A ay.

Noir et blanc ; noire comme la nuit sur le Bosphore, blanc comme les maisons de Burgazada, noir comme les idées de la jeune fille, personnage principal de film, blanc comme le reflet qui noie son visage quand, chaque nuit, elle attend à la fenêtre de la demeure presqu’en ruines que passent la barque et la spectre de sa mère, suicidée.

A ay, c’est d’abord l’histoire d’une maison, au sujet de laquelle il y a, paraît-il, beaucoup à dire et beaucoup à raconter ; et qu’il faut raconter. Une maison étrange et géante, en pierres, mais en bordure du Bosphore, sorte de haut vaisseau fantôme jamais achevé, sans mobilier, ou presque, aux fenêtres que l’on condamne d’une planche.

Cette maison, maudite, est habitée par une jeune fille orpheline et ses deux tantes, Neyir, professeur d’anglais, et Seza, qui souhaite finalement achever la maison, ainsi que par un vieillard mourant, Sirri Bey, grabataire, qui jamais ne parvient à articuler ce qu’il voudrait dire.

De la mère de la jeune fille, on sait qu’elle est allée un jour se perdre sur le Bosphore, sur une barque verte amarrée au pied de la demeure ; elle serait partie de tristesse, ou de folie, pour suivre son époux Serbet, qui ne sortait jamais de sa chambre.

Toutes les nuits, la jeune fille, Yekta, se place face à la fenêtre de la chambre, et son visage s’inonde de lumière au moment où sa mère passe, et lui sourit. Yekta, sombre et mystérieuse, cache ses secrets dans une boîte sous un parquet vermoulu, et a pour compagne une mouette, grisâtre, laide et ébouriffée. Devant le naufrage psychique de Yekta, cette vie de chimères dans cette maison hantée, sa tante Neyir l’amène à Burgazada, où elle possède une autre maison, et envisage de la mettre en pension dans le lycée où elle même a passé douze années de bonheur, sous les pins, et dans un bel uniforme gris.

Flanquée d’un jeune étudiant aux cheveux roux et aux grosses lunettes, Nuran, chaperon proposé par Neyir, Yekta crapahute sur les rochers de Burgazada ; l’activité principale de Nuran est de photographier les mouettes, et d’espérer que le film révèlera ce que les yeux ne peuvent sans doute voir, c’est-à-dire que l’une d’elle aurait, selon une légende, un visage d’enfant. Un monastère orthodoxe, gardé par un borgne, sera l’un des lieux préférés pour l’exploration : devant ce monastère, face à la falaise, un arbre isolé. C’est de là que Yekta finira par se jeter, une fois en rêve, puis une fois en vrai, se transformant en mouette, après avoir enfin trouvé, sur les murs anciens du monastère, le dessin d’un oiseau à la tête d’enfant.

Dans un souci morbide, que l’on n’est pas obligé de bien comprendre, le film s’achève sur le repas d’un chat, dévorant les entrailles de la mouette de Yekta, qu’elle avait inhumée, après qu’elle soit morte subitement et de manière inexplicable, avec ses petits secrets.

A ay, de Reha Erdem, 1988.

 

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~ par dolasadolasa sur 25 janvier 2011.

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