Sonbahar, pluie d’automne.

Les films turcs, en particulier ceux qui sont évoqués ici régulièrement, sont souvent l’occasion d’une découverte géographique, presque ethnographique, qui dépasse le récit en lui-même.

Ainsi on a arpenté Kars, les sites de l’Egée, les squats de Sankt Pauli, joué avec les chats de Cihanğir…

Avec Sonbahar, c’est l’automne pluvieux de Hopa qui nous attend, les vagues grises presque sales qui se brisent sur les môles, et fond rouler les galets, couvrant le grondement des bus sur l’autoroute,  les villages de montagne de Çamlıhemşin, entre trombes d’eau et sommets déjà enneigés. Une étrange promenade songeuse dans cette région rarement filmée, champs de thé, maisons paysannes sur pilotis, chemins en mauvais gravier et lupanars.

A. Onur Saylak joue un chercheur en mathématiques, Yusuf, universitaire brisé par dix années passées en prison à Silivri pour activisme politique, pour anarchisme ou gauchisme ; libéré, malade des poumons, hanté la nuit par les images des mutineries et de leur répression, il débarque un jour dans le chalet traditionnel de montagne de sa famille, sur les hauteurs derrière Hopa, pour embrasser sa mère, qui n’a plus jamais pu profiter de la vie depuis son incarcération, et ne pas pleurer son père, lequel, avant de mourir, l’a tenue pour responsable de ce malheur. Avec son ancien ami, qui a échoué à l’université et est devenu menuisier au village, Yusuf, faible et malade, va vivre ses dernières aventures, dans une camionnette sur les routes de montagne, ou devant un raki de gazino à Hopa.

C’est à Hopa bien sûr qu’il croise le chemin de cette jeune femme brune, qui a laissé sa fille en Géorgie pour venir gagner quelqu’argent par le commerce de son doux sourire triste ; ces deux-là auraient pu prendre un chemin ensemble, mais, au dernier jour de son visa, avant de repartir vers l’Est, Eka ne trouvera pas Yusuf sur le môle face aux vagues grisâtres. Alors ce sera le dolmus pour Batumi. Megi Koboladze est touchante, en jeune mère un peu perdue, à la mou triste et un peu lourde sous des grands yeux.

ciftekopru

Sonbahar est un bien beau film, très doux, assez lent, noyé d’humidité, imprégné de cette musique nostalgique et traditionnelle, sorte de cornemuse des paysans des montagnes de la mer Noire,  que Yusuf essaie de jouer une dernière fois pour sa mère, et dont on devine, en une ellipse, qu’elle lui est fatale.

Sonbahar (automne), de ÖIzcan Alper.

Les illustrations ne sont pas extraites du film.

Télécharger « Sonbahar, pluie d’automne » au format PDF :

~ par dolasadolasa sur 8 mai 2011.

Une Réponse to “Sonbahar, pluie d’automne.”

  1. superbe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s