Dans les vallées du thé

Dans toutes les villes côtières entre Hopa et Rize, leur fine verticalité concurrence celle des minarets. Elles, ce sont les cheminées rayées bordeaux et or des usines Caykur. Et elles fument ! Le thé est une culture récente en Turquie puisque, s’il y est consommé depuis le XVI° siècle, ce n’est qu’en 1920 qu’eurent lieu les premières plantations. Elles se concentrent dans la région de Rize où le climat, chaud et humide, est idéal. La Turquie produirait actuellement 200 000 tonnes annuelles de thé (un peu plus de 6% de la production mondiale), et pour aboutir à ce poids de thé prêt à consommer, il faut cueillir 800 000 tonnes de feuilles de thé.


Le versant septentrional des mont Kaçkars et les vallées qui le sillonnent sont en effet recouverts de ces arbustes buissonnants au feuillage vert sinople extrêmement luisant. Dans ces champs à la pente si abrupte, les hommes mais surtout les femmes travaillaient à la cueillette.

Souvent coiffées de chapeaux de paille à larges bords posées sur leur foulards, armées de sécateurs dont l’une des lames est  attachée à un petit sac de toile pour recueillir les feuilles (on les trouve dans toutes les boutiques de Rize), elles remplissent de gros sacs de fils plastiques tressés qui seront ensuite  déversés dans une bâche nouées aux quatre coins, laquelle sera descendue jusqu’à la route la plus proche, souvent au-delà du çay, c’est-à-dire cette fois du cours d’eau, au moyen d’une nacelle coulissant grâce à une poulie.

Là les sacs seront entreposés jusqu’à ce qu’un pick-up vienne les récupérer pour porter les cueilleuses et leur récolte aux entrepôts de Caykur, beaucoup plus rarement de Lipton, placés régulièrement aux bords des routes qui rejoignent la quatre-voies côtière. Les ballots sur lesquels les femmes prennent place s’amoncèlent devant ces petits hangars jusqu’à ce qu’un employé de Caykur ne pèse leur récolte et ne leur verse leur dû.

En circulant dans ces vallées, en particulier dans celle de la turbulente Fırtına qui mène à Ayder, on note des femmes inhabituellement vêtues : la jupe est souvent juste sous le genou, les mollets couverts de grosses chaussettes tirebouchonnées, l’ovale du visage entouré d’un fin voile transparent ourlé de perles et fixé sur la tête au moyen d’un autre foulard de cotonnade bariolée entrelacé sur le front et noué en bandeau derrière la tête. Ce sont des Hemşin que l’on appelle en français des Hémichis, peuple peut-être d’origine arménienne si l’on se fie aux caractéristiques de son langage, et qui partagent avec les beaucoup plus nombreux Laz, peuple caucasien dont le plus célèbre représentant est Recep Tayip Erdogan, l’essentiel du peuplement de cette région.


Outre sa population particulière, cette côte extrême-orientale de la Turquie, se caractérise par une belle architecture traditionnelle. Si les maisons récentes sont faites le plus souvent de parpaings de terre cuite que l’on n’a pas pris le temps de recouvrir d’un enduit, il n’est pas rare de rencontrer de grandes et belles demeures anciennes soit entièrement en bois, soit montrant une armature de bois, un colombage, complété de pierres et terre battue enduits de blancs.

A côté de la maison, les serender, ces greniers de bois construits sur pilotis, offrent un espace de stockage ou un étendoir à l’abri des fréquentes précipitations où madame peut sans crainte mettre son linge à sécher.

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~ par aliteìa sur 30 janvier 2011.

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