Tiflis au bout du ruban noir.

Voici le simple récit d’un chemin, d’un trajet ; celui qui me mena vers Tbilisi – Tiflis en turc – depuis Kars.

Tout commence un matin à Kars, sur le mauvais gravier de l’ancien otogar, face à la devanture d’un des baraquements qui abrite les compagnies de bus peu prestigieuses, celles qui font leur pain quotidien de dessertes secondaires et de l’acheminenent vers les campagnes environnantes. Celles que prennent les paysans qui viennent au marché, en complet du dimanche, le porte-monnaie bien gonflé de celui qui reviendra avec une faux neuve ou un sac de semences.

Il n’existe pas de trajet direct de Kars vers la Géorgie ; Kars est un cul de sac assez redoutable, et les compagnies locales n’ont pas dans leurs plans de route de s’aventurer plus à l’Est ; demain, quand la frontière sera ouverte à nouveau, ils iront à Giyumri. Pour le moment, tout ce qu’on peut faire pour vous depuis le bureau défoncé d’une compagnie locale, c’est de griffonner pour vous sur un feuillet un billet pour Ardahan.

Ardahan, ce n’est pas très loin ; et puis le paysage est grandiose, les arrêts nombreux pour qui file sur un mauvais chemin vers la yayla.

Il y a plusieurs gares routières à Ardahan ; le minibus vient d’engluer dans une arrière-cour, avantageusement qualifiées de terminal, mais les bus partent d’ailleurs, d’une esplanade pavée sur les hauteurs, pas très loin de la citadelle.

Pour être très champêtre la gare routière d’Ardahan n’en est pas moins très animée : le bus pour Ankara est en place, les paquets attendent face à la soute, les vieilles paysannes que leur fils ou leur fille rappellent auprès de la famille dans la capitale sont prêtes, elles embrassent les leurs, elles sont guidées jusqu’à leur place, nanties d’un paquet de gâteaux, d’une bouteille d’eau, d’un oreiller.

Mais toute cette troupe s’engouffre dans le bus argenté vers Ankara, et ne laisse sur le ciment devant le bureau qu’une demie douzaine de passagers : « ceux de Tiflis ».

L’embarquement n’en est que simplifié ; l’équipe monte dans le Mercédès 403, qui démarre. Pourtant, surprise au moment de prendre vraiment la route qui quitte la verte Ardahan : clignotant, coup de trompe, petite rue boueuse, droite, gauche ; et un atelier de la zone industrielle : le chauffeur descend, de la main il désigne l’arrière gauche du véhicule : le pneu, le pneu…

Il faudra bien une heure pour régler le problème ; mais rien de grave, et de toutes façons le voyage s’annonce long, le temps ne fait rien à l’affaire.

Direction donc Posof.

Posof est une petite ville, dans les montagnes, à l’extrême limite de la Turquie actuelle ; une placette de village où le bus stationne, quelques boutiques d’alimentation, pas mal de tracteurs dans ces régions boisées. Des cigarettes partagées, des passeports que l’on ressort de la boîte à gants, de viriles accolades, des lunettes de soleil essuyées pour le tout nouveau kaptan ; une marche arrière, un demi-tour, et le court ruban d’asphalte jusqu’à la frontière.

Quelques virages, à droite une sorte de restaurant ; les passagers n’ont dans leur majorité pas l’habitude de ce parcours, ils surveillent, cherchent un signe, une annonce du passage « de l’autre côté ».

Le signe, c’est une vaste esplanade, une étrange teille rouge en acier sous laquelle l’autobus se glisse ; personne, pas de camions, pas de voiture, cette frontière est un désert. Dans un cabanon blanc à l’inscription « Polis » au pochoir, une site courte file d’attente mène vers un tampon de sortie ; reste à se tourner vers la barrière à 100 mètres : le poste de police et de douane géorgien.

Soldats et policiers ont des allures un peu étranges, des uniformes un peu larges ;  je saisis mal qui est vraiment qui. On s’interpelle, on saute dans une Moskvitch grise. Descente en ville entre conscrits pour des cigarettes, visiblement, ou pour autre chose.

« Didi madloba » ; le remerciement sonne si étrange en géorgien. Le gamin dans la guérite est appliqué, son écusson à croix rouge et blanche trop fraîchement cousu, le tampon est posé avec soin dans un coin en bas d’une page.

Le kaptan klaxonne. Il faut y aller.


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~ par dolasadolasa sur 3 février 2010.