Enfances.

toboggan

Mirettes rondes et joyeuses d’une fillette qui joue avec son frère dans les toboggans au pied des murailles. Rires cristallins, couleurs vives devant l’épais mur de basalte. Noir.

Des yeux éteints, vides, regard absent sous une chevelure hirsute, teint cireux. Le pas qui traîne, le dos voûté. Il n’a pas dix ans…

Dans son sachet plastique noir, quelques bouteilles d’eau, la glace entreposée au fond goutte à travers le sac. Bousculade préméditée. Le sachet tombe à terre, la glace se disperse et disparaît sur le sol brûlant. Un cri fend l’atmosphère étouffante. Sur le toboggan, les mirettes se retournent, avant de croiser le regard rassurant du papa et de retourner pétiller en glissades insouciantes. Fragiles, si fragiles…

Près des jeux, quatre gamins se marrent, à peine plus âgés, mais déjà plus baraqués que le petit vendeur auquel ils viennent de faire un mauvais coup ; ce n’était pas un jeu, ce n’était pas un mauvais tour, lorsqu’ils ont ouvert deux bouteilles, juste ce qu’il faut pour les rendre invendables. Sur le banc, l’enfant tente de cacher son visage défiguré par la peur, par la perte, ses larmes tracent des coulées sur ses joues creuses, enfance nue qui  glisse sur sa peau tannée par le soleil, maculée de poussière, de sable, de misère. Une voix brisée hurle ses yeux gonflés, complainte déchirante, tandis qu’un passant lui ébouriffe les cheveux d’un sourire bienveillant et que s’éloignent ses assaillants. Pour combien de temps est-il à l’abri ?

Ils sont environs trois mille à  Diyarbakır, âgés de huit à douze ans. Trois mille enfants des rues, livrés à eux-même, livrés à tous les dangers d’une grande métropole où sévit la pauvreté et le marasme économique. Les plus jeunes vendent des mouchoirs ou des bouteilles d’eau, épaulent les jardiniers municipaux en remplissant les poubelles dont ils espèrent retirer quelques kuruş qui plus tard leur permettront peut-être de financer le matériel du cireur de chaussures ou de laveur de pare-brise ; pour les plus chanceux d’entre eux.

Dans la vieille ville, les ruelles forment un formidable terrain de jeux pour parties de cache-cache endiablées, ou un dédale où l’on se perd ; l’horizon des enfances de Diyarbakır n’est parfois qu’un mur. Noir.

diyarbakir

~ par Emmanuelle sur 15 mars 2012.

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