… nerede ?

Panneau touristique : cheminées de fée en vallée phrygienne

Nerede est l’un des premiers mots que l’on apprend et maîtrise lors d’un voyage en Turquie. Parce qu’il est simple, facile à retenir, parce qu’il est fort utile aussi. Il signifie « où est »… ? ou « où sont… ? », n’a comme exigence que d’être précédé du lieu convoité et suivi d’un lütfen souriant, de quoi avoir l’impression d’être devenu(e) turcophone en une phrase…. Et de retomber à la triste réalité en baragouinant, joues écarlates ou dans un rire, un truc tentant de signifier à l’interlocuteur que ce n’était que de l’esbroufe, que vous ne comprenez rien à sa réponse dont la volubilité est à  la mesure de sa certitude d’avoir en face de lui quelqu’un prêt à entendre toutes ses explications, et surtout toutes ses hésitations, en turc.

Panneaux touristiques : entre Egil et DiyarbakirUn « …nerede ? » en Turquie, c’est un peu l’angoisse du voyageur qui cherche en devant absolument trouver ; sans cette nécessité, la question dévoile des trésors de sociabilité et d’amusement, à en devenir un rituel des escapades.

Tant que l’on reste dans un champ d’action inférieur à une centaine de mètres (« tuvalet nerede ? » dans une lokanta, « Lale Otel nerede » ? sur la Cumhuriyet caddesi, « Ulu Camii nerede ?  » qui se dresse devant vos yeux embrumés, « Nemrut Dağı nerede ? », non, là je plaisante….), ou que lieu recherché est plutôt connu et que vous êtes déjà engagé suffisamment pour qu’il ne soit plus besoin que de continuer tout droit, de tourner une fois à gauche ou une fois à droite – mais une seule fois -, la réponse à nerede est à peu près simple, à peu près assurée, et vous trouvez aisément l’objet de vos désirs. Tellement aisément que s’imposent à nouveau les joues écarlates ou le rire, punaise, que la question était cloche !

Au-delà, « …nerede ? » est autre chose, un moment du voyage, le voyage, lorsque les panneaux  signalétiques vous abandonnent lâchement et sûrement après vous avoir aguiché et encouragé à vous perdre  au milieu de nulle part ; nerede ? est un repère, familier à force d’être éprouvé.

Panneaux touristiques à DogerUn sourire. Un sourire devant cette scène qui se répète, « Lütfen ? Hem… Euh……nerede, lütfen ? », Adım Adım parfois à la main, adressé lorsqu’un signe de vie se manifeste. Souvent une place de village, parfois un jardin de thé sur cette même place. Toujours les gestes amples des hommes présents, leurs doutes et leur stupeur en découvrant que les bras, lancés dans le même élan,  n’indiquent pas la même direction ; car généralement, dans la réponse spontanée de chacun, les quatre points cardinaux se retrouvent au bout des index ; palabres, discussions, débats, dont le pauvre locuteur du « … nerede ? » devient spectateur, parfois arbitre, mais toujours dans la bonne humeur. On va chercher au-delà de ce cercle pour trancher, prenant le thé pour patienter, et au final  on ne tranchera pas vraiment, on s’accordera sur une réponse consensuelle dont personne n’est convaincu,  ou sur une voix un peu plus sonore que les autres, mais à laquelle tout le monde décide d’adhérer, dans cette formidable volonté de compromis, ce souci de ne blesser personne ;   toutes les routes auront été tentées pour généralement ne rien trouver., et les discussions auront sans doute été poursuivies après le départ de la voiture immatriculée 34 quelque chose.  Le voyage, c’est le chemin, non ?

Et je me souviens….

Oh, tant de thés, tant de détours, tant de débats…

Tant de soupirs aussi, tant de à quoi bon demander, tant d’agacement parfois à penser que la courtoisie et la bienveillance ne sont pas forcément la meilleure réponse, tant de fois où l’on aimerait entendre un « je ne sais pas / nous ne savons pas » qui aurait évité cinquante kilomètres à se perdre dans des nulle part où la voiture panique arrivée au bout de son réservoir.

Mais tant de thés, tant de détours, tant de débats, tant de sourires, tant de routes que nous n’aurions pas parcourues. Tant de lieux que nous n’aurons pas trouvés, tant de lieux que nous aurons dans cette quête découverts.

….. Turkyie nerede, lütfen ?

Panneaux touristiques : vallée phrygienne

Télécharger « …nerede ? » au format PDF :

~ par Emmanuelle sur 3 janvier 2012.

6 Réponses to “… nerede ?”

  1. Sourires, cet été à Yalak (proche de la frontière syrienne) nous étions perdu le gps , n’était plus d’une grande aide , le carte ign… on fait le point , on demande , trois directions opposés nous sont proposés… ce sera plein sud… je suivrai la bousole du GPS.non sans avoir remercié les conseillés qui s’étaient regoupés.
    Merci Maltepe, c’est tellement vrai! En plus ma jauge était sur la réserve… les vécus se ressemblent en voiture ou en moto…
    cela donne envie de repartir vite, tout cela!
    Tiger

    • Bonsoir Tiger,

      Je n’ai jamais eu ni utilisé de GPS ; je découvre que même à moto il a des limites, et, à lire ton commentaire c’est tant mieux pour tout ce qu’elles offrent (sans doute plus embêtant dans certaines circonstances)…
      Oui, l’envie de repartir sur les routes, avec ou sans GPS, nerede au bout de la langue comme boussole pour mieux se perdre et découvrir… :-)
      Belles routes,

      Emmanuelle

  2. Tellement vrai, ces conseils que l’on demande dans un village, lorsqu’on est quelque peu perdu; quelques anciens qui abandonnent leur thé en terrasse pour répondre aux questions (les femmes ne se montrent pas ou restent à l’écart), informations spontanées contradictoires, et conciliabules passionnés entre les hommes qui ne parviennent pas à se mettre d’accord ! Souvent la conclusion a été de me suggérer de faire demi-tour…

  3. Merci pour le partage des informations et de l’enthousiasme !
    J’arrive sur votre site par l’intermédiaire de Tiger, qui vous fait bonne presse dans la rubrique « préparation voyage Turquie » tant votre passion est communicative.
    Je trouve dans vos textes une belle inspiration et tout autant d’informations utiles pour notre voyage à 2 motos en juillet.
    La boussole ne nous quittera pas…on aura du jus en rab pour les motos. au cas où « trop de thé » » serait effectivement synonyme de « trop de Km. »…et je n’oublierai pas « nerede » !
    J’ ai hâte de vivre tout ça !

  4. Bonsoir Scubahop,
    Merci pour votre commentaire, lire que Dolaşa dolaşa vous accompagne sur vos routes orientales fait chaud au coeur… :-)
    « trop de thé » et « trop de km », voilà qui me semble impossible ! ;-) Mais oui, des réservoirs avertis….

    Belles routes,

    Emmanuelle

  5. […] regard, deux yeux qui vagabondent hors de l’habitacle, un autre rythme, celui de faire fi des panneaux marron qui de toute façon ne servent à rien, et de garder l’atlas simplement à proximité pour […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s