Longue est la plage.

Antakya n’est pas au bord de la mer, elle occupe au bord de l’Oronte antique – le fleuve Asi, selon une toponymie plus arabe que turque il me semble – une sorte de position intermédiaire, entre mer et montagne  ;  à Antakya on peut passer des journées entières sans avoir envie  de partir, rester dans le parc, à digérer des kebaps aux noisettes pilées et de l’houmous sous des arbres centenaires, derrière le célèbre musée des mosaïques.

Le temps coule simple dans le Hatay.

Parfois un petit vieux vient tendre la main, et parler allemand ; dans le Hatay, le voyageur est allemand.

Soudain, pourtant, sans prévenir, sans s’annoncer, l’appel du large !

Pas le grand large, pas Terre-Neuve, pas Ouessant, même pas Chypre ; non, l’idée que non loin d’Antakya, si près de la frontière syrienne, il y a la mer ; une plage ; une longue plage, une des plus longues de la Méditerranée sans doute. Pas très connue.

Direction donc le croisement central de la ville ; c’est souvent face à la station d’essence qu’on embarque : Cythère ou ailleurs. Là le carrosse, un Ford Transit blanc, dans la grande tradition du dolmus alatürka, annonce la couleur :  Samandağ.

Capharnaüm, sans doute pas, mais un peu Beyrouth ; brusques virages,  mares de boue de l’orage de la veille, échoppes sans raison sociale, cafés internet étrangement grillagés  et abribus de fortune ; bâtisses sans charme, balcons sans ordre,

Mosquée de Samandağ

un ultime virage, un petit parking, une curieuse mosquée toute blanche et circulaire : Samandağ.

Pas vraiment une ville ; Samandağ est une sorte d’alignement de maisons, quelque part à mi-chemin entre une cité champignon du far-west et une station de bain des Côtes d’Armor. Entre Trestel et Lucky Luke, balayée par un bon petit vent et parcouru par des chiens sans maître.

Pour tout dire, le lieu est plutôt lugubre, même s’il fait soleil ; l’unique rue – dois-je dire route ? – est parallèle à la mer, donc à la plage. Reste donc à enjamber un muret, puis à s’aventurer dans le sable, cap à l’ouest.

La sable de Samandağ est gris, mais surtout il est sale ;  sale de n’être jamais soumis aux marées, sale aussi de servir trop souvent de dépotoir à bon compte. Il n’a pas mauvaise mine, mais trop de sacs, trop de pneus de camion,  trop d’objets incongrus, ou inconnus, le jonchent. Sur cette plage on ne marche que sur la pointe des pieds, en proie au doute .

Plage de Samandağ

L’espace disponible reste impressionnant ; au nord, loin, se profile une sorte de vracquier noir, fantômatique, près d’une pointe, dont il est vain de dire s’il est échoué ou juste mouillé.

L’étendue grise, le fond de la Méditerranée, longue de dizaines de kilomètres et large de centaines de mètres, semble se perdre à l’horizon, mer presque plus que plage.


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~ par dolasadolasa sur 16 janvier 2010.