Les tortues de Xanthos

Xanthos est un site lycien qui surgit tout à coup au hasard d’un virage, niché au flanc d’une colline un peu incongrue dans ce paysage de plaine peuplé de serres  à perte de vue.  Riche terre alluvionnaire gagnée sur la mer, qui autrefois bordait Xanthos, berceau de la Lycie. Maintenant source de tomates et d’agrumes.

Un site lycien qui bien entendu a été occupé par les Perses, les Grecs d’Alexandre, les Romains, et enfin les Byzantins, qui se sont empressés de construire à leur mode par-dessus les vestiges de leurs prédécesseurs. Ainsi va l’histoire.

On peut voir de tout à Xanthos : en vrac, une agora romaine, un théâtre romain, un obélisque bilingue (lycien et grec), un monastère byzantin, et surtout de magnifiques tombeaux sur pilier.

Voilà que je parle comme un guide touristique, ce qui n’est pas mon intention ; celui qui veut connaître les détails chronologiques, topographiques, archéologiques et autres peut se référer aux excellents volumes disponibles dans le commerce ; et si vraiment il cherche la perfection dans le détail, il peut se rendre au British Museum à Londres, où se trouve le prestigieux tombeau des Néréides, dont il ne reste à Xanthos que le soubassement.

Ma démarche est tout différente : je n’aime pas les visites guidées. L’errance, voilà mon fil conducteur, ma nourriture quotidienne, la source de mon bonheur. Dans cet état d’esprit, Xanthos est un lieu idéal, surtout en plein midi, sous un vigoureux soleil d’automne, en l’absence de cars et de groupes bruyants.

Une route, sur le tracé de l’antique voie romaine, partage le site en deux parties ; je crapahute d’abord à gauche, tournant autour des tombeaux, escaladant les marches du théâtre, admirant le paysage au sommet ; tout respire le calme, l’abandon tranquille, les vieilles pierres, entre les buissons odoriférants. Un jeune homme surgit d’un mur écroulé pour me proposer une brochure touristique, que je refuse avec un sourire, et il se rassied, les yeux perdus dans le vague, résigné, mais pas malheureux. Il n’insiste même pas. Un vieillard semble dormir profondément, adossé à un tombeau qui lui procure de l’ombre. C’est l’heure de la sieste.

Le calme est soudain rompu par l’arrivée d’une voiture, d’où débarque une famille bruyante ; le vieillard ouvre immédiatement un œil : il a flairé la bonne affaire. Il a raison : les gens acceptent qu’il leur serve de guide. Et le voilà parti, tout guilleret, même s’il s’appuie sur un bâton. Un pourboire est toujours bon à prendre. Et le gamin parvient à vendre une brochure.

Je passe de l’autre côté de la route ; le gardien est lui aussi plongé dans une sieste réparatrice, à l’ombre des cyprès. Près des lavabos (propres et modernes, comme partout en Turquie ; quelle différence, quel progrès, depuis mon premier voyage… dans les années 80), des tables de pique-nique : je m’y arrête pour une petite pause, vue sur la vallée, que demander de plus à la vie ?

Deuxième partie du site, à droite de la route. Je dépasse le groupe et le vieillard guide improvisé, agora, ruines du monastère byzantin, et puis, un petit miracle, un sentier part à l’assaut de la colline, au sommet duquel flotte le drapeau turc : un merveilleux sentier entre les buissons de sauge et les oliviers. Qui cache des tombeaux de guingois et des sépultures rupestres. Plus j’avance, plus le sentier devient difficile et escarpé. Personne ne me suit… Qui d’ailleurs aurait l’idée de gravir cette colline en plein midi, sous un soleil de plomb ?

Au sommet, je dois me faire une raison : c’est un large plateau embroussaillé où  personne ne vient : rien à voir ou presque, rien à faire ; je redescends. Et c’est alors que je les vois.

Les tortues.

Ma présence les indiffère, elles ne sont pas farouches ; elles suivent leur itinéraire personnel, à leur rythme, à leur idée. Parfois un petit stop à l’ombre, et ça repart. Je suis fascinée.  Je leur parle, on dirait qu’elles m’écoutent. Ce sont les tortues de Xanthos, mes tortues de Xanthos.

PS Ne me demandez pas de précisions scientifiques ; juste que je sais que les tortues turques (ou grecques) sont communes au Moyen-Orient et en Afrique du nord.  A ne pas confondre avec les tortues marines de Daylan.

~ par Pénélope sur 7 avril 2012.

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