L’autre Nemrut.

Le mythique roi-chasseur, bâtisseur de la non moins mythique tour de Babel, n’a pas seulement donné son nom au sanctuaire d’un petit roi de Commagène. Le Nemrut Dağı a un homonyme, moins célèbre, un volcan qui culmine à 2948 mètres sur la rive nord-ouest du lac de Van. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine du lac, lorsqu’à la suite d’une éruption les coulées basaltiques ont obstrué son débouché. Un vieux volcan pas si vieux, le plus jeune, même, dans la région, et qui était encore actif il y a trois siècles à peine.

 

Ses pentes orientales sont douces et herbeuses, patûrages jaunis où se déplacent paisiblement les troupeaux de moutons. Mais pour parvenir au sommet, ce sont les flancs abrupts de l’ouest qui s’imposent comme la solution la plus simple à trouver pour qui est motorisé. On peut s’y rendre depuis Ahlat, par une route plus confortable, mais encore faut-il la trouver. Les plus courageux gagneront quant à eux la caldeira en cinq heures de marche depuis Tatvan, que le volcan domine.

pâturages Nemrut Dag

Par l’ouest, donc, c’est une route de terre et de cailloux, une route de poussière ; malgré l’altitude, l’endroit est caniculaire en été. Venant de Tatvan, ce chemin chaotique qu’on imagine plus sentier de transhumance que route carrossable est accessible depuis la route qui mène à Bitlis et plus loin encore à Dyiarbakır ou à Muş.

La pente est raide, la navigation malaisée, la trajectoire de la route difficilement identifiable parmi tous les sentiers ravinés, parfois plus larges qu’elle. Mais tant que l’on grimpe, et que l’on a le sommet en ligne le mire, l’espoir d’y parvenir se maintient et il suffit de maintenir le cap.

 

Tatvan et lac de VanEn haut, le regard peut enfin embrasser des panoramas que certains décriraient à grands renforts de superlatifs et de grandiloquence. Plus sobrement, le Nemrut Dağı est un belvédère, qui domine Tatvan lovée au creux des montagnes, le lac de Van qui s’étend à se fondre dans le ciel, et qui salue le Süphan Dağı encore un peu plus à l’est.

caldeira Nemrut DagNe pas craindre alors, rassasié de ces paysages, de leur tourner le dos. Le belvédère est double, et en se retournant, c’est la caldeira qui se découvre, un large cratère de 8 km sur 7, émaillé de lacs, piqué d’une végétation que l’on n’imaginerait pas des rives du lac de Van, une symphonie de formes et de couleurs, des camaïeux de verts et de bleus qui contrastent avec les ocres qui y ont mené.

Un sentier et une route plongent dans le cratère et tracent des arabesques entre les lacs. Atmosphère particulière qui émane de cette géologie, ambiance Voyage au centre de la Terre renforcée par quelques petites fumerolles qui rappellent que le vieux volcan n’est pas si vieux, et qu’on pourrait en voir rejaillir les flammes.

L’endroit est désert en ce jour de semaine, une famille qui pique-nique au bord de l’eau, un petit campement, quelques jeunes gens qui concourent au plus beau saut de l’ange dans les eaux glacées du plus grand et plus profond des cinq lacs, une patrouille de la jandarma ; le bout du monde, le hors du temps n’est pas loin.

 

 

lac bleu Nemrut Dag

La caldeira du Nemrut Dağı, c’est aussi une flore à l’exubérance surprenante, pas loin d’un petit paradis pour botaniste en herbe. Florilège.

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~ par Emmanuelle sur 18 juin 2010.

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