Arabam çok güzel.

 

Euphrate entre Erzincan et Kemah

L’Adım Adım Yol Atlası est tout à la fois une clef, une invitation et une tentation. L’avoir avec soi, c’est partir sur les routes, fort de l’assurance que confère la possession de ce livre… rouge.

C’est oser prendre la troisième à droite, parce qu’elle est cartographiée dans la case A2 page 49, même si ladite route n’est bien souvent qu’un chemin de terre et de cailloux, une route qualifiée de carrossable . L’important, c’est ce liseré rosâtre, rassurant, qui directement ou en passant par quelques nœuds, est relié à la route secondaire elle-même rattachée à la route principale. De quoi flâner en s’égarant, mais sans se perdre. On ne se perd jamais, d’ailleurs ; au bord de ces liserés, il y aura toujours quelqu’un pour vous rediriger vers le trait plus épais, au plus court, même si vous persistez à essayer de demander comment rejoindre le liseré rosâtre en bordure de la case A3.

Et puis, bien souvent, surtout à l’est du pays, la route principale n’est guère différente de ces chemins de terre et de cailloux, au gré des campagnes de travaux.

Certes…. C’est plaisant, on y prend vite goût, et on oublie jusqu’au dos douloureux après de telles journées. Mais il n’y a pas que cette carcasse-là qui souffre de la présence de l’Adım Adım, il y en a une autre, toute de métal : la… voiture.

 

Imaginons le parc automobile d’un loueur de voitures, et expérimentons l’anthropomorphisme appliqué à la féraille … Grises pour la plupart, bien rangées selon leur classe, elles n’en tremblent pas moins, ignorant qui va s’emparer de la clef, et avec quel matériel cartographique. Un VRP qui va rapidement faire l’aller-retour Istanbul-Ankara par l’autoroute ? Un rouleur tranquille qui ira jusqu’à Antalya en faisant de régulières pauses en longeant la côte, suivant la carte routière version petite échelle sur laquelle seront indiqués les principaux points d’intérêts sur son chemin ? Ou un agité de l’Adım Adım qui l’entraînera sur ces liserés rosâtres, loin, si loin ?

La terre dans la chaleur du sud, devenue poussière, les flaques et ruisseaux comme autant de trainées boueuses, le goudron frais qui l’éclaboussent, les griffures de chardon, la pluie, la grêle qui souvent insuffisantes pour être cure de jouvence ne font qu’aggraver les stigmates. Non, vraiment la carrosserie aurait de quoi ne pas aimer l’Adım Adım.

boue Camili

Il y a bien quelqu’un qui se charge de lui donner un petit coup de fraîcheur, à chaque fois que le pompiste remplit le réservoir, mais souvent, il faudrait plus qu’un réservoir pour aller au-delà des vitres. Il y a même le kärcher, lorsque l’on profite de la pause à la station essence pour prendre un thé.

Mais c’est insuffisant pour une voiture soumise au régime Adım Adım.

Parce que trop vite et trop souvent la poussière, la boue, le goudron frais reviennent à l’assaut.

Parce qu’aussi, à l’intérieur, ce sont les miettes de Yulaflı, de pain, de chips, un Tuktu malencontreusement écrasé, la même poussière et la même boue accrochées aux semelles qui à peine posées dans la voiture décident soudainement de s’en détacher.

Ah, il ne s’agit pas de bichonner un tas de féraille, en la polishant avec amour tous les samedis et en concluant ces tendres gestes d’un baiser sur le capot. Nous sommes en Turquie, pas en Allemagne.

Non, il s’agit simplement de donner bonne figure au retour à l’agence, histoire de récupérer la caution, et pour cela, on imagine facilement qu’un tas de féraille bien propre, sans être une garantie infaillible, puisse donner un a priori positif au moment de l’inspection.

 

Pour cela, un seul mot (d’ordre) : Oto Yıkama.

Ça sonne plus japonais que turc, certes, mais c’est un véritable salon de beauté, qui vous transforme en un clin d’œil ce qui ressemblait à une épave en… une voiture.

Souvent, ce n’est qu’une place de parking, surmontée d’un morceau de tôle, parfois un hangar, ou un recoin dans un parking souterrain. Vous y déposez l’épave, et quelques temps après, vous vous retrouvez l’heureux loueur d’une voiture qui ressemble à une vraie voiture. Rien n’est laissé, délaissé, oublié, du fin fond du coffre aux coins des rétroviseurs, des profondeurs de la boîte à gants aux creux des sièges, plus une miette, plus une poussière, pas même l’idée d’une trace de boue ; seul le goudron frais résiste à ce traitement de choc.

L’ Oto Yıkama, c’est un peu le Léthé des carrosseries. Elles s’y plongent, et sur l’autre rive, elles auront oublié la chaleur moite, la fournaise, les cailloux, les ornières, les chardons et les herbes hautes, le goudron qui fond, les ruisseaux, la steppe et les chemins de montagnes, les confins orientaux, les liserés rosâtres ; rien ne la différenciera de sa voisine de parking qui aura fait l’aller-retour Istanbul-Ankara. La métamorphose est tellement stupéfiante qu’on renonce même à souhaiter à ce tas de féraille sur roues une convalescence à Kushadasi – serait-elle même souhaitée ? Après tout, qui sait la nature des tremblements du parc automobile ? –  ; le moteur et la direction, ça, c’est sûrement une autre histoire, mais la carrosserie…

Et sur la berge, on serait tenté de dire Arabam çok güsel… Oui, elle est belle, un peu trop, même ; ne reste alors plus qu’à ranger l’Adım Adım Yol Atlası au fin fond du sac… Si l’Oto Yıkama existe réellement, le Léthé, lui,  n’est qu’un vieux mythe. Poussiéreux.

 

Au moment de rendre les clefs, on pourrait presque malicieusement répondre en souriant, à la question « did you enjoy your trip ? », que la route jusqu’à Antalya était magnifique et la carte version petite échelle d’un grand secours. Chuut…

Oto Yikama

Télécharger « Arabam çok güzel » au format PDF :

 

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~ par Emmanuelle sur 6 juin 2010.

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