Hatay, le parc et l’assiette.

Le pied en Syrie.

La nationale large mais toute de courbes a permis de franchir le col ; tout à l’heure, dans le lointain, à droite, les cargos Mosquée Hatayindiens mouillés devant Iskenderun. Puis la descente, la vallée, la chaleur qui s’intensifie, la ville tentaculaire et étendue qui déjà jette au loin ses zones industrielles, ses hangars, ses parkings de semi-remorques et de pelleteuses d’occasion. Un aéroport que l’on laisse, et les premiers panneaux explicites. A gauche, un contournement mal indiqué promet sur fond brun la cité l’Alep et sa citadelle ; tout droit, l’université, puis les ronds-points centraux. Une avenue, large, des façades de banques comme partout ailleurs en Turquie, un palmier essoufflé au coeur du trafic, des plaques saoudiennes, comme nulle part ailleurs dans le pays, et une façade désuète de musée. Le pont sur l’antique Oronte qui agonise et empeste dans la chaleur estivale.

Antakya, Hatay en langage commun, la ville endossant le nom de tout le département ; Antioche, la vraie, pour les nostalgiques de l’imaginaire antique. Il y en Turquie une dizaine d’anciennes Antioche, mais l’ancienne Antakya fut la plus glorieuse, la grande cité commerciale, celle qui sut même faire de l’ombre à Alexandrie, celle qui fut quatre fois plus peuplée qu’aujourd’hui il y a deux milles ans. Le passé d’Antakya est redoutablement complexe : porte de la Mésopotamie, de la Palestine, port sur l’Oronte, capitale du royaume séleucide, ville hellénique, arabe aussi, au point d’être encore intégrée à la Syrie sur les cartes routières syriennes, française même, sous le mandat des années d’entre deux guerres.

Hatay AntakyaAntakya est célèbre pour son musée de mosaïques romaines, celui dont la modeste façade donne sur le rond point central ; mais c’est derrière le musée que l’on profite du parc ; tout en longueur, longeant l’Oronte, que l’on ne voit presque pas, surtout en saison estivale, il procure l’ombre et le repos, et offre asile au voyageur qui a, au choix, des vapeurs d’échappement à oublier ou un repas copieux à digérer. Car à Hatay on mange très bien, remarquablement bien.

Pas le lieu pour les kebabs au sens habituel et stambouliote du terme ; c’est certes possible, mais manger ici un iskender est au mieux de l’ignorance, au pire de la provocation. La cuisine de la ville est d’inspiration arabe, et aussi grecque, levantine. Les kebabs sont à la carte, mais ce sont des préparations introuvables sous la citadelle d’Afyon, ou dans les villages de Cappadoce…  Le kağıt kebabı, par exemple, sorte de steak de viande hachée et parfumée, aux épices et à la tomate, préparé en l’étalant sur un papier huilé ; le Tepsi Kebabı, assez semblable, le papier en moins… L’été, le bulgur, qui surpasse le riz sur les étals de plats préparés, se prête à une plaisante usurpation : les yalancı köftes ne contiennent aucune viande, à la différence de leurs homologues communs dans tout le pays ; ils sont cuisinés à partir de bulgur, parfumé, et associés aux oignons, à la tomate, aux poivrons.

 

Le pain n’est pas celui des lokantas anatoliennes, il est plat, mais pas trop fin, et tout de même moelleux ; et il est servi chaud dans tout bon établissement de la ville. Rien de meilleurs alors que de déguster l’hommous, très rare en Turquie, et qui est étalé en hors-d’oeuvres sur de petites assiettes, et voisine avec le yaourt au concombre ou à la carotte.  Parfois le pain est le support de plats de viande émincée au couteau, dans la grande tradition locale qui fait des bouchers de prestigieux artisans, respectés pour leur habileté.

Houmous Hatay Antakya

Plutôt une spécialité d’Alep, le poulet de sert grillé au citron, en aiguillettes ou en larges escalopes de blanc et d’aile aplaties.

L’affamé ira ensuite flâner près du bazar, ou sur l’avenue principale du centre, non loin de l’ancienne otogar, pour acheter et dévorer un kabak tatlısı, dessert à la courgette, confite avec du citron, et débitée en tranches orangées.

L’affamé et le raisonnable poursuivront la journée sur un banc, dans le parc, à l’ombre d’arbres centenaires, et surtout à l’abri relatif de la chaleur et du tumulte. A rêver à l’Antique.


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~ par dolasadolasa sur 22 mai 2010.

Une Réponse to “Hatay, le parc et l’assiette.”

  1. Oui, il règne une atmosphère très particulière à Antakya. Les assiettes sont bien garnies de savoureuses spécialités mais les bancs du parc, je n’ai pas eu le temps de les tester. Trop de choses à voir dans la région et peut être aussi pas envie de s’attarder près du fleuve Asi qui au mois de juin déjà n’exhalait pas des parfums enchanteurs… Pour une sieste digestive, mieux vaut aller du côté d’Harbiye…

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