Kosmos, de Reha Erdem.

Au terme d’une chevauchée sur le plateau de l’Est anatolien, avec de la neige jusqu’aux genoux, un objet humain non identifié arrive dans la ville de Kars, en plein hiver, et en pleine campagne pour l’ouverture de la frontière avec le pays voisin, si proche, si ennemi. Battal/Kosmos gagne d’abord l’estime de la société locale en sauvant, quasiment en ressuscitant un enfant qui file au gré du courant  sur la rivière glaciale ; lorsque se termine l’état de grâce est que c’en est fini des thés gratuits sur les nappes bordeaux de la kiraathanesi Yesilyurt, lorsque l’on prend avec moins de complaisance l’admiration céleste de Battal pour la brune et évanescente fille de son protecteur, on commence à de défier de cet individu lunaire aux étranges pouvoirs, qui ignore les brûlures de cigarettes qu’on lui fait aux mains, et qui disparaît puis réapparaît mystérieusement. On s’agace aussi de son discours, sur Dieu, sur l’homme, sur l’amour et sur les animaux, qui suscite des regards incrédules et sceptiques sous les casquettes de maquignon du bazar.

Les animaux, leur situation, leur statut, leur rang et leurs destin fascinent Battal, et probablement aussi un peu Reha Erdem ; on parcourt les rues de la ville au ras du pavé neigeux, derrière une oie, on s’émeut du spectacle de la salle d’abattoir et des carcasses fumantes qui baignent dans le sang, on voit se battre deux kangals galeux au pied du pont de pierre ; on partage leurs regards, on suit la courbe de leur corps, on saigne avec eux.

Battal distribue bonté et amour, et soigne les corps dans des étreintes folles et épuisantes, comme s’il absorbait maux et souffrance, en messie.

kars-pont

Mais Kars ne méritait sans doute pas ce prophète, cet homme-oiseau qui aime dans des hululement, qui cambriole les parfumeries pour se peindre des stigmates au vernis à ongles le jour où il fait honneur à son amoureuse homologue… Après une étrange histoire de signe du ciel, en l’occurrence un vaisseau spatial russe en feu sur la neige du plateau, il reviendra d’où il est apparu, dans une fuite éperdue.

« En quoi l’homme est-il si différent de l’animal?« , demande Battal. L’os symbolique qui apparaît sporadiquement dans les scènes semble rappeler l’homme à son animalité, voire la tenir pour fondamentale et essentielle. Au-dessus de notre monde de souffrance, de peine, de maladie, d’oppression, règne la lune ronde, aussi présente que dans A Ay, autre film de Erdem. Lire à ce sujet l’article de Dolasadolasa.

Kosmos, par Reha Erdem.

 

Télécharger ‘Kosmos, de Reha Erdem » au format PDF :

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~ par dolasadolasa sur 22 mars 2011.

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