Des temps et des vents.

Beş vakit ce sont les cinq temps, les cinq temps qui rythment le film de Reha Erdem et aussi bien sûr les cinq temps qui rythment la journée du petit village de l’Egée qui sert de cadre, les cinq temps que le père d’un des enfants, muezzin, chante au minaret.

La salle de classe nous accueille, au son des leçons de choses et des louanges de la République ; irrésistiblement, on pense à Kasaba, de Ceylan. Même salle de classe, même vie de village égéen, même rapport à une nature rude et bienveillante ; plusieurs enfants, des garçons, Ömer et Yakup,  une fille, Yıldız, et des parents, paysans ou imam. Erdem cherche à nous faire entrer dans l’univers familial, avec comme fil conducteur l’idée de haines cachées et générationnelles. Le vieux paysan tyrannise ses fils, les enfants détestent leurs pères et veulent leur mort, jusqu’à fomenter des crimes.

La nature est présente ; plus que des animaux, des bêtes. Un scorpion desséché est jeté de sa boîte et file dans le courant, comme dans Kasaba une tortue périssant sous les jeux cruels des gamins ; mise-bas accouplements, jets de sang… Il semble qu’aux animaux Erdem confie les scènes et les actes qu’ils ne peut qu’évoquer, tout se passe comme si dans la vie animale les enfants apprenaient à lire ce que la pesanteur familiale leur cache, de silences en secrets.

La dimension sociale du film vient porter quelques coups au paternalisme, aux traditions villageoises. Violents, injustes, les hommes tendent à perdre à l’âge adulte leur fraîcheur d’enfance et à s’imposer par la force. Les femmes, dociles, laborieuses, voient leur condition de paysannes opposée à celle de la figure de l’institutrice, séduisante et virginale, idéal secret d’un Yakup enamouré et de quelque père un peu voyeur.

On peut voir Des temps et des vents avec un certain plaisir, on peut se laisser aller à marcher en caméra subjective dans les ruelles pavées derrières des gamins sautillants, on peut gravir avec eux les rochers et plisser aussi les yeux devant l’horizon de mer ensoleillée ; on peut aussi se dire que Reha Erdem a décidément de bien étranges obsessions. Comme dans A Ay, les longs plans sur la lune sont très insistants, comme dans A Ay, il se dégage quelque chose de morbide de ce film : quel sens ont ces cadavres sous les feuilles, pourquoi cette complaisance à montrer le sang ?

Des temps et des vents, Reha Erdem 2006 – titre original Beş vakit

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~ par dolasadolasa sur 27 novembre 2011.

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