Gümüshane : qu’elle était morne la vallée.

But de route d’une longue journée, commencée au pied de la citadelle de Kars par un kaşar au miel et un thé, Gümüshane était vive et rieuse dans mes souvenirs ; elle m’était apparue vivante, joyeuse, au fond d’une étroite vallée, animée et presque montagnarde. Ça c’était il y a dix ans à travers les vitres fumées d’un autobus déjà moderne d’une quelconque compagnie orientale.

Le temps rend mal justice aux souvenirs rieurs.

Lorsque les nuages s’amoncellent après col du mont Kop, ils ne constituent nulle surprise, ils sont juste les prémices des précipitations qui, à coup sûr, honorent en été les ruelles de Trabzon. Néanmoins cela n’est pas un très bon présage, accueil de vent et d’orage, de grisaille accrochée aux pics rocheux.

Autant le dire, la Gümüshane 2011 sera une vraie déception.

Gümüshane

De la ville animée reste surtout un couloir routier pour autobus de ligne et camions de carrière, que traverse parfois une vache ;  la vallée est grise, la vallée est morne. Les quelques bâtisses affichant la prétention d’être des konaks arborent des parures en bois, mais elles sont en contrebas de la route, leur toiture se devine  à peine derrière la laide rambarde métallique peinte à la hussarde de blanc ou de bleu. Alors on compense à coup de vilains panneaux publicitaires promettant une cuisine de haut vol dans un cadre radieux.

D’ailleurs c’est bien le ventre qui aigrira le jugement.

Que les lokantas en période de ramadan soient peu encouragées à tenir au chaud, pour pas grand monde, des plats préparés, cela se conçoit ; que les fours à pides ne soient, à la même période, pas entretenus du matin au soir, cela se comprend ; il en est ainsi dans toute l’Anatolie, le choix est restreint, la fraîcheur parfois moins au rendez-vous que de coutume. Mais jusqu’alors personne n’avait osé – comme le fit une lokantas au nom évoquant des délices – loger honteusement les dîneurs trop précoces au fond d’une arrière salle, bien cachés, et leur servir des köftes avec des pommes de terre pas encore cuites.

Qu’est-ce qui justifie ce zèle ? Qui sont au juste les habitants de Gümüshane la prude ? Qui sont ces jeunes hommes en tenue blanche et portant turban qui se pressent après la prière sur le pont du centre ville ? A quoi Gümüshane doit-elle cette pesante atmosphère , Est-ce seulement à l’orage qui déjà laisse échapper quelques gouttes ?Il se peut que quelque chose m’échappe, mais les alignements de vitrines proposant en ville pestil et köme, deux bien médiocres friandises soit dit en passant, n’y changeront certes rien : elle est morne, elle est triste la vallée.

pestil-kome

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~ par dolasadolasa sur 15 août 2011.

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