Gemide – On board.

Serdar Akar dirigeait à la fin des années 1990 ce film, qui allait faire partie de la sélection officielle à Cannes en 1999.

« Un bateau, c’est comme un pays » ; sur le générique de début, une voix off, celle probablement du capitaine du navire annonce la couleur : on trouve de tout à bord d’un navire, et on partage une destinée.

Marmara

Le navire en question est un de ces modestes bateaux bleus dont une des besognes, plutôt ingrate, est de draguer le sable au fond du Bosphore. Une nuit où il est à l’ancre dans la Mer de Marmara, et où l’essentiel de l’équipage fume du cannabis dans le carré et s’achève au raki dans des verres à thé, un des hommes du bord est parti acheter à manger, à Laleli, dans un quartier de cabarets et de discothèques glauques. Il revient à la nage, prétend s’être fait dépouiller. La faim pousse le quatuor alors réuni à organiser un raid punitif et alimentaire à terre.Les prétendus assaillants sont reconnus, il sont trois hommes et une prostituée que l’on devine russe dans l’imaginaire turc. Le capitaine du bateau, un petit homme plutôt brave par ailleurs, assomme, à tout le moins, un des membres du trio d’assaillants, le laisse sans connaissance, alors qu’un certain Kamil enlève la belle jeune femme en manteau de fourrure.

Tout le monde se retrouve à bord, et les effets de la drogue sont tels que le capitaine ne se souvient plus de la veille ; elle ne lui reviendra que progressivement, cette embarrassante mémoire,  alors que les hommes d’équipage séquestrent, ligotent, et aussi violent la jeune femme, toujours si russe, toujours si diaphane, toujours si muette et inexpressive.

navire marmara

Acier rouillé, pelles mécaniques draguant le fond du Bosphore et charriant une boue grise, cornes de brumes et treuils qui laissent filer l’ancre, une ambiance maritime et grisâtre, aux effluves de mauvais raki, de whisky, aux fumées hallucinatoires laisse le spectateur assez peu à l’aise ; lubricité poisseuse, projets criminels et sans scrupules, rien ne nous est épargné. Fable sans doute sur la vie maritime et les frustrations masculines dans la Turquie des années 80, scènes érotiques en noir et blanc, et parasites compris, dans des estaminets douteux de Laleli, que des hommes hagards et inquiétants boivent du regard en allumant des Samsuns.

On ne sait vraiment comment l’histoire s’achève, si ce n’est que nos compères ramènent la jeune femme à terre, sans mettre à exécution plus de funestes projets, et finissent assis côte à côte, les pieds quasiment dans le ressac, sur les galets de Yenikapi.

Serdar Akar, Gemide, On Board, 1998.


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~ par dolasadolasa sur 14 avril 2011.

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