Ami, remplis mon verre….

"Les vendanges", statue de Merab Berdzenishvili, Telavi

« Les vendanges », statue de Merab Berdzenishvili, Telavi

Les Géorgiens ont la réputation d’être plutôt portés sur la bouteille, parfois même cela est présenté comme une explication de l’exceptionnelle longévité dans certaines zones du Caucase : un verre de chacha chaque matin au saut du lit vous ferait un centenaire.

En préparant un voyage en Géorgie, on n’échappe donc pas à l’exposé quelque peu complaisant des habitudes et/ou des clichés sur la relation des Géorgiens à l’alcool, présentations qui trouvent leur paroxysme dans les nombreuses lignes à propos des supras que les concernés appellent « le grand boire boire », banquets à la mode de Platon.

On y croit ou non, on se laisse intimider ou non, on prend le parti de penser que c’est un élément important de la culture géorgienne ou qu’il s’agit d’exagérations qui doivent fondamentalement irriter les Géorgiens, mais dès les premiers mètres en terre adjarienne, on se rend vite compte que cette réputation n’est pas complètement usurpée quand même.

Petite tournée de la Géorgie par les fonds de bouteilles….

Les bières.

Bière KazbegiAutant le dire d’emblée, la Géorgie ne sait pas brasser le houblon. Non pas que la bière y soit vraiment mauvaise, mais elle est incontestablement pas formidable. Elle est malheureusement trop souvent servie tiédasse là où sous un climat similaire on prendrait soin de la verser glacée dans un verre givré ; et comme elle est rarement proposée en demis conventionnels de 25cl mais plus couramment en 50 voire 75 cl, vous ne couperez pas à la soupe-cervoise quand vous espériez une halte fraîche dans le rude été géorgien. De quoi rêver d’une Efes glacée quelque part plus à l’ouest.

Les bières sont assez fortes, la Kasris affichant 5,2%, souvent amères, toujours aqueuses néanmoins. La plus populaire est la Kazbegi, la meilleure, m’a-t-il semblé, était la Natakhtari et la pire, l’Argo, qui a détrôné la Kasris à laquelle finalement on s’habitue, mais chacun se fera sa propre opinion.

Il paraît qu’on ne trinque à la bière que contre ses ennemis, c’est dire comme la bière est l’alcool des petits joueurs !

Compter 1,5 GEL le demi de 50cl.

Façade Tbilisi

Les vins.

Vin blanc géorgienFierté du pays, la culture de la vigne y est l’une des plus anciennes, certains faisant remonter ses origines à plus de 8 000 ans. Le vin géorgien est principalement produit à l’est du pays, dans la douce plaine de Kakhétie coincée entre steppe et montagne. On y boit surtout du blanc, vinifié artisanalement, chaque habitant de la région étant un peu vigneron.

Le blanc est trouble, en raison du procédé de vinification et c’est ce vin, fabriqué par soi-même ou le voisin, et stocké dans tout ce qui ressemble à un contenant – seconde vie des bouteilles d’eau et de bière, jerricanes, … – qui constitue l’ordinaire des tables de Kakhétie.

Il est léger, mais monstrueusement chargé en SO2, de quoi assurer des matins qui déchantent même en en ayant une consommation très modérée. Alors, vous pouvez tenter la technique bien rôdée quoique peu enthousiasmante qui consiste à boire au réveil un verre du breuvage qui vous a donné mal à la tête, prendre votre mal en patience ou vous rabattre sur une bouteille d’eau de Borjomi qui se vante d’être le meilleur remède aux gueules de bois. Personnellement, je conseillerais la patience, un p’tit verre de blanc au réveil ne me parlant pas et n’étant pas certaine que le remède Borjomi soit moins pire que le mal.

Les rouges sont rares, souvent doux bien qu’il existe quelques rouges secs ; mais ils sont forts (13,5% au minimum, et je me demande si le mode de calcul ne diffère pas de l’autre côté du Petit Caucase…), très chargés en tanin, âpres.

Les rosés sont imbuvables, même très frais.

Pour la petite histoire enfin, le Kindzmarauli aurait été le vin préféré de Staline ; quant à l’eau de Borjomi, il paraît que Lénine en raffolait.

Parc de Tsinandali, Kakhetie

Pour les vrais durs.

Oui, parce quvodkae là, on n’atteint que 13,5% et ce n’est pas avec ça qu’on tient une supra.

Le cognac n’est pas désagréable, avec un léger goût de caramel.

C’est tout ? Hé oui, je n’ai testé qu’une gorgée, et j’ai annoncé qu’on toucherait maintenant aux bouteilles destinées aux vraiment durs, à ceux qui se savent invités à une supra et qui paniqués veulent s’entraîner un peu pour ne pas s’écrouler, ridicule et honteux,  dès le deuxième toast, la difficulté du supra tenant dans la gestion de l’alcool, qui doit procurer enivrement mais surtout pas ivresse.

Ajoutons tout de même dans cette catégorie la vodka, qui se prend dès le petit déjeuner avec un khachapuri, et la chacha, la redoutable eau-de-vie géorgienne, celle qui vous fera gagner au petit matin le banc de « l’homme fort » du supra.

გაუმარდჯოს !

Le Tamada de Tbilisi

Le Tamada de Tbilisi

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~ par Emmanuelle sur 23 mai 2011.

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