De l’autre côté.

Fathi Akın n’y est pas pour rien…

Dans la scène initiale de son  film de 2007 titré ainsi, deux hommes dans une voiture blanche – il me semble que c’est une Renault 9, mais il se peut aussi que ce soit une Tofaş, dans la grande tradition automobile turque, s’éloignent d’Istanbul, au bord de la Mer Noire, aux environs de Trabzon. Son autre côté est l’Allemagne, mais devant la Mer Noire surmontée de son ambiance vaporeuse on ne peut aussi s’empêcher de penser à un autre autre côté, celui de l’autre rive, de l’Ukraine, de la Crimée.

port odessa

Certains navires, des paquebots souvent comme ce Deuschland, aux lignes un peu rudes, à la bande rouge bien appuyée, ont pour itinéraire de se trouver un jour sur les quais de Tophane, le long du Modern Art, et quelques heures plus tard, de l’autre côté, sur le port d’Odessa, à flanc de l’hôtel de luxe pointant comme un glaive de verre et d’acier , sur l’avancée qui prolonge les célébrissimes escaliers Potemkine, à jamais gravés dans l’histoire du cinéma ; sur ces escaliers Eisensein filma la troupe impériale ouvrant le feu, durant la mutinerie du cuirassé, et un landau le dévalant, selon un plan audacieux et alors inédit.

Quelle est donc l’ambiance de l’autre côté de la Mer Noire ?

Côté port, avantage à Odessa ; moins de navires que sur les quais de Harem, on les approche aussi moins bien et moins facilement, mais le parc derrière la statue de Taras Shevshenko offre une déambulation sereine, surtout aux heures où le soleil berce les grues, dans un hiatus de douceur pastel et de rudesse d’acier. Statues dansantes et monuments désuets parsèment la ville, avec une prédilection pour la plaque mémoriale, que le cyrillique rend délicat d’interpréter avec justesse.

Quittant les escaliers à travers l’allée large et de carreaux luisants, le promeneur s’interroge sur le dessein de ces enfants qui gravissent avec intrépidité la statue de Catherine la tsarine, et plonge vers les larges avenues que sillonnent les marschutkas jaunes ou les tramways d’avant le déluge de la chute de l’Union soviétique ; moins accidenté qu’à Trabzon, le relief n’offre de perspectives que sur des bâtiments de stuc et sur quelques dômes fraichement redorés ; tellement plus classique qu’Istanbul, la ville ne permet en rien de se mirer dans les bâtiments en verre de Taksim qui sont la toile de fond du Deutschland lorsqu’il honore le Bosphore de sa présence.

Pas de facilités à errer dans des bazars, et le marché Privoz rappelle celui qui à Riga flanque les anciens garages des Zeppelins : cantinières robustes et chaos de babioles sans intérêt, alignements de charcuteries et antiques Zighuli colorées venues de Tirapol pour les affaires de leur conducteur.

Reste la lumière, cadeau de l’été indien.

port Istanbul

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~ par dolasadolasa sur 4 novembre 2010.

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