Kasaba.

Nuri Bilge Ceylan nous saisit pour son premier film long métrage en noir et blanc, et nous plonge dans une ambiance rurale, de beauté simple et sobre.

Il nous invite d’abord dans une petite école mixte de la république d’Atatürk, dans les années 70, où un instituteur qui semble avoir l’esprit tout à fait ailleurs, et laisse son regard se perdre dans les flocons, écoute des jeunes filles lire à haute voix des leçons de morale civique. Blouses d’écolières, collerettes en dentelles, autour du poêle, majestueux et central ; l’enfance du cinéaste se rappelle à son souvenir, de chaussettes mouillées en plume qui vole, malicieuse.
Nous sommes à Yenice, et les Yenice sont pléthore en Turquie ; nous ne sommes pas, au contraire ce que l’on pourrait penser, en Anatolie centrale, même si la neige et le froid nous cueillent, mais non loin de Çannakale, à une encablure des Dardanelles.
Les saisons s’enchaînent et se répondent, les enfants furètent dans la campagne et dans les champs, dans une sorte de jardin d’Eden, de vie si proche des éléments naturels ; regards et jeux, errances futiles et cruauté d’enfant, dont pâtit une tortue, condamnée à la mort par un petit garçon qui l’abandonne sur le dos, dans une allusion plutôt hermétique à sa relation à sa propre mère.
Cercle de famille, ensuite, de commentaire d’adulte à évocation autobiographique, sur fond de légumes que l’on épluche, dans la soirée, sous les arbres, alors que le ciel menace et que le vent fait onduler les blés.
Mehmet Emin Toprak, dans un personnage qu’il tiendra à nouveau par la suite chez Ceylan, celui d’un pensif déjà désabusé, looser avant même la bataille de la vie, écoute sans conviction l’énoncé des ambitions et des rêves de grande ville et de prospérité, servi par un oncle d’Amérique, revenu sans grande gloire à la terre. On casse du sucre sur le père déjà mort et supposé incapable et oisif. Rythme lent, compositions d’acteurs amateurs, la propre famille de Ceylan est mise en scène.
La scène finale, où la jeune fille, Asiye, trempe sa main dans l’eau d’un ru, à l’occasion d’une ultime évocation des éléments naturels, prête à saisir on ne sait quoi, laisse les questions et les songes du spectateur sans réponse quand l’image se fige et que s’impose le générique de fin.

Kasaba est tourné en 1997, et marque les débuts de Nuri Bilge Ceylan dans le long métrage ; il sera primé au festival de Berlin, en 1998 – prix Caligari, et au festival d’Angers Premiers Plan – prix spécial du jury en 1999.


Télécharger « Kasaba » au format PDF :

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~ par dolasadolasa sur 27 septembre 2010.

Une Réponse to “Kasaba.”

  1. juste pour vous signaler que Le petit journal.com cherche un pigiste…

    bone journée

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