Nuages de mai.

L’autobiographie en abîme.

Dans Nuages de mai, on retrouve l’univers avec lequel Nuri Bilge Ceylan nous a familiarisés dans Kasaba : même lieu, la petite ville de Yenice, près de Çanakale – un Çanakale que cette fois il nous montre, avec ses monuments commémoratifs des Dardanelles, la même ferme et les mêmes arbres, lesquels sont, d’une certaine façon les héros sacrifiés du film, le même cinéaste stambouliote, Muzzafer, c’est-à-dire lui-même, ses propres parents, pris dans l’abîme du rôle d’eux-mêmes jouant le rôle d’eux-mêmes, plus ou moins contre leur gré,  et Saffet, c’est-à-dire Mehmet Emin Toprak, dans son personnage habituel de looser débonnaire, recalé comme chaque année au concours d’entrée à l’université et plaquant son emploi d’ouvrier d’usine pour courir des chimères de Bosphore.

Les arbres du père Emin, voués à la tronçonneuse des gardes forestiers et des techniciens du cadastre, au grand désespoir de leur  maître depuis des décennies, l’oeuf du gamin, Ali, promesse d’un statut d’adulte avec lequel, par la force des choses, on doit se résoudre à tricher, et le briquet musical de Sadik, l’adjoint du réalisateur, polymorphe et lambadesque, objet symbolique de l’accession à l’âge de raison, sont eux aussi autant de personnages de cette fresque anatolienne et champêtre menée au son de la Skoda noire, mais pas du tout tambour battant.

Si l’orage tonne, le tambour ne bat pas, en effet, dans Nuages de mai, et le rythme est celui du vieil homme bafouillant son texte au prix de la pellicule gâchée, ou tapant sur une machine à écrire d’avant-guerre ses notes juridiques dans l’espoir de sauver ses arbres.

Au-delà du sujet, c’est-à-dire d’un jeune cinéaste de retour au village natal pour tourner un film, et en manque d’acteurs, qui insiste pour que ses propres parents soient de la partie, au-delà de cette histoire de la réalisation d’un film, dont on devine à l’occasion de retour sur une scène champêtre au coin d’un feu et de réflexions sur la vieillesse et l’existence, qu’il s’agit de Kasaba, Nuages de mai, ce sont d’abord des instantanés de la vie campagnarde, filmés posément, avec ce réalisme que suggère l’artifice du caméscope  qui fixe la vie de tous les jours, la fatigue, les rides, les tenues d’intérieur face à la télé. C’est aussi une plongée dans des questions récurrentes : qu’est-ce que vieillir ? A quelles conditions devient-on adulte et responsable ? Faut-il faire confiance aux lois ? Est-on plus heureux à la ville qu’à la campagne ?

Nuages de mai, et ici « nuages » est à prendre dans le sens d' »ennuis » (Sıkıntı), de Nuri Bilge Ceylan, est sorti en 1999, a concouru au festival de Berlin en 2000, et a obtenu le Grand Prix du festival d’Angers Premiers Plans en 2001.

 

Télécharger « Nuages de mai » au format PDF :


 

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~ par dolasadolasa sur 20 novembre 2010.

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