Départ.

Ces jours-ci l’aéroport d’Istanbul, l’aéroport Atatürk, est en plein travaux.  Finies les secondes fouilles à l’entrée des salles d’embarquement, cette opération est sera menée au moment du contrôle des passeports.

Rationalisation, meilleure gestion du personnel, espaces libérés considérables dans les zones d’embarquement… Toujours est-il que l’accès à la gigantesque loundge « CIP » de la compagnie nationale se fait désormais pas un portillon, tout à fait au fond à gauche du hall des enregistrements. On fait viser le passeport à un guichet efficace et peu encombré, et au coin, derrière le paravent, on déboule directement dans le petit salon où un piano sur une estrade joue tout seul des airs de jazz.

C’est le moment où l’on s’affale dans le fauteuil en cuir beige et où on jette un regard circonvolutoire ; l’espace énorme bourdonne un peu trop, mais l’internet est efficace et le four à pidés vitré chauffe déjà pour la prochaine fournée.  L’heure est à un regard dans le sac, et à ces longues de vol nocturnes mais néanmoins d’insomnies que l’on envisage.

Bien sûr il y a la vidéo du bord, le petit écran et le menu qui suggère des dizaines, des centaines peut-être, de films ou de bouquets musicaux. Sauf que pour avoir cent films on n’en a pas moins que cent films peu intéressants, versions recalibrées, blockbusters américains incompréhensibles, en tous cas pour moi.  Alors on se promet : j’apporte de quoi lire.

Avoir sur soi de quoi lire, voilà qui est peu compatible avec l’obsession du poids et de l’encombrement en voyage. Il faut donc faire petit, en volume, léger, en masse, et surtout… il faut acheter ce qu’on n’a pas sur soi. Direction donc les bouquinistes de Kadiköy, déjà évoqués ici par le passé, et capables sans doute pourcinq ou dix livres – turques – de fournir un livre – en français.

Sur la rue piétonne principale,  là où on annonce du raki frais et des anchois poêlés, un établissement de ce genre expose en devanture des livres étrangers, divers. Il est fermé. Fermeture exceptionnelle. Le plan B est donc activé, et à une centaine de mètres un autre bouquiniste, un petit vieux, au costume gris muraille et à la barbe très révélatrice de ses préférences, tient commerce.

L’endroit ne m’est pas inconnu, heureusement, d’ailleurs. Car il convient de se faufiler, de descendre un rude escalier en début de colimaçon, entre des murailles de livres, de s’aventurer dans la petit cave, d’allumer soi-même la lumière – l’homme à la barbe ne l’éclaire pas en continu.

Lac salé Pierre BenoitReste à choisir : petit, pas trop sale, complet, pas lourd, et néanmoins lisible, en tous cas comme une promesse.

Histoire du Parti Communiste français … Edition 1948… Peu lue, de toute évidence. Non… L’enfant de volutpté, par Gabriele d’Annunzio… Traduit de l’iatlien… Non… Le Diable et le Bon Dieu… Sartre… Années 60…

Ce sera Le Lac salé, par Pierre Benoît. Le livre est propre, il semble en bon état et complet, et la couverture semble presque promettre un western mis en musique par Ennio Morricone. « Bes lira ». C’est parti.

loundge cip

… Le vide de vingt heures se fait sous les dômes blancs et devant les murs d’écrans, on se fait plus rare devant le buffet ; bientôt les passagers des vols de la nuit vont venir cueillir quelques moment d’espace avant de maudire le pitch et de choisir : pasta or chicken.

~ par dolasadolasa sur 16 avril 2012.

2 Réponses to “Départ.”

  1. Récemment en transit par l’aéroport d’Istanbul, je me suis sentie happée dans une foule d’un désordre indescriptible; venant de l’aéroport d’Ankara, d’un calme presque provincial, le contraste était frappant. C’était mon premier voyage aérien pour la Turquie.
    Quant à Pierre Benoît, il paraît qu’il revient à la mode ! Son style est en tout cas suranné, pour ne pas dire dépassé – mais son imagination fertile. Votre opinion après lecture ? Ce lac salé abrite-t-il une héroïne au prénom commençant par A ?

    • Bonjour Pénélope,
      L’aéroport Atatürk est souvent très encombré, en effet, rien à voir avec celui d’Ankara, souvent désert, et surdimensionné. Même la loundge, pour être gigantesque, est souvent saturée.
      Je n’ai finalement pas encore lu le livre, ayant trouvé le sommeil précieux ; mais l’héroïne se nomme Annabelle, je crois !

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