Devrim arabalari

Il y a cinquante ans, à l’été 1961, sous le soleil d’Eskişehir, dans la cour d’une usine de réparation de locomotives, un autobus poussif s’arrête, et en descendent deux douzaines d’ingénieurs triés sur le volet ; ils sont spécialisés dans tous les domaines, mais un seul d’entre eux sait conduire, et vient avec son véhicule. Les autres, ignorants qu’ils soient de la chose automobile, se sont vus confier une mission d’intérêt national par le cabinet du chef de l’Etat, Premier ministre et aussi ministre de la Défense de la jeune République, un militaire d’Erzurum, le général Cemal Gürsel.

Le général à quatre étoiles s’est mis en tête de sortir la Turquie de l’agriculture, du coton et de l’artisanat, et de montrer qu’elle pouvait devenir un grand pays moderne ; et à cette époque, devenir un grand pays moderne, c’est pouvoir construire ses propres voitures, des voitures qui ne devraient rien à personne, surtout pas aux alliés et investisseurs américains, qui fournissaient l’essentiel du parc. Cette voiture doit voir le jour en un trimestre. Elle s’appellera Devrim, c’est à dire Révolution.

Photo : Domaine public http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Devrim_at_T%C3%BClomsa%C5%9F.jpg

L’histoire est connue, en partie au rayon des faits glorieux de la République, en partie au rayon des anecdotes, mais assez oubliée ; il en reste surtout une voiture crème dans un pavillon de verre dans la cour de l’usine Tülomsaş et un film, Devrim arabaları, réalisé en 2008 par Tolga Örnek.

Le film n’est pas désagréable, même si ce n’est pas la production à gros moyens qui semblerait suggérer un thème en lien avec l’histoire nationale ; l’équipe d’ingénieurs est attachante, et on se plait à suivre leurs efforts pour créer de toutes pièces un engin mythique.

En toile de fond, la Turquie des années 60, naviguant de réforme en coup d’Etat, et les complots supposés à l’époque avoir mis, dans les allées du pouvoir, surtout du pouvoir économique, un frein résolu au projet Devrim au motif qu’un marché tel que les automobiles individuelles ne pouvait échapper au parrain de la Turquie dans l’OTAN, à savoir bien sûr les Etats-Unis. Dans les coulisses, derrière l’uniforme blanc des généraux, s’activent des affairistes, des lobbyistes ; on rumine dans les couloirs, on étouffe le projet Devrim en demandant toujours plus pour moins de budget, on est prêt à tout pour susciter un échec.

La fin du film tend à la comédie, lorsqu’elle met en scène la journée du 29 octobre 1961, quand Cemal Gürsel se fait conduire au mausolée d’Atatürk dans la Devrim… La première Devrim, la noire, la plus solennelle, la plus officielle, fait cent mètres, et… tombe en panne de carburant : les réservoirs avaient été vidés pour le convoyage en train vers Ankara.

La presse se déchaînera et ironisera : « la Révolution roule cent mètres et s’arrête« . Cemal Gürsel va mettre les rieurs de son côté : « comme des occidentaux, nous avons fait une voiture, comme des orientaux nous avons oublié de mettre du carburant ».

Devrim arabaları, de Tolga Örnek, 2008

Pour en savoir plus sur la Devrim : http://www.devrimotomobil.com/index.php

Télécharger « Devrim arabalari » au format PDF :

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~ par dolasadolasa sur 29 octobre 2011.

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