Ani, de l’autre côté.

Je voulais revoir Ani, ou plutôt, comme le voyage n’était pas turc, voir Ani autrement, de l’autre côté de l’Arpa Çayı, depuis un belvédère arménien.

Mais pas n’importe quel belvédère, pas n’importe quel Ani viewpoint, ou Ani overlook, selon les cartes. Il y en a deux, en effet. Le plus classique, le plus facile, se situe dans les environs d’Anipemza, à quelques cinq kilomètres à vol d’oiseau de l’ancienne capitale. La vue est décevante, m’a-t-on écrit, mais je n’y crois guère. Le deuxième est plus compliqué d’accès, au bout d’une piste qui nécessiterait un 4×4, et surtout un laisser-passer en bonne et due forme délivré par les autorités : Kharkov n’est pas seulement une ville ukrainienne, c’est aussi un petit village juste en face d’Ani, construit sur l’ancienne carrière de la ville, sur la rive gauche de la rivière qui de ce côté-ci est appelée Akhourian ; et plus qu’un village, Kharkov est une base militaire où stationnent les troupes arméno-russes en charge de la surveillance des frontières. Je me souviens bien de ce mirador vert et rouge, qui faisait face à la Menüçer Camii et à la Büyük Katedral, dominant le vieux pont à arche unique du XIII° siècle dont il ne reste que les piles. Reste à l’atteindre, trouver les autorités compétentes …..

Tentative n°1 : Ministère des Affaires Étrangères, Yerevan.

Ani, de l’autre côté, cela commence à Yerevan, place de la République ; pas pour ses bassins ni ses fontaines, encore moins pour la terrasse du Marriott. C’est ici, au n°2, dans ce grand bâtiment de tuf rose, en arc de cercle, que se trouve le Ministère des Affaires Étrangères, susceptible de délivrer cette autorisation ; enfin, c’est ce qui est écrit dans les guides….

On y entre comme dans n’importe quelle boutique, n’importe quel restaurant, sans aucun contrôle, sans portique de sécurité à passer. Un grand hall, clair, lustre et marbre, drapeaux flottant au-dessus des ascenseurs situés derrière un vigile qui fait mine de veiller derrière un tourniquet, petit salon en cuir, noir, pour patienter, deux dames à l’accueil, concentrées sur le vernis rose bonbon que l’une d’elles applique consciencieusement sur ses ongles.

L’une parle un peu anglais, on tente d’expliquer la requête ; elle nous donne un numéro à quatre chiffres, à composer sur l’un des deux téléphones près de l’entrée. Bip… bip… bip… caractéristique d’une ligne occupée. Attente, nouvel essai. Bip… bip… bip… On tente un deuxième numéro, sans plus de succès. On teste le canapé noir, réessaie le premier numéro : cette fois ça y est, quelqu’un décroche et passe rapidement de l’arménien à un anglais impeccable. Le sésame menant aux ascenseurs s’ouvre sans que nous n’ayions prouvé quoi que ce soit, sous le regard absent du vigile.

Cinquième étage, au fond du couloir qui part à droite, avant-dernière porte à gauche. Un bureau qui donne sur l’Amirian Poghots ; cinq personnes y trient des dossiers, regardent des passeports qui s’empilent entre deux coups d’oeil en direction de la télévision.

Service consulaire du ministère, le chef parle anglais, un peu français, connaît l’Hexagone, y a un cousin psychiatre auprès des hôpitaux et cherche dans ses souvenirs le nom d’une petite place de Strasbourg qu’il aimait bien, mais Kharkov ne lui dit rien d’autre qu’une ville ukrainienne.

Voilà quelque chose qui l’intrigue, et avec amabilité il tentera de résoudre l’énigme proposée, en usant du téléphone et de ses souliers dans les couloirs du ministère.

De quelle autorité relève donc Kharkov ? Service consulaire ? Cela semble curieux et le bureau n’a jamais eu à traiter une telle demande. Ministère de l’intérieur ? De la défense ? Gendarmerie ? Toutes les hypothèses y passent.

« Place Saint-Etienne ! » Au milieu de ces tergiversations, qui auront été jugées plus intéressantes que le programme télévisé de l’heure par ses collègues, notre homme dans une sorte de fulgurance se rappelle le nom de sa place strasbourgeoise. C’est déjà un mystère éclairci…

Et Kharkov ? Ça n’avance pas vraiment. Jusqu’à ce qu’un jeune fonctionnaire s’éveille et propose dans une illumination soudaine d’aller voir du côté de l’Ambassade de Russie. Fureur sourde et regard noir de son supérieur, on croit même un instant qu’il va nous signer une autorisation sur le champ, pour montrer à ce blanc-bec que l’Arménie est souveraine et que s’il nous autorise à aller à Kharkov, les Russes devront s’y plier.

Mais non, il ne signera rien, se contentera de renvoyer le jeune homme à ses passeports.

Embarrassé de ne pas avoir trouvé de réponse, il nous suggérera en prenant congé  et en nous glissant ses coordonnées personnelles « au cas où », de contacter les agences de voyages qui ont l’habitude de l’excursion à Ani ; mais elles sont hors de prix, et il sera impossible de savoir si le belvédère en question est celui de Kharkov ou d’Anipemza.

Il est midi devant le n°2, place de la République à Yerevan, il fait terriblement lourd.

Tentative n°2 : Consulat de Russie, Gyumri.

Le surlendemain, après avoir salué le mont Ararat de l’autre côté comme il se devait, et une escapade à Sevan qui aura été la goutte de trop, de la taille d’un lac, bien évidemment, nous prenons plus tôt que prévu la route du retour en Géorgie, en passant par Gyumri au nord de l’Arménie. La principale ville du Shirak est sortie de son anonymat en 1988, lors du terrible tremblement de terre qui la ravagea ; Aznavour y a sa place et statue depuis 2001.

Mais ce n’est pas Aznavour qui justifia la halte à Gyumri ; quitter l’Arménie sans avoit tout essayé pour aller voir Ani était l’assurance de la déception, et d’inutiles regrets. Or, Gyumri est plus proche d’Ani que ne l’est Yerevan, on peut donc espérer que l’excursion y soit plus ordinaire, ou du moins qu’elle soit plus facile par une meilleure connaissance des autorités de tutelle à contacter ; à Gyumri, il n’y a pas grand-chose à voir ou à faire, mais on y trouve un consulat de Russie, et la principale base militaire arméno-russe, abritant le régiment des frontières. Il fallait tenter…

Arrivée à Gyumri, dans une atmosphère étouffante, chargée d’électricité. Le consulat se trouve au bout d’une longue, très longue avenue, sans intérêt et surtout sans ombre. De quoi renoncer à la promesse de ne plus monter dans un taxi.

Konsulat Ruskia !

– Konsul Ruskia ?

– Konsul Ruskia, yo.

Et ça y est…. Le chauffeur, au lieu de continuer tout droit sur la longue, très longue avenue, tourne à gauche.

– Konsulat Ruskia !

– Konsul Ruskia ?

– Konsul Ruskia, yo.

– Konsul Ruskia, répond-il en indiquant la direction qu’il a prise

C’est vite limité, les discussions en arménien. Je sens le coup et le coût d’un détour par Batumi pour atteindre le fameux consulat….Agacement las, lassitude agacée….

On traverse la rivière, et maintenant le taxi sort carrément de la ville, en direction du nord-est. S’il tourne encore deux fois à droite, nous devrions tomber sur le bâtiment, en venant de l’autre bout de l’avenue et après avoir fait trois fois le tour du compteur…. Pfffff……

J’allais lui enjoindre de s’arrêter quand j’aperçois au loin, à travers le pare-brise, un drapeau qui semble bien être russe. Le consulat aurait-il déménagé, le chauffeur n’aurait donc pas tenté la roublardise ?

Il s’arrête en face d’une maison de briques de basalte, gardée par deux soldats, coupe le compteur, s’allume une cigarette. Aucune plaque n’indique qu’il s’agit du consulat. Ah ! Et oui, c’est samedi, notre chauffeur, pensant que nous souhaitions rencontrer le consul, nous a amenés…. à son domicile privé ! Absurdement logique….

L’un des gardes traverse la route, pour s’enquérir de la situation. Commence un théâtre ou alternent interjection, mimes et échanges de cigarettes, quelques sourires aussi. Devant cette agitation dont je ne sais si de l’autre côté elle paraît risible ou inquiétante, le second soldat traverse et se joint à cette drôle de troupe. « Dokumant », ah, le russe, c’est quand même plus facile que l’arménien ! Un bon poing bien ferme et énergique servira la cause du tampon sur ledit dokumant, mais ils ne savent pas qui est autorisé à l’appliquer pour de vrai. Le Konsul, peut-être ? Niet. Quelles sont les armes utilisées par les militaires de ce régiment, je l’ignore, mais le geste est sans appel : c’est avec des uniformes qu’il faut régler la question.

Tentative n°3 : Base militaire arméno-russe, Gyumri.

Nous retournons dans le taxi, les deux gardes disent quelque chose au chauffeur qui redémarre le moteur et le compteur. Demi-tour, vers…. Vers où ? L’armée, sans doute. On traverse la ville dans l’autre sens, encore une fois nous en sortons, le taxi s’engage dans une ruelle en terre, bordée de maisons loqueteuses. Sur la droite, des barbelés, derrière lesquels on voit un mirador et devine des baraquements. Au bout de la rue, devant un portail de fer surmonté des drapeaux russe et arménien, le chauffeur coupe le moteur, le compteur, et s’allume une cigarette. Le trajet n’était pas trop long pour s’imaginer toquer à la porte d’une base militaire. Allez, ce serait bête de renoncer maintenant.

Inspiration, expiration…. Bon sang, que sommes-nous venus faire dans cette galère ?

Toc toc toc, qui sur le métal sonne plutôt clang clang clang…. Le guichet se soulève, des yeux bleus s’étonnent ; l’homme ouvre, tenant sa mitraillette fermement, reste dans l’embrasure de la porte, scrute les alentours, repasse son regard sur nous, puis retourne à l’intérieur, referme la porte, rouvre le guichet. Nous ne parlons ni arménien ni russe, lui ni français, ni anglais, ni allemand. Ani, Kharkov. Le guichet se ferme brutalement. Que faire ? C’est au moment de tourner les talons que le guichet se soulève encore une fois, découvrant deux pairs d’yeux. Kharkov, Ani, Dokumant….

La porte s’ouvre, un troisième homme s’approche, puis un quatrième. L’ambiance se détend, mais ce n’est pas pour autant que le dokumant nous est délivré, le tampon apposé. Je tente Norshen, puisque nous l’avons appris en arrivant à Gyumri, Kharkov n’existe plus sur les cartes ni sur les registres, rattaché à la localité de Norshen.

En multilangues et en dolby stéreo, j’ai compris que c’était fini, qu’il n’y aurait pas la vue depuis la rive gauche de l’Akhourian sur la rive droite de l’Arpa Çayı, ou du moins, pas depuis ce belvédère.

L’escapade à Norshen était très surveillée ; quelques agences l’organisaient, au prix de longues formalités : les passeports étaient faxés à la base, le laisser-passer renvoyé dans un délai qui était en moyenne d’une semaine, parfois plus. Depuis le printemps, plus aucune autorisation n’est délivrée, suite à une nouvelle poussée de fièvre, suite à une nouvelle dégradation des relations bilatérales.

Nous pouvons, disent-ils, tenter notre chance auprès d’une agence de voyages de la ville, mais sans nous faire trop d’illusion.

Nous retournons dans le taxi, les soldats glissent deux mots au chauffeur qui redémarre le moteur et le compteur, nous ne pensons même pas à lui demander où nous déposer.

Tentative n°4 : Agence de voyages, Gyumri.

Il roule, retourne en ville, traverse avenues et places, et soudain s’arrête. Nous ne sommes pas bien loin de notre lieu d’hébergement, et prenons congé de cet homme qui m’aura presque réconciliée avec les chauffeurs de taxi.

Pourquoi s’est-il arrêté à cet endroit ? Nous sommes précisément devant une agence de voyages, qui en plus s’appelle « Ani Tours ». Nous n’y croyons pas trop, mais soit, tentons quand même, bouclons la boucle.

Une pièce aux murs rouges, décorés de posters où l’on trouve aussi bien Ani que Khor Virap, la riviera de la mer Noire que l’Ararat, le Nemrut Dağı que Kazbegi. Deux canapés autour d’une table basse sur laquelle trône un horrible bouquet de fausses fleurs, pour patienter. Patienter, attendre, juste le temps que la jeune femme de l’autre côté du bureau se rende compte qu’il y a quelqu’un dans sa boutique, ou qu’elle quitte son site de chat en ligne en lâchant le flacon de verni rose bonbon. En fait, l’attente relève un peu des deux.

Encore une fois, ressortir les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes mots. Elle ne comprend pas grand-chose, et surtout pas notre présence. Les termes énoncés lui sont pourtant familiers et elle nous imprime un programme tiré de la brochure de ce qui se révèle être un gros tour-opérateur arménien.

Un circuit en car d’une semaine, qui passe par Tbilisi, Ani, pour atteindre l’église d’Akdamar sur le lac de Van, et retour. Non, ce n’est pas cela. Et puis, il faut minimum vingt inscrits.

Las, nous sortons de l’agence. Il est près de 16 heures, la pluie commence à tomber, lavant l’atmosphère surchargée, essorant les derniers espoirs.


Épilogue.

Retour à la penLigne de chemin de fer Gyumri - Kars (Arménie)sion, dans laquelle nous avions échoué, faute de place dans les hôtels de la ville pris d’assaut pour les mariages du jour. L’hôtesse organise l’excursion d’Ani, prolongée vers Anipemza et la basilique d’Ererouk, avec arrêt à un ensemble constitué d’une église et d’un caravansérail. Nous pourrions négocier le seul trajet vers le belvédère, essayer même d’en savoir un peu plus, peut-être pourrions-nous le rejoindre par nous-mêmes, à bord d’un taxi, j’ignore complètement s’il y a en chemin un check-point limitant l’accès à des personnes autorisées. Mais la dose de négociation est largement atteinte à cette heure ; quant à la deuxième question, ce serait un manque de correction qui se solderait sûrement par une dose supplémentaire de négociation et du temps qui s’écoule. En acceptant le marché, nous pourrions partir dès le lendemain matin, et ça, c’est le meilleur argument.

Un coup de téléphone, le temps que chacun aille récupérer ses jumelles et quelques minutes plus tard la Ford rouge s’élance dans la steppe du Shirak, juste après la pluie, à ce moment où le ciel est encore chargé de nuages gris et les herbes rayonnent de la lumière d’un soleil qui ne se voit pas encore. Atmosphère lavée de toute poussière, la fin du jour, le relief s’exprime dans toute son immensité, le Haut-Plateau arménien s’offre dans toute sa splendeur : la plaine puis les contreforts du Petit Caucase, avec au loin l’Aragats et ses neiges éternelles sur la gauche ; sur la droite, l’ Arpa çay Barajı, ponctué de miradors en rouge et vert, la frontière. La route franchit la ligne de chemin de fer qui théoriquement pourrait relier Gyumri à Kars. Quarante-deux kilomètres, le bout du monde.

Ani depuis Anipenza

Haykadzor, annoncé avec marteau et faucille…

Haykadzor, quelques maisons, cachées derrière les tuyaux colorés qui  relient le village au gaz, à l’eau.

Haykadzor, un vieil homme sur une carriole dirige le cheval qui les traîne. Dans cette lumière incertaine, c’est M. Mastroianni parcourant l’aube brumeuse et les prairies russes dans Les Yeux Noirs. Émotion de vieux souvenirs….

Haykadzor, un chemin de terre sur la droite mène à de rutilants panneaux, à peine plantés, peut-être même suis-je la première à y poser mon regard. Ils ne m’intéressent guère, mais par curiosité, et pour ce que d’aucuns qualifieraient de masochiste plaisir de retarder de quelques secondes le panorama tant attendu et qui est là face à moi, pour cet instant qui n’est que simple intimidation, courte hésitation, profonde inspiration, saveur éthérée d’une saveur à venir, là, si proche que l’on se plaît à prolonger,  j’y jette un regard, sorte de galop d’essai avant le grand saut : c’est sobre, là où l’on eût pu imaginer discours douloureux, agressif, ou les deux.

Lever alors les yeux, embrasser la vue, Ani de l’autre côté, dans cette steppe au soleil déclinant. Respirer. Sourire.

Prendre les jumelles pour se donner l’impression de s’en approcher davantage, pour la douce illusion de réentendre les portées douloureuses qui s’élevaient d’un duduk(*) dans une travée de la Büyük Katedral, éphémère complainte brisant quelques instants le silence d’un matin d’été désert , d’une steppe oubliée piquée de ruines, 360 jours plus tôt ; mais rapidement ranger cet objet qui n’est qu’un obstacle entre le regard et le regardé. Voir sur la droite la colline où s’inscrit, bien visible et lisible de ce côté la fierté d’être turc, s’interroger sur cette église esseulée vers laquelle la Clio n’avait pas navigué un an auparavant, mais l’aurait-elle pu ?

Lever alors les yeux, embrasser la vue, Ani de l’autre côté, dans cette steppe au soleil déclinant. Respirer. Sourire. Laisser la parole au silence, suprême éloquence.

Ani…. De l’autre côté….

Ani, de l’autre côté, du 2, place de la République à Yerevan jusqu’à ce belvédère officiel, en passant par la maison du consul et la base militaire, Ani, de l’autre côté m’aura réconciliée avec l’Arménie, au moment où je la quittais. Invitation à revenir, à réessayer….

steppe anatolienne, de l'autre côté des barbelés d'Anipenza

——

(*) Le duduk est un instrument de musique traditionnel arménien ; d’aucuns le qualifieraient de clarinette arménienne, mais l’anche et plus encore les notes si particulières, mélancoliques, douloureuses mais sobres, qui s’en échappent dans le souffle solitaire d’une femme qui nous « disputait » ce jour-là l’exclusivité d’Ani, la certitude que l’instrument ne peut sans se perdre insuffler rythmes gais et portées joyeuses rapproche le duduk , si la comparaison était nécessaire, du haut-bois, du basson, et peut-être même du haut-bois d’amour.

Télécharger « Ani, de l’autre côté » au format PDF :

~ par Emmanuelle sur 23 février 2012.

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