La vallée des rois

Première vision de la plaine de Gordion: pour la femme du nord que je suis, un paysage familier de terrils abandonnés à la végétation…

Oublions cette idée: rien à voir avec les scories de charbon, nous contemplons la nécropole des rois phrygiens. 8ème ou 7ème siècle avant JC. Il y aurait une nonantaine de tumuli, un tiers d’entre eux à peine fouillés (les chiffres varient selon les sources). Le must étant le tumulus attribué au légendaire roi Midas, retrouvé miraculeusement intact. Vous me direz que ce roi avait le don d’ubiquité vu que sa tombe existe aussi à Yazilikaya: c’est que Midas, ou Gordias, était un nom très répandu à l’époque. Et qu’en fait, nous sommes bien ignorants sur ces temps reculés.

Ce Midas a inspiré bien des légendes ! Tout ce qu’il touchait devenant or, le voilà désespéré, privé de boisson et de nourriture; un dieu bienveillant lui conseille de se laver les mains dans le Pactole – ce qui explique que cette rivière charriait de l’or, source de la richesse d’un de ses voisins, Crésus de Sardes. Ou encore, arbitre d’un concours de musique, il subit la vengeance des Muses, dont il a contesté le jugement: affublé d’oreilles d’âne, il les cache sous un bonnet…phrygien; ses malheurs ne sont pas terminés, car son barbier trahit son secret. Pauvre Midas ! Bien des morales peuvent être tirées de ces historiettes: je laisse les conclusions à votre imagination.

Le tumulus de Midas a été aménagé pour les touristes; on y pénètre par un long couloir qui mène à la chambre funéraire, une sorte de cabane en rondins; on y a retrouvé les restes d’un homme et d’innombrables objets de valeur – conservés en grande partie au musée d’Ankara.

Gardien de la tombe de Midas et du petit musée attenant, voilà une mission pas trop épuisante, vu la rareté des visiteurs. Faut pourtant compter avec les moments de stress. Un groupe se présente: distribuer les billets, accompagner le groupe, ouvrir la porte cadenassée du tumulus, actionner l’éclairage; s’apercevoir qu’une touriste solitaire patiente à la caisse (moi); courir délivrer un billet; accompagner la solitaire; attendre à l’entrée du tumulus que tout le monde soit sorti; bien vérifier de n’avoir oublié personne avant d’éteindre et de fermer la porte à clé; courir au musée pour ouvrir la porte et mettre en route la vidéo; surveiller que personne ne photographie avec un flash ou ne touche les objets; le soulagement quand le calme revient…

Ce gardien pourrait méditer sur la non moins célèbre légende du noeud gordien, que personne ne parvenait à défaire; sauf Alexandre, toujours expéditif, qui le trancha d’un coup d’épée, devenant, selon la prédiction, maître du monde.

A chacun son noeud gordien.

Midas, Gordias, et les autres, princes ou barons d’empire, chefs de guerre ou prêtres savants, dormez en paix et ne revenez surtout pas, tels les Visiteurs  Clavier-Reno. Votre vallée, bien proche de la capitale Ankara, est défigurée: route rapide, industries, centrale électrique, chemin de fer, et les tumuli pourraient bien être, au fond, des terrils. Manque plus qu’on trouve du pétrole.

 

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~ par Pénélope sur 18 novembre 2011.

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