Cin Cin !

Baklavas, , kadayıf, revani, künefe, şekerpare, kadin göbeği, dilber dudağı, lokma…

La pâtisserie turque ne manque ni de couleurs, ni de saveurs, ni de noms qui chantent. Elle mériterait amplement et plus encore que l’on s’attarde sur ces cheveux d’ange qui dégoulinent de sirop, ces pâtes miellées et dorées qui collent aux doigts, ces poudres d’amandes, de pistaches, de noisettes, de cannelle…

Oui, la pâtisserie turque mérite bien mieux que ces quelques lignes, mais… avez-vous déjà essayé de manger des baklavas au volant d’une voiture ? Des şekerpare en feuilletant l’atlas routier posé sur les jambes repliées en tailleur ?…..

Tant pis pour les palais délicats, les fins gourmets et les simples gourmands, c’est bien de … biscuits industriels dont il sera question ici. Ceux qui ont invariablement la même forme et le même goût, conditionnés dans des sachets colorés, petite consolation pour le voyageur en mal de lecture qui se jettera avidement sur ces mots qui font office d’ingrédients, incompréhensibles, qu’ils soient en turc n’aggrave pas l’affaire ; on devine qu’il y a des arômes pas très naturels, des émulsifiants et des colorants E quelque chose, sûrement des traces de cacahuète aussi.

yulafli

 

Le combat des chefs.

Acheter un paquet de biscuits, c’est entrer de plain-pied dans des considérations géopolitiques, normal, dans cette région du globe. Sans aller jusqu’à le comparer au GAP, ce geste qui pourrait sembler si anodin demande un peu de stratégie, quelques talents de négociateur pour ne pas froisser certaines susceptibilités.

Deux groupes se partagent le marché des biscuits industriels, Eti et Ülker. Si on les trouve partout, la moindre épicerie affiche sa préférence, et parcourir les rayons des supermarchés c’est assurément se dire qu’il faudrait un jour réunir ces deux là autour d’une table onusienne.

Direction une moyenne surface de centre-ville donc (je n’ai pas poussé ma curiosité jusqu’à aller dans les centres commerciaux à l’architecture typique des entrées de ville – d’ailleurs, il faut que la ville soit vraiment grande pour qu’il y ait une ZAC).

C’est assez amusant, les deux géants se font face dans le rayon « biscuits et chocolats ». Ah, pas question de se cotoyer en bonne intelligence : Eti d’un côté, Ülker de l’autre, et au milieu, le gourmand ou l’affamé se retrouve en pleine guerre des tranchées.

La première fois, cela peut intimider un peu ; par la suite, le client avisé, un tant soit peu censé, se munira d’un aspis, d’un pilum, d’une cotte de mailles, de l’attirail du parfait GI ou d’un bunker portatif, selon sa préférence historique et sa technologie.

Parce que qu’au milieu de cette allée, il lui faut choisir, et choisir est un engagement aux côtés d’Eti ou d’Ülker, et ce faisant un engagement contre l’autre.

Penchez-vous pour prendre des Tuktu sur la gauche, et vous sentirez les Biskrem fondre sur votre dos, toutes lames dehors ; préferez la deuxième rangée sur votre droite, et tout Eti s’arme de bazookas plantés dans vos côtes.

Il ne faut compter sur les têtes de gondole pour échapper au conflit qui prend à parti le malheureux gourmand pas gourmet. Face à l’allée, face au grand fossé, un coup d’oeil à gauche chez Eti, un coup d’oeil à droite, chez Ülker. Chaque coup d’oeil se solde irrémédiablement pas des coups de coudes douloureux dans les flancs.

Le pleutre fuira, le douillet pleurera, l’objecteur de conscience prendra – consciencieusement – un paquet à gauche et un paquet à droite (dans la même catégorie, bien sûr), l’arbitre comptera les points avant de sortir son carton rouge, et le fanfaron, lui, menacera de se rabattre sur les baklavas, et tant pis pour les sièges de la voiture, même pas peur !

Trève de plaisanterie, j’avoue une préférence pour Eti, au goût de levure chimique moins prononcé qu’Ülker.

Aïe, ça y est, l’autre m’a fichu son poing dans l’estomac.

Les biscuits secs.biscuits thé Eti

Des petits-beurre, pas nantais du tout, mais en français dans le texte tout de même, des gâteaux au thé (Yulaflı), des biscuits aux amandes (Hanimeller)… Certains sont conditionnés en rangs serrés, d’autres se brisent dans des sachets souples, au choix. Néanmoins, ils sont à éviter dans la voiture (les miettes…) ; mieux vaut les garder pour l’heure du thé.

Les biscuits « sandwiches ».

Les Cremalı, à la crème de lait plutôt insipide, les Ring et les Negro, biscuits au chocolat et crème de lait. Un véritable must, la crème de lait, même si on trouve aussi des sandwiches biskuits au chocolat ( mais ils ne s’appellent pas Prens, il me semble); Ils sont généralement de petite taille , ronds, 3 cm de diamètre tout au plus.

Les sandwiches biskuits ne sont pas la meilleure pioche dans la biscuiterie industrielle en fait…

Non, les meilleurs sont les biscuits fourrés.

Les biscuits fourrés. 

Au chocolat, bien sûr, une sorte d’ersatz de nutella. (Il faudrait peut-être que je discoure à l’occasion sur ces pâtes à tartiner, au goût officiel de chocolat, vendues… en tubes ou …en pots d’un kilo, par les mêmes belligérants. Mais c’est une autre histoire…)

Le choix est assez large, entre les biscuits nature, et les duo nature/chocolat.

Les meilleurs sont inconstablement les Tuktu d’Eti, mais il y a aussi les Biscrem et les Biscrem duo d’Ülker.

C’est une vraie plaie, ces gâteaux. On ouvre le paquet, et comme pour rire, on découvre quelques minutes après qu’il est déjà vide… Ils durent le temps d’un plein d’essence, d’une hésitation entre la route de gauche et celle de droite, jamais vraiment plus.

Et… les Cin !

Cin EtiQue serait un long trajet en voiture sans les cin, ces tartelettes au paquet souriant, lançant un clin d’oeil complice ? Entre la tartelette à la confiture comme il s’en vendait en France il y a vingt ans, et les fameux Chamonix, les cin collent aux dents, délivrant un arôme chimique d’orange sous des vermicelles que je n’ose dire en chocolat.

Une valeur sûre, certainement, que l’on trouve dans toute petite épicerie.

Télécharger « Cin Cin ! » au format PDF :

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~ par Emmanuelle sur 9 février 2010.

Une Réponse to “Cin Cin !”

  1. […] pas à ce genre de fantaisie, mais pour une fois le pain, le kaşar et le peynir, le paquet de tuktus ne seront pas grignotés en route ni même simplement posés sur le capot ; un peu en hauteur, un […]

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