Balık

Qui a parcouru l’Anatolie n’a pu que remarquer ça et là, au bord des routes, et très loin des flots, des écriteaux sommaires, ou des marques à la peinture sur les roches appelant le voyageur à faire une pause pour acheter ou déguster une truite, alabalık, mais Istanbul aussi, et peut-être surtout, est la ville du poisson.

Quai Eminönü

Tout le monde de connait ; il a ses quartiers au coin du point de Galata, côté Eminönü, sous une enseigne rouge lumineuse promettant des sandwiches assortis de salade à 4 TL ; aux heures d’affluence, c’est à dire à peu près toute l’après-midi, il s’avance régulièrement vers la rambarde d’acier bleue ternie et joint ses mains en porte-voix pour pousser un tonitruant « balik eeeeekkkkkmeeek » à faire trembler le pont presque autant que le passage des tramways et des autobus de IETT.

Bateau poisson sandwichDans tout le quartier, l’odeur de friture court et les fumées montent des grills noirs et huilés. Eminönü a retrouvé depuis quelques mois une vocation qu’elle avait tendu à perdre, celle de lieu central du poisson à Istanbul. De l’autre côté du pont, que l’on traverse par un passage souterrain bétonné et gris, aux extrémités duquel des jeunes gitans vendent à qui le veut un bric- à-brac d’électronique de troisième zone et de babioles d’origines obscures, toute la ville s’assied sur des tabourets recouverts de lambeaux de kilims, et, au milieu d’une sorte d’amphithéâtre, et enfourne la plat unique : des petits maquereaux grillés, au milieu de deux tranches de pain, garnies aussi d’une feuille de salade et d’une tranche d’oignon ; la tomate est optionnelle.

Les grillades se font traditionnellement sur une brochette de bateaux colorés, amarrés aux quais, bercés par la houle que génèrent à cet endroit les petits vapurs qui rejoignent Üsküdar ou Kadiköy, ou s’enfoncent dans la Corne d’Or. Au milieu de l’amphithéâtre se trouve l’entrée d’un autre tunnel, toujours extraordinairement encombré, où le peuple s’engouffre entre deux rangées denses de marchands de chaussures à bon marché ; le seul lieu réellement, franchement, délibérément étouffant et oppressant de la ville, transit crucial entre les quais et le marché aux épices et la yeni camii.

Maquereau Bosphore

De l’autre côté du pont, au pied de Pera, on négocie le poisson sur des étals toujours abreuvés; en ce lien redoutable pour les semelles trop fines, on expose la fine fleur de la pêche du jour dans le Bosphore et surtout la mer de Marmara et la mer Noire. Les harengs, hamsi, reposent agglutinés dans des seaux. Le maquereau, poisson simple et de base, se vend ici au kilo mais Poisson Bosphoreplutôt à la pièce, tandis que les bars, levrek, sont un choix plus luxueux. Les Çupra, quelque chose comme une dorade, constituent une alternative intéressante, comme les impressionnantes plies rouges, toujours présentées dans une assez obscène posture pliée…

Le barbunya, un rouget, n’est guère présent, question de saison sans doute, et il repose non loin d’un fort tristounet espadon, kiliç, dont la proue jadis glorieuse en mer pointe maintenant vers les lampes blanches au néon, appréciées pour leur vertu cosmétique sur les étals. Quelques bonites, palamut, attendent aussi preneur, loin des saumons, somon, parfois déjà débités.

Presque bretonne cette ambiance de poissonneries ; mais non loin résonné déjà le tramway sur les rails, le souffle des compresseurs qui referme les portes, les sonneries électriques ; on est bien en ville, en plein Istanbul.

Pêcheur Bosphore

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~ par dolasadolasa sur 1 mai 2010.

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