Une trop belle courtisane.

Au début, il y a une route. Ça commence toujours par une route.

Une route donc, longue de quatre cents kilomètres, impeccable, sans nids de poule, presque sans travaux. Une route nette, plate qui imprime un rythme et une tonalité, une atmosphère qui tranche avec les précédentes.

Des camions iraniens et géorgiens, narquois, cap à l’est pour eux, quand nous nous traçons vers l’ouest.

Le paysage s’adoucit. Des bosses molles et vertes, des bosquets, des champs, des vergers. Des pommiers, des pommiers, encore des pommiers, moi qui ai horreur des pommes. Et ces cigognes…

Loin derrière, les montagnes arides, les pics hiératiques, qui dominent des plateaux à l’herbe sèche, aux arbustes rabougris, les routes chaotiques qui s’y perdent.

Quatre-cents kilomètres d’une route qui livre tant de signes, à refuser la tentation d’y voir des indices, des prémonitions. Et voilà Amasya.

Amasya…

Aμάσεια, Amaseia, Amassia, Amasya enfin. Des temps anciens des Hittites, à la tendre enfance du XXI° siècle, Amasya a traversé les âges, sans prendre une ride, sans se fâner, éternelle jeunesse qu’elle doit peut-être au Yeşilırmak, la « rivière verte », l’antique et grecque Iris sur les berges de laquelle s’étire la ville. « Grecque » ? À moins que ce ne soit « grec, » puisque le Yeşilırmak n’est pas moins qu’un fleuve. La belle orgueilleuse n’aurait pas souffert un cours d’eau anonyme et vulgaire.

Immortelle Amasya.

Amasya et YesilirmakDe ce passé prestigieux, Amasya a gardé les élégantes et blanches maisons ottomanes coincées entre la rive droite du Yeşilırmak et l’à-pic rocheux où se nichent les tombes des rois du Pont, falaise couronnée par l’imposante citadelle, que l’on ferait volontiers remonter à des temps immémoriaux si l’on ne savait que ses plus anciens vestiges, les remparts, avaient été élevés par Mithridate. Tant pis pour l’orgueilleuse immortelle, elle n’est tout de même pas, en plus, de toute éternité.

Ça, c’est pour la grande histoire, glorieuse, d’Amasya. Mais de longs et denses siècles ne suffisent pas à se laisser séduire par une ville, fût-elle celle de Strabon, fût-elle même celle d’un historique appel d’Atatürk. Il lui faudrait une âme, une âme irresistiblement attirante.

On ne peut raisonnablement exiger moins de la belle, l’orgueilleuse, l’immortelle Amasya.

Amasya…

Amasya et Yesilirmak

Venant de l’est – peut-être en est-il autrement depuis la route de l’ouest – Amasya donne une image trop flatteuse d’elle-même, avec ses maisons trop blanches au-dessus de l’eau, aux fenêtres desquelles on accrocherait volontiers des géraniums pour compléter sa parrure, rivière de rubis se reflétant dans le fleuve.

Amasya sourit mollement, s’étirant dans une pause faussement langoureuse, un déhanchement trop appuyé, le long des courbes trop parfaites du Yeşilırmak, sûre de ses atouts et de ses atours, chaste provocation qui ferait tourner la tête au premier venu, séduirait le plus rustre des hommes, la plus banale médiocrité.

Une belle ville, Amasya. Une très belle ville.

Jolie ville de poupées, où les petites filles se rêvent sûrement en princesse à la cour du sultan, ou en femme de poigne règant dans l’une de ces maisons à pans de bois, si blanches.

Trop harmonieuse, pas assez rugueuse. Une beauté lisse, à laquelle on ne peut s’agripper, s’accrocher. Les regards glissent sur ses murs, et les murs restent blancs.

Des charmes trop évidents, dévoilés de façon trop ostensible, un brin tapageurs. Elle n’est pas vulgaire, non, juste coquette, un peu narcissique, un peu mondaine.

On a beau s’éloigner vers les faubourgs, délaisser jusqu’aux terrasses branchées du XXI° siècle, son teint de nacre, ses yeux trop fardés, sa bouche trop pulpeuse, ses mains trop délicates, ses doigts longs et fins brillant de diamants,  planent partout  sur la ville, exigeant les honneurs dus à son rang.

Amasya n’a rien de l’Amasis de Strabon qui voyait dans le nom de la reine des Amazones l’étymologie de la ville.

Amasya l’orgueilleuse, Amasya l’immortelle.

Venant de l’est, une âme qui se donne, sans se donner le temps de se faire désirer. Venant de l’est, Amasya n’est finalement qu’une belle, trop belle courtisane.

Amasya m’ennuie.

Amasya et Yesilirmak

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Sed si ille hac tam eximia fortuna propter utilitatem rei publicae frui non properat, ut omnia illa conficiat, quid ego, senator, facere debeo, quem, etiamsi ille aliud vellet, rei publicae consulere oporteret?

Latius iam disseminata licentia onerosus bonis omnibus Caesar nullum post haec adhibens modum orientis latera cuncta vexabat nec honoratis parcens nec urbium primatibus nec plebeiis.

Et quoniam apud eos ut in capite mundi morborum acerbitates celsius dominantur, ad quos vel sedandos omnis professio medendi torpescit, excogitatum est adminiculum sospitale nequi amicum perferentem similia videat, additumque est cautionibus paucis remedium aliud satis validum, ut famulos percontatum missos quem ad modum valeant noti hac aegritudine colligati, non ante recipiant domum quam lavacro purgaverint corpus. ita etiam alienis oculis visa metuitur labes.

Rogatus ad ultimum admissusque in consistorium ambage nulla praegressa inconsiderate et leviter proficiscere inquit ut praeceptum est, Caesar sciens quod si cessaveris, et tuas et palatii tui auferri iubebo prope diem annonas. hocque solo contumaciter dicto subiratus abscessit nec in conspectum eius postea venit saepius arcessitus.

Hoc inmaturo interitu ipse quoque sui pertaesus excessit e vita aetatis nono anno atque vicensimo cum quadriennio imperasset. natus apud Tuscos in Massa Veternensi, patre Constantio Constantini fratre imperatoris, matreque Galla sorore Rufini et Cerealis, quos trabeae consulares nobilitarunt et praefecturae.

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~ par Emmanuelle sur 22 avril 2010.

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