L’antre de l’architecte.

Métro de Tbilisi

Ce n’est pas faute de préparation, non… Je pensais que les deux dernières semaines passées à 37°C quelque part en Europe de l’ouest puis à Istanbul, qui précédèrent la cruauté du tropique de Karadeniz vous sautant au cou dès la passerelle de l’avion qui vous a déposé à Batumi constitueraient un entraînement digne des commandos du GIGN, des chasseurs alpins et des GI’s réunis.

Et pourtant, il a fallu constater que ce n’était pas encore suffisant, qu’arrivés à Tbilisi l’acclimatation était incomplète. Mais qu’a donc cet été caucasien, ce soleil géorgien pour qu’on ne s’y habitue pas ? Est-il du plomb porté à 327,46°C, son point de fusion ? À se demander comment Kartlis Deda qui veille sur la ville dans son carcan d’aluminium tient encore debout.

S’il n’était ces rendez-vous avec les vallées et sommets septentrionaux, les steppes orientales, sûre que ce jour-là, sur les rives de la Mtkvari, nos pas nous auraient menés jusqu’à Ortachala où nous aurions pris la première marchroutkas qui nous aurait conduits de l’autre côté du Caucase. Décidément, la Transcaucasie fait le bonheur des râleurs.

Oui, l’été de Tbilisi est pénible, épuisant et on a beau entendre que cette année c’est un peu exceptionnel quand même, ça ne console ni ne rafraîchit, et on comprend mieux l’étymologie de la ville, même si ce n’est pas à son climat qu’elle doit de signifier « chaud ». *

Il y fait si frais qu’à peine la porte poussée, une forte odeur d’humidité, de moisissure même, très piquante, vous prend les narines et la gorge. Mais qu’importe ! Il y fait bon, et l’air y circule en plus des rames lorsqu’il n’y a pas de panne d’électricité. Alors si la surface a été explorée et qu’il n’y avait pas d’envie particulière de parcourir quarties et rues déjà parcourus, il n’y a pas trop d’hésitation à avoir.

Métro de TbilisiAcheter un jeton à 0,40GEL, compter jusqu’à trois puis passer le tourniquet pour s’installer sur une marche de l’escalator aussi vertigineux – le ressenti indique un angle à 45° – que rapide pour rejoindre le centième sous-sol.

Car le métro de Tbilisi a été pensé à partir de celui de Kiev, lui-même conçu sur le modèle moscovite, qu’importe si ici la géologie et la démographie dispensaient de creuser si profondément.

Métro de TbilisiLes travaux ont commencé en 1952 et le 11 janvier 1966 était inaugurée la première ligne, longue de 6,3 km entre Rustaveli et Didube, quatrième métro soviétique après ceux de Kiev, Léningrad et Moscou.

En 2010, le métro de la capitale géorgienne comptait deux lignes, vingt-deux stations dont vingt souterraines. Après les difficultés qui ont accompagné l’indépendance, la modernisation de la structure a timidement débuté en 2004 : prolongation des lignes, rénovation des stations où le faste des origines, orgie de lustres et de marbre, peinent à être encore même un souvenir, remplacement des vieilles rames kaki par des wagons aux couleurs de la Géorgie.

Si l’on évite les stations sMétro de Tbilisitratégiques déjà refaites pour l’affiche, le métro de Tbilisi a quelque chose qui relève tout à la fois d’un parcours archéologique, d’une émotion face à ce qui ressemble à des vestiges d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, que l’on souhaiterait intérieurement simplement voir être sécurisés, égoïstement seulement restaurés, et de l’angoisse du claustrophobe s’imaginant coincé là à l’occasion de la vingtième coupure d’électricité de la journée, sentant dans l’âcre odeur d’humidité la Mtkvari qui suinte sur les parois prête à se déverser dans les tunnels et à engloutir les quais, décollant toutes les affiches masquant la disparition du marbre et vantant la Kesris, la Natakhtari ou la Parliament.

La rame rouillée aura pourtant fonctionné, les escaliers montant n’auront été guère moins vertigineux que les escaliers descendant, la porte s’ouvre sur l’incandescence estivale. Et si on y retournait ?

Métro de Tbilisi——

* C’est aux sources d’eaux chaudes, au pied de la falaise de Sololaki (aujourd’hui Abanotubani, le « quartier des bains ») que la capitale géorgienne doit de s’appeler Tbilisi. Voir « De Tbilisi à Tiflis« , sur Dolaşa dolaşa. (↑ retour au texte)

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~ par Emmanuelle sur 20 octobre 2011.

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