L’Akbil en préretraite.

Il est jaune ; ou alors il est vert ; ou bleu, ou rouge, ou blanc. Il porte en creux dans sa cambrure de plastique moulé, sur la face inférieure, les armes de la municipalité du grand Istanbul. Depuis des années, il est de toutes les poches, il est le porte-clé fétiche, emblématique, obligé, de habitants et des voyageurs du Bosphore. Il épouse le pouce pour venir faire contact dans les portiques du tramway, des vapurs, du métro, des autobus.
L’Akbil est si connu et familier que personne ne se souvient de son apparition, on le ferait facilement remonter aux années soixante-dix, trompé pas son design et ses couleurs vives. Il aurait déjà occupé les poches des voyageurs en bus Volkswagen colorés, voire aurait débarqué dans les livraisons du plan Marshall en 1948.

Akbil

L’Akbil est tactile, il y a dans la pression du pouce qui fait biper la machine lorsque l’on presse le bouton sur le contacteur quelque chose de technique et ludique à la fois ; un peu Lego, un peu Meccano. Plaisant en tous cas.

Eté 2011, panique sur les quais, tornade sur les guérites blanches des transports en communs d’Istanbul ; une campagne de publicité annonçait la fin de l’Akbil, et l’avènement de l’Istanbulkart, simple carte similaire à n’importe quelle carte de crédit, qui servirait à tout, et donc aussi à payer les transports, par simple proximité,  sans contact avec les portiques ou machines. Ce n’était pas un coup d’essai : déjà par au moins deux fois les rumeurs avaient couru les quais : l’Akbil allait être remplacé, remisé, pire, échangé, remboursé pour l’aquisition d’une carte en plastique, par un autre système de paiement. Mais cette fois les autorités ont été prises au sérieux, des heures de patience devant les boîtes blanche, par crainte de se retrouver du jour au lendemain sans un moyen de paiement à tarif réduit, un Akbil à troquer dans une main, un billet rouge de 10 TL dans l’autre.

Démenti ; fin août, un sursis était officiellement annoncé : l’Akbil, pour n’être plus offert à la vente, allait rester actif et utile, pourrait toujours être rechargé et utilisé. Par goût du modernisme, car les Stambouliotes, surtout anatoliens, adorent le moderne, les tables en formica, les smartphones et le clinquant de manière générale, on continua à acquérir des Istanbulkart, qui n’imposent plus de contact avec la machine, qui la font biper d’une proximité glissante.

L’Akbil est donc en préretraite, mais pas mort.

Télécharger « L’Akbil en préretraite » au format PDF :

~ par dolasadolasa sur 24 octobre 2011.

3 Réponses to “L’Akbil en préretraite.”

  1. D’apres les sources IETT le « Akbil » n’est en circulation que depuis 1996. Le mien, de couleur orange, doit avoir une dizaine d’années, et je l’utilise encore. Je compte bien le garder… en souvenir.

  2. Dois-je préciser, à toutes fins utiles, qu’avec le plan Marshall, je plaisantais.
    Oui, 1996 paraît vraisemblable.

  3. D’apres les sources IETT le « Akbil » n’est en circulation que depuis 1996. Le mien, de couleur orange, doit avoir une dizaine d’années, et je l’utilise encore. Je compte bien le garder… en souvenir.
    +1

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