Pour 40 millions de TL.

Grise mine au Gagnan (sic), le guichet de paris turfistes de Kadiköy, celui où on fixe l’écran de la télévision sur le pas de la porte, frôlé par les taxis et éclaboussé par les projections de l’eau qui dévale la chaussée de pavés autobloquants grisâtres, pressée d’atteindre le quai ; l’heure n’est pas aux chevaux, le temps n’est pas aux casaques colorées.
D’ailleurs le moustachu moyennement avenant qui tient la boutique n’est pas là ; il est avec les autres. Dans les rues, sur les places, près de la Yeni Camii par esemple, devant les guichets de la loterie nationale turque, le Milli Piyango.

billets loterie

Pas de casaque verte ou bleue, là, mais une casquette blanche, omniprésente ; portée par de jeunes vendeurs, et surtout de jeunes vendeuses.  On secoue les liasses de tickets, on les laisse flotter au vent comme autant de drapeaux porteurs de chance alignés sur des tablettes jetées sur des tréteaux. Et aussi on attend devant la porte, en ligne bien sage qui serpente selon une forme improvisée, dans le silence et la patience.

Car il y a gros à gagner, et c’est écrit en grand ; pour ce tirage exceptionnel de fin d’année, un lot de 40 millions de TL est annoncé.

loterie

40 millions de TL.

De quoi faire biper 23 millions de fois environ les portiques d’accès aux vapurs sur les quais d’Eminönü, ou manger plus de 3 millions d’iskenders kebaps, ou de faire un aller retour quotidien en avion entre Istanbul et Antalya chaque jour pendant 547 ans, ou séjourner pendant 182 ans à l’hôtel Kempinski – chambre double et vue sur mer. Ou tout autre usage selon envies, voire caprices.

Bref il y en a pour des sous, et visiblement, ça fait rêver les petits vieux en pardessus noir, même si on a le droit de se demander ce qu’ils pourraient bien faire d’un tel pactole, peu compatible sans doute avec la modestie de leur train de vie et de leur origine telle qu’elle se lit dans leurs visages ; ils n’ont pas franchement le profil à débarquer en Hummer dans les boîtes du Bosphore, ou à parader le dimanche en runabout en bois vernis.

Mais ils achètent ce rêve obligé.

Au Gagnan, on fermera tôt.

Télécharger « Pour 40 millions de TL » au format PDF :

~ par dolasadolasa sur 22 décembre 2011.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s