Cent mille, et quelques, habitants

Difficile de parler, d’écrire sur Ani… parce que l’essence du plaisir qui y est éprouvé tient en à peine quelques mots : Ani est une merveilleuse promenade, une flânerie dans le vent et le silence parmi les vestiges d’une puissance déchue.

Le site jouit d’une configuration topographique particulière : il se trouve à la confluence de deux cours d’eau qui entaillent profondément le haut plateau volcanique qui s’étendait, continu, depuis Kars. A l’est, la tumultueuse Arpa Çay dont les eaux émeraude coulent vers l’Araxe marque l’actuelle frontière avec l’Arménie,  à l’ouest,  l’Aladja, torrent saisonnier qui a creusé la Vallée des fleurs. Il suffisait de protéger le côté nord du triangle ainsi dessiné pour compléter la défense du lieu.

L’occupation du promontoire est ancienne, les premières traces remontent au paléolithique, on y trouve des traces de fortifications datant du V° siècle BC, c’est-à-dire de la période Urartu. Il vit ensuite se succéder différentes principautés jusqu’à échoir, à la fin du VIII° siècle à la famille des Bagratides qui se taillèrent un vaste royaume couvrant une bonne partie de l’actuelle Turquie orientale, l’Arménie et empiétant sur les actuels Etats de l’Azerbaïdjan et, en mode mineur, de l’Iran et de l’Iraq. Ani qui n’était d’abord qu’une simple citadelle devint la capitale de ce royaume au milieu du X° siècle.

La ville se développa rapidement soutenue par la richesse née d’une situation doublement privilégiée : centre d’une région agricole prospère et étape importante et sûre  pour les caravanes qui portaient dans les ports de la Mer Noire les précieuses marchandises d’Orient à destination de l’Europe. Et l’épanouissement culturel suivit le développement économique, Ani devint un rayonnant foyer des arts, des sciences ainsi qu’un important centre religieux. Quatre siècles de prospérité, quatre siècles de splendeur.

C’est de ce faste, de cette puissance, de ce rayonnement dont témoignent aujourd’hui les monumentaux vestiges d’Ani : les massives murailles septentrionales, les 8 églises dont l’imposante cathédrale (la ville en aurait compté plus de mille), la mosquée selgiuchide la plus ancienne d’Anatolie, les ruines de deux palais, les soubassements des boutiques, les milliers de pierres taillées éparses sur le site….

Il se dit que la ville compta plus de 100 000 habitants, à l’époque où ses faubourgs s’étendaient au-delà de l’Arpa Çay. Et aujourd’hui ? Deux enfants à bicyclette qui viennent empiler dans la cathédrale des bouteilles d’eau à peine sorties du congélateur, trois employés de la Turk Telekom en salopettes grises, un Italien, une Française, un troupeau de placides vaches brunes, un cheval noir qui paît au-dessus du couvent des vierges, un serpent qui se faufile véloce entre les pierres. Et puis des hirondelles qui nichent dans l’église Saint-Grégoire ou dans la mosquée Menüςehir, quelques abeilles qui butinent des fleurs sauvages, une foule de papillons et des milliers de fourmis, modèle 4 x 4. Bien plus de 100 000 habitants…

 

 
 

Des mots ! des mots ! Encore des mots ! Alors que si peu suffisent pour Ani : une merveilleuse promenade, une flânerie dans le vent et le silence. C’est encore trop… seulement chuchoter « silence » tentant de mimer le vent alors que le regard glisse sur une pierre sculptée animée d’ombre avant d’embrasser l’horizon de la steppe ?… non, même pas …

Chhhh…

 

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~ par aliteìa sur 5 mars 2011.

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