Voyage à la carte.

La carte routière, voilà bien quelque chose qui n’est pas une spécialité turque.

Bien sûr, le concept existe, l’objet aussi ; chaque loueur de voiture laisse dans le package complet du parfait voyageur une carte routière de Turquie : pliée en douze, mangée par les publicités pour les chaînes d’hôtels de luxe et les discothèques de Bodrum, elle met Kars à vingt centimètres d’Edirne et se consulte à la loupe. Reste qu’elle parvient néanmoins à être assez exacte et utile, une fois assimilée sa codification propre. Mais pour planifier un trajet, pour réfléchir devant un parcours, pour situer un village, se repérer à partir du panneau bleu, là, qui pointe vers la petite route à droite, ce n’est pas suffisant.

Voiture IstanbulL’objet existant, reste à le trouver ; et là c’est moins facile. Les Turcs en fait ne s’en servent pas souvent, et ne voyagent pas à la carte. Un Turc qui se déplace seul, conduisant son véhicule, n’est quasiment jamais dans la situation de celui qui cherche sa route sur une carte routière : Turc des villes, motorisé et installé dans la vie,  il n’est pas là pour flâner, il sait où il va, c’est à dire qu’il va forcément sur les terres familiales, dans la ville ou le village de ses parents, alliés, proches. Le reste ne l’intéresse pas, et ce chemin-là, il le connaît, puisque c’est le seul qu’il fasse, tous les ans ou tous les deux ans, à chaque mariage et à chaque décès. Si d’ailleurs il ne trouve pas ce chemin, cette trace presque instinctive parsemée des petits cailloux des souvenirs d’enfance et des affects de la vie, et bien, il demande. Il va même demander plusieurs fois, pour être bien sûr, parce qu’il est bileux, et aussi parce qu’étant turc lui-même, il les connaît bien, et sait bien à quel point ils ont une sens douteux de l’orientation, et une évaluation très subjective des distances.

La psychologie, le type-idéal weberien appliqué au fonctionnaire quinquagénaire d’Umraniye originaire des alentours d’Elbistan,  amateur de tables en formica, d’électroménager allemand importé et rêvant de Mercedes, c’est bien gentil, mais quand le voyageur en partance pour l’Anatolie se trouve à Istanbul, à la veille du grand départ pour l’aventure, en quête urgente  d’un vade-mecum routier, il est peu aidé par les concepts. Il faut donc trouver une solution.

La solution a une couverture rouge et un joli nom ; pas un nom, mais deux d’ailleurs ; ou quatre, en fait. Jadis il fallait partir quérir  un Köy Köy, atlas routier détaillé de la Turquie, village par village, comme son nom l’indique ; aujourd’hui le Köy Köy a tourné la page de cette vocation rurale affichée pour s’appeler Adım Adım, sous la même couverture, et dans le même format sans doute un peu mis à jour. Cette solution ne se trouve pas partout, et surtout pas dans toutes les librairies, pas plus que dans les kiosques des stations d’essence, qui ont plus tendance à se transformer en gigantesques pâtisseries…

Adım Adım Yol haritası est en vente à Istanbul dans quelques échoppes du marché aux livres de Beyazit, dans une des librairies en aval  du consulat d’Iran, et à la gare de Sirkeci. 50/60 TL ; bonne route.


Télécharger « Voyage à la carte » au format PDF :

 

~ par dolasadolasa sur 3 juin 2010.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s