La fenêtre de la gare.

Curiosité des habitués, arrivées nocturnes à Kadiköy, ou départ matinaux vers Eminönü, toujours sur la plate forme supérieure des grands vapurs, celle où les Turcs ne vont que rarement, hostiles qu’ils sont aux frimas, aux embruns, aux rafales comme aux soleils cuisants ; vibration des gros moteurs qui œuvrent aux manœuvres, puis navire qui se glisse le long du quai, et cette éternelle meringue  germano-ottomane, née des amours intéressées des deux empires du début du XX° siècle. A cette époque l’empire germanique projetait d’être le pourvoyeur du développement de l’Anatolie, et de nos jours encore les limousines noires qui sillonnent fièrement tout l’été les routes poussiéreuses des villages sont comme les héritières de cette ambition.

Le rêve passe.

La gare est plongée dans l’obscurité ; la couronne qui la surmonte est juste nourrie des lueurs d’un mauvais spot qui ne la recouvre que partiellement et laisse juste deviner l’emblème bleu et rouge des chemins de fer turcs.

Rien ne luit, rien ne brille, sauf un point, étrange, immuable et unique ; jamais je ne saurai ce qu’il y a au quatrième étage pour que brille toujours une fenêtre. Dans cette pièce, salle de garde ou bureau d’un fonctionnaire de permanence, jamais elle ne s’éteint. Elle veille sur la vieille maison.

Mais aujourd’hui tout est différent.

 

Il fait presque totalement jour, le ciel est blanc et bleu d’hiver ; le vapur frôle le quai proéminent face à la gare, mais plus âme devant elle ; le kiosque qui fournissait en toasts au fromage le passant quotidien a baissé le rideau.

Le toit a disparu il y a quelques jours ; envolé dans les flammes d’une manœuvre imprudente. Le bâtiment emblématique a été sauvé par les marins pompiers et la proximité des bateaux pompes dans cette zone du Bosphore sous haute surveillance : à l’automne 1979 une collision entre un pétrolier roumain – l’Independanta – et un cargo grec – le Evriyali – provoqua un terrible incendie qui dura des semaines, avec une très violente explosion le 22 ième jour. L’épisode, un peu oublié, a incité à la mise en place de forces importantes de lutte contre les incendies.

Haydarpâsa

La gare est un squelette ; la petite fenêtre, elle, est toujours allumée.

fenetre Haydarpasa

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~ par dolasadolasa sur 28 décembre 2010.

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