Boza, bozaa, bozaaa…

La vente ambulante à la criée ; voilà un exercice de style totalement passé d’usage en Europe, mais très turc, et même plutôt très stambouliote.

L’exercice se décline en autant de produits ; les bouteilles de gaz d’une marque très célèbre, par exemple, se livrent et se vendent au porte à porte au son d’une inimitable Lettre à Elise affreusement entêtante, klaxon atypique et célébrissime  de tout petits camions blancs, taillés pour les recoins pentus et biscornus des coteaux de la ville. Simits et poissons ont aussi leurs crieurs du même acabit, comme les chiffonniers et les collecteurs de vieux cartons. Mais la denrée du jour est une boisson, ancienne, très particulière, assez peu connue : le boza.

Boza

Le boza ne se vend qu’en automne et en hiver, en tous cas en Turquie ; un peu parce que c’est tout de même une boisson très énergétique, épaisse, qui fait hésiter entre la tasse et la petite cuillère, beaucoup parce que produit saisonnier, et Bozafermenté, qui ne supporterait ni les chaleurs, ni des durées de conservations au-delà de quelques semaines, quelques mois peut-être.

Les crieurs à vrai dire se font très rares, même si certains perpétuent avec nostalgie ou goût du folklore cette activité. Aujourd’hui ce liquide jaune, dont la couleur tend un peu à la maïzena, est vendu le plus souvent dans des bouteilles d’un litre, sur des présentoirs, en général devant des pâtisseries ; quelques marques, dont la vénérable Vefa, se partagent le marché de ces bouteilles, qui se négocient autour de 7 à 8 TL.

La boisson des janissaires – et paraît-il des femmes qui entendent parfaire le volume avantageux de leur poitrine – est préparée à partir de millet que l’on fait fermenter, dans de l’eau, et que l’on sucre ; elle est légèrement alcoolisée, pas assez pour procurer la moindre ivresse dans les quantités dans lesquelles elle est d’usage, et à vrai dire possible, de la boire,  mais assez pour s’être vue bannir au XVII° siècle.

Le boza se décline en nombreuses versions, très différentes de cette version turque, en Albanie, en Bulgarie, en Macédoine, plus loin vers l’Est aussi, certainement ; elle est une boisson voyageuse, une boisson transfrontalière, une boisson polymorphe et historique… Céder à l’appel aujourd’hui improbable du crieur au carillon, ou à celui du présentoir de la pâtisserie, c’est signer pour autre chose qu’un verre, pour plus qu’un produit. Un morceau d’empire ottoman.


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~ par dolasadolasa sur 31 mai 2010.

Une Réponse to “Boza, bozaa, bozaaa…”

  1. super la Boza. A consommer sans modération.

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