Diyarbakır en jaune : Kum fırtınası.

Diyarbakır, en rouge et vert, les couleurs de la ville. Diyarbakır en noir et blanc, basalte et calcaire. Diyarbakır en jaune aussi, à l’aube de Ayyam-i bahur, les sept jours les plus chauds de l’année selon la tradition populaire.

La température dépasse allègrement les 45°C à l’ombre, et comme il n’y a pas trop d’ombre dans cette campagne nue, aux quelques arbres rabougris…. L’air est brûlant, le maigre sifflement du vent pique la peau, l’atmosphère est suffocante et l’horizon bouché, invisible, caché derrière un mur jaune-orangé.

« Se faire le confident des portes, pour les Diyarbakir : Dag Kapisivoir s’ouvrir », écrit Şeyhmus Diken à propos de sa ville*, comme une invitation à ralentir, à accorder son rythme avec celui de la cité…. La confidence, la proximité, l’intimité. Ce jour-là, Dağ Kapı, la Porte de la Montagne, la porte du nord, ne dira rien, ne livrera rien à moins de trois mètres des murs de Diyarbakır, gardant ses secrets derrière ce rideau ocre et opaque, dont la fluidité enveloppait les gorges du Tigre comme les collines arides et les plaines assoiffées.

Diyarbakir : Nebi CamiiÀ l’intérieur des murailles de Diyarbakır, la cité n’est pas plus loquace, le même spectacle s’étend, au ralenti, dans le dédale des ruelles et le long des larges avenues. La métropole du sud-est, qu’on dit si agitée, a des allures de gros bourg anatolien plongé dans la torpeur estivale. Seules les clochettes des vendeurs de meyan kökü parviennent à s’immiscer dans l’épais silence d’une ville aphasique, d’habitudes étouffées dans l’opacité de l’air, de gens qui déambulent sourds aux sons urbains. Basalte et calcaire de Hasan Paşa Hanı, de Şeyh Mutahhar Camii et des demeures anonymes, prennent les tons de vieilles photographies sorties d’une malle poussiéreuse, noirs et blancs jaunis par le temps.

Diyarbakir : Inönü CaddesiAyyam-i bahur…. Ailleurs, ce sont les jours entre deux réveillons, ou les premiers de l’année, qui sont scrutés, observés, objet de toutes les attentions, sujet à toutes les interprétations ; on pense, on est certain, que dans les nuages, les pâles rayons de soleil, les températures, se lisent l’année à venir, les cieux à craindre ou à espérer. Dans le sud-est anatolien, c’est dans les sept premiers jours d’août, ou du 19 au 26 juillet, selon l’influence culturelle, que s’écrivent les prévisions météorologiques.

Heureusement pour les Diyarbakıriotes, nous étions ces jours-ci au-delà du 26 juillet, sans avoir encore atteint août ; aucun présage n’était donc à lire dans la poudre orangée qui recouvrait progressivement les voitures, donnant aux dolmuş des allures de taxis surdimensionnés.

Diyarbakır en jaune n’est pas malgré ses airs mystérieux une énigme à résoudre, mais le tableau urbain d’un phénomène météorologique qui sans être rare s’est prolongé sur une durée plutôt exceptionnelle, une trentaine d’heures : la ville recevait, en s’inclinant, Kum fırtınası, littéralement « l’orage de sable ». Plus prosaïquement Diyarbakır était prise dans une tempête de sable dont toute la violence s’exprimait plus au sud. Quelque part dans le désert syrien.

Diyarbakir : Gazi Caddesi et Hasan Pasa Han

* Şeyhmus Diken, Diyarbakır, Éditions Turquoise, 2010.

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~ par Emmanuelle sur 1 décembre 2011.

5 Réponses to “Diyarbakır en jaune : Kum fırtınası.”

  1. merci, je ne connaissais pas ce phénomène , nous y étions les 25-26-27 juillet et y avons échappé.

  2. Bonsoir,

    De peu : cela avait commencé le 29 juillet, dans la matinée….
    C’est seulement en découvrant progressivement cette atmosphère saturée, de plus en plus saturée, depuis Dicle où je me trouvais vers la mi-journée et où le ciel était juste « bizarre », jusqu’à Diyarbakır où l’on ne voyait plus rien, que oui mais bien sûr, le désert est proche et cet écran opaque est juste l’écho lointain d’une tempête de sable….

  3. Ce phénomène, j’ai pu l’observer au Soudan; vous le décrivez très bien. Tout devient jaune, en effet, mais un jaune épais, qui transforme l’environnement : c’est comme si la vision se faisait à travers un filtre. Au Soudan les choses sont jaunâtres dès le départ: le désert omniprésent, les maisons en pisé. La Turquie est beaucoup plus colorée: l’effet n’en est que plus saisissant. Photos très parlantes !

  4. Désolée pour la fausse manoeuvre: je ne suis pas anonyme, mais Pénélope…

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