Niğde Gazozu.

Voilà un OVNI parmi les boissons turques, qu’elles soient traditionnelles, institutionnelles, constitutionnelles ou simplement ordinaires. *

Un jardin de thé tout ce qu’il y a de plus classique, à l’ombre de la Diş Camii à Niğde, le tango habituel du préposé aux verres vides et de celui aux verres pleins qui dansent entre les tables. Parfois, et sans surprise, l’un doit interrompre son élan, la jambe déjà lancée s’interrompt, suspendue, le corps pivote en une arabesque pour retourner à la base d’où il reviendra avec une bouteille de Maden Suyu.

Oui, un jardin de thé, quoi, verres grenat et bouteilles vertes.

Sauf qu’à Niğde, à l’ombre de la Diş Camii, rares sont les petites bouteilles dodues du Croissant Rouge. Par contre une inconnue crâne fièrement sur les nappes frappées des armes du Karali çayın krali, transparente et allongée, ceinturée d’une étiquette rouge. Elle m’intrigue, mais je finis par renvoyer ma curiosité dans un coin pour savourer l’instant et c’est au moment de retourner à l’hôtel, en passant devant un büfe que la bouteille ressurgit : devant la guitoune, un réfrigérateur des plus communs, si ce n’était qu’il débordait de cette boisson, qui s’exhibait sur ses flancs : la Niğde Gazozu, inconnue ailleurs, une star en son royaume, aussi petit soit-il.

J’examine la bouteille, sur mes gardes, « Gazozu » ne me disant rien qui vaille : ce n’est pas le terme générique des eaux pétillantes, et je crains un peu de retrouver là les boissons infectes que l’on sert en Géorgie, sortes de limonades aux couleurs fluo et au goût chimique au-delà du supportable. Elle est transparente, pourtant, presque rassurante. Pour ne pas couper court, je m’abstiens de regarder la composition et me lance.

Alors…. La Niğde Gazozu est à classer dans les limonades, c’est pétillant, très sucré, et aromatisé à je ne sais pas quoi vraiment, c’est sur le bout de la langue mais ça ne vient pas ; on pourrait sans problème tenter de l’exporter de l’autre côté du Caucase, elle aurait du succès au milieu des limonades à la mélisse, à la poire et à la réglisse, il faudrait juste lui ajouter un colorant, rose me semble-t-il, sans pouvoir préciser. Le goût ne m’est pas inconnu, mais même à boire lentement, à déguster ?; l’arôme ne me revient pas, il y a bien de brèves images d’enfance qui ressurgissent, mais si fugaces elles s’estompent avant les dernières gouttes.

Le lendemain, entre curiosité non satisfaite et masochisme, j’achète une autre bouteille que, c’est décidé, je n’ouvrirai que lorsqu’un semblant de réminiscence s’annoncera à nouveau. Il aura fallu attendre quelques jours, et c’est dans une chambre d’hôtel de Diyarbakır que la connexion papilles-cerveau me proposera de retenter : cette fois, j’attrape au vol l’occasion, et la réponse fuse, évidente : la Niğde Gazozu est la version liquide des bonbons Régal’ad de Kréma ou des Fruitella, quelque part entre les deux, à la framboise assurément.

Vérification auprès de l’étiquette : la Niğde Gazozu, qui annonçait la couleur pour les impatients est une « Frambuaz aromalı gazoz », on ne pouvait être plus clair….

—–

* Les boissons turques à lire sur Dolaşa dolaşa : boza, sahlep, eau gazeuse, soda et ayran.

Télécharger « Niğde Gazozu » au format PDF :

 

~ par Emmanuelle sur 11 mars 2012.

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