Blanc Çıldır.

Sur la route du nord, quelques kilomètres après avoir laissé les hôtels carrés et massifs des bords de la nationale, abandonnés depuis que les autorités ont réduit leurs douteuses activités, une série de poussiéreuses citernes iraniennes sont effacées ; elles approvisionnent la Géorgie, par la route, en hydrocarbures précieux en cette fin d’hiver. Il se dit que l’hiver du Nord Est a été cette année, pour la première fois depuis longtemps, un véritable hiver, et pas une période certes noire et triste, mais à peine froide, comme l’habitude s’en était prise depuis quelque temps.

nord kars

Le vent est invité, il dégage le ciel et le rend d’un bleu pâle, mais surtout il soulève, au ras du sol, des poussières neigeuses et glacées qui s’accumulent en congère, en autant de vagues sur le bitume que l’on devine à peine. Un bulldozer opportunément de sortie permet de passer un couloir venté, et donc encombré, et après Arpaçay, qu’on laisse sans regret sur la droite, la route blanche se poursuit sur le plateau, moins nette, moins large, plus isolée encore sur ce tapis immaculé.

Devant, pas loin, à 50 mètres du capot, un animal court, fuit, à bon rythme, au milieu de la route ; un loup, jeune, malin. Il a compris que le meilleur endroit pour marcher jusqu’au village, sans s’enfoncer dans le neige, c’était la route.

loup

Au Taşlıyarma geçidi (2017 mètres), tout est blanc, et plat, si désert, pas si froid néanmoins, curieusement ; pas si angoissant, non plus… La pâleur bienveillante du ciel de fin d’hiver, sans doute, comme déjà la promesse d’un printemps.

Deux virages, un pont, une jandarma, verte, pâle – d’ailleurs pourquoi les bâtiments de la jandarma arborent-ils ce ton pastel, délavé ? Et un panneau d’entrée de village comme tout un programme : Doğru yol, la « juste voie ». Serait-elle oecuménique, cette voie ? Peut-être bien, puisque l’ancienne mosquée du village est composée de deux parties égales : un bâtiment vestige d’une église géorgienne, et un bâtiment ottoman.

Dogru yol

Après  Doğru yol, la route longe le lac, gelé, sur plusieurs mètres paraît-il ; d’aucun se vante d’avoir un jour traversé les sept kilomètres de largeur de l’étendue figée par l’hiver en voiture : considérable raccourci, risque non négligeable…  Après la presqu’île d’Akçakale, inaccessible en cette saison – pour les temples zoroastriens, il faut venir affronter les serpents dans la chaleur des l’été – une sorte d’hôtel délabré, face à une plage invisible et un … ponton, plongeoir, si dérisoire sur la glace. On se serait mis en tête de promouvoir ici le jetski ; comment y croire ?

horse skating

Sur le lac, deux carrioles à patins tirées par des chevaux se proposent d’offrir quelques instants de sensations sibériennes ; ultime loisir d’un quasi désert blanc ; blanc Çıldır.

Télécharger « Blanc Çıldır » au format PDF :

~ par dolasadolasa sur 28 février 2012.

2 Réponses to “Blanc Çıldır.”

  1. Hivernal article , le blanc est surprenant habitué aux couleurs ocre et jaune d’une Turquie estivale…
    Turquie aux multiples visages…
    Merci pour ce récit , pour ces photos, cette année le dégel sera celui d’un vrai hiver …au nord est.
    Tiger

  2. […] Si Çıldır est blanc, si blanc en hiver, il est en été l’un des endroits les plus verts d’Anatolie, si vert que l’on comprend mieux que les Seljoukides n’aient pas tranché entre le vert et le jaune pour désigner l’est de leur rose des vents. […]

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