée mais rectiligne, au voisinage d’Eskisehir, elle est même presqu’introuvable, au milieu des travaux, entre les bulldozers, derrière un tas de graviers ; qu’elle est anodine cette ville : Seyitgazi. Même pas une ville, une sorte de bourgade rurale ; 3000 habitants peut-être. Rien, quoi.

L’Antique frappe où on ne l’attend pas.

Le Sakarya, fleuve-dieu, Sangarios antique, est déjà franchi depuis un bon moment.

Seyitgazi est la porte d’entrée méconnue d’une vallée de légende, d’un Eldorado mythique, de la fertile vallée phrygienne des temps jadis. Souvent évoquée, rarement visitée.

Yazılıkaya, à gauche toute. La « roche aux inscriptions » ; pas n’importe laquelle – il y en a de nombreuses, des dizaines, en Turquie. Celle qui est supposée être le… tombeau du roi Midas.

Midas ?

Sous nos roues, histoire et mythologie s’entremêlent, civilisations  de pierre, et récits de légendes, vrais rois de chair, et héros mythiques.

Midas était le fils de Gordias,  inspirateur célèbre de… Georges Pompidou… Un noeud gordien est un problème inextricable, qui ne peut qu’être tranché de manière brutale, sans compromis. Celui qui y parvint, en -333,  devint maître de l’Asie, c’est Alexandre le Grand.  Gordias est associé au tumulus de Gordion, près de Polatlı, et est réputé avoir fondé le royaume phrygien.

Vallée phrygienne
Vallée phrygienne

Midas, l’homme qui devient roi de Phrygie par les bonnes grâces de l’oracle qui ferait roi qui entrerait en la cité sur un char à boeufs, est présent dans nombre de légendes.

La plus connue veut que Dionysos lui-même lui accordât un voeux à la suite d’un acte de bravoure et de bonté ; Midas crut bien faire en demandant qu’il lui soit accordé de changer en or tout ce qu’il toucherait. Ce souhait fort vénal eut le fâcheux inconvénient de le priver de boire et de manger, toute boisson et toute nourriture se changeant instantanément en or dans ses mains. Lui resta donc une seule solution : aller se laver dans le cour d’eau voisin, qui devint la richesse première de la Phrygie par ses qualités aurifères : le Pactole.

Le Pactole est aujourd’hui un très modeste affluent du Gediz, appelé Sart Çayı, difficile à repérer.

Tombeau mythique du roi Midas

Tombeau mythique du roi Midas

Midas est dit s’être suicidé, selon Strabon (Géographie, I, 21)  il aurait pour ce faire ingéré du sang de taureau, ce qui à tout prendre vaut bien la ciguë.

Son supposé tombeau est au coeur de la vallée phrygienne : taillé dans la roche, ou plutôt dans des roches dont les bourgeonnements ne sont pas sans évoquer les formes étranges de Cappadoce. Au pied du monument, dans un spectacle aussi modeste que champêtre, un couple de paysans anatoliens, âgés mais vifs, tue le temps : lui  en fumant des Samsun, elle en tricotant des chaussettes.

L’endroit est assez perdu, un peu étrange ;  le gardien, un circassien, joue volontiers de l’accordéon pour fêter le visiteur.

Mais alors, la belle Cybèle ?

Cybèle avait sa statue, jadis, dans un logement prévu pour elle en bas du monument dédié à Midas ; cette déesse a été évoquée par plus d’une mythologie, des Lydiens aux Phrygiens, des Grecs aux romains. Déesse de la fertilité, entourée de deux lions et de deux léopards, son culte rayonnait autour de Pessinonte, aujourd’hui Ballıhisar, hameau au voisinage de Sivrihisar. Elle  y serait apparue, fruit de la semence de Zeus, sous la forme initiale d’un être hermaphrodite que les dieux émasculeront pour en faire une déesse.

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~ par dolasadolasa sur 11 janvier 2010.