Tatil kitabı

La scène initiale nous projette dans la citadelle de Silifke, où une nuée de jeunes écoliers, mine sérieuse et réjouie à la fois, et blouses bleues, s’égaille en cette dernière journée avant les vacances d’été ; après avoir collectivement entonné l’hymne national devant les symboles de la République, la troupe rentre à la maison pour plusieurs semaines de pause, non sans avoir été munie d’un cahier, d’un cahier de vacances (Tatil kitabı), dont l’étude est chaudement recommandée par le professeur.

silifke

Le jeune Ali est un enfant sage, posé, discret, timide peut-être, un peu rêveur ; sa faiblesse lui vaut de se voir arracher son livre d’exercices et de lectures d’été par plus costaud que lui ; ce malheur et cette offense vont sonner le là d’un été difficile.

Silifke, c’est la pays des oranges, et des citrons, la porte de Chypre aussi, et le père du jeune Ali, homme peu sympathique, autoritaire, âgé aussi, est dans le négoce des fruits, ces fruits que les femmes du coin mettent dans des feuilles fines de papier puis dans des cartons et qui finiront au pied des pressoirs dans les échoppes de jus de fruits d’Istanbul ou d’ailleurs. Cet homme dur, âpre au gain, fait aussi le malheur de son fils aîné, qui voudrait tant quitter l’académie militaire où on l’a fait étudier pour devenir officier, et de sa femme, qui soupçonne une maîtresse, à Mersin ou à Ürgüp, où il se rend souvent, dans sa camionnette.

Ladite camionnette grise va tenir un rôle dans l’intrigue qui se noue, et que démêlera avec bienveillance le gentil de l’histoire, l’oncle boucher, celui qui comprend que la vie n’est pas facile tous les jours, qui a vécu à Ankara et connu le divorce ; c’est lui qui récupérera le véhicule le jour où le père sera victime d’une attaque cérébrale sur la route d’Ürgüp et opéré d’urgence après avoir eu le temps de révéler que de l’argent est dissimulé dans le véhicule, c’est lui qui encouragera chaque jour les fils à être libres et à suivre leurs envies.

Le malheur de l’été est vu dans le regard d’Ali, qui va affronter la cruauté de la vie, réalité bien pire que les quelques lectures du cahier de vacances qui est arraché dès la sortie de l’école par un petit caïd : son père lui demande de vendre dans les rues, assis tristement au pied d’un arbre dans la poussière, une pleine boîte de chewing-gums, il va connaître la bêtise et la méchanceté de autres gamins, à peine plus grands que lui, mais très décidés à imposer leur loi, enfin il va connaître le deuil, lorsque son père succombera à cette attaque cérébrale après quelques jours de coma.

Film d’enfance, d’initiation, qui s’achève le jour de la rentrée sous les mots du professeur : « durant l’été, vous avez grandi« . On ne saurait mieux dire.

Ce film est un compromis agréable entre les lenteurs un peu contemplatives du cinéma turc contemporain, et le récit d’une naïveté d’enfance qui se frotte aux lois de l’existence ; tous les publics pourront l’apprécier, et découvrir Silifke et Ürgüp, au temps des oranges.

Tatil kitabı, de Seyfi Teoman, 2008.

Télécharger « Tatil kitabı » au format PDF :

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~ par dolasadolasa sur 5 avril 2011.

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