La fille de l’aéroport.

Elle a pris la table contre la baie vitrée ; ce genre de jeune femme, en Turquie, ne fait pas les choses à moitié quand il s’agit de son confort et de son standing.

Son garde du corps, chaperon, accompagnateur, chauffeur, au choix, ou tout cela à la fois, sans doute, s’est redressé et en a oublié la série stupide qui passait sur la téléviseur quand elle est revenue de ses vingt bonnes minutes de mise en beauté dans les toilettes ; il porte costume gris perle, cravate rose, souliers bien vernis, et s’est assis à une autre table, à une dizaine de mètres, pour ne pas déranger mademoiselle, je présume, et il a commandé un deuxième Nescafe.

Elle a voulu commander un petit déjeuner, même s’il est près de onze heures ; devant le refus d’un serveur débraillé en pull-over bleu ciel, elle s’est rabattu sur deux toasts au fromage et une tasse de thé dans du Duralex. Elle a farfouillé dans son sac, un large modèle en cuir noir assorti a son manteau sur lesquels flottent de très longs cheveux châtains, et en a sorti un petit carnet rose à spirale, ainsi qu’un stylo Bic bleu. Elle a pris quelques notes, les protégeant de mon regard comme si j’allais percer son secret.

Le regard du garde du corps plonge dans l’ennui de la grande salle vide aux accessoires des années soixante-dix, sièges orange en vinyle, tabourets verts ou bleus, tout également de matières plastiques et de tons soutenus.

Etrange passagère, tout de même ; son bagage cabine repose à ses pieds : un carton ficelé, aux armes d’une entreprises de Bitlis dont je ne peux déchiffrer le nom exact. On peut penser qu’elle a quitté Bitlis ce matin, tôt, qu’elle s’est posée à l’arrière d’une Sahin, et que l’homme en gris à conduit, en silence.

De face, elle est sans grâce, ses traits sont lourds, elle est trop maquillée et pourtant trop pâle. Son manteau noir s’ouvre sur un gilet bleu canard, à gros boutons. Jeune pourtant, vingt cinq ans peut-être..

Lorsqu’elle se redresse soudain et file vers le comptoir, son chaperon bondit, presque au garde-à-vous, et l’accompagne, cinquante centimètres derrière elle.

Elle a acheté une petite bouteille d’eau et deux canettes de soda, jetés dans une pochette en plastique, et ils sont revenus tous les deux : elle a empoigné son sac à main, il s’est penché pour saisir le colis par la ficelle.


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~ par dolasadolasa sur 11 mars 2010.