Vous avez dit GPS ?

Rien de plus beau qu’une carte routière : sa contemplation vous permet de vous évader avant l’heure. Suivre les routes de différentes couleurs, de préférence les jaunes bordées de vert, toutes fines, ou même les pointillées, qui révèlent des chemins oubliés du moderne macadam. Préparer le parcours le plus rapide, par les larges voies (généralement rouges), qui relient sans détour les grandes villes. Rêver devant les routes sinueuses le long du littoral. Ou partant à l’assaut des reliefs. De petits pictogrammes indiquent les points d’intérêt : églises remarquables, monastères isolés, ruines antiques, châteaux princiers, forteresses imprenables, villes d’eau ou points de vue vertigineux. Tout est là, devant vos yeux, il n’y a plus qu’à prendre la route, après avoir mémorisé l’itinéraire, pour vérifier in situ ce que vous aviez imaginé.

Le GPS a changé la donne. Le voyageur moderne range désormais ses cartes encombrantes et se fie à la voix féminine monocorde qui le guide sans erreur et  presque sans effort, les yeux rivés sur un plan coloré qui défile, accroché au tableau de bord. Terminé de flâner, de se perdre, d’admirer le paysage : pas question de laisser faiblir son attention. On en oublie de regarder autour de soi.

Concession à mon entourage, malgré mon peu d’enthousiasme, je me suis munie d’un GPS pour aborder la Turquie. Faut préciser que je voyage seule, sans compagnon ou compagne navigateur, et que pour dénicher un hôtel en ville, c’est un rien plus pratique. M’a-t-on dit.

A Ankara, j’avais réservé un charmant hôtel dans la vieille ville accrochée à la forteresse qui domine la moderne capitale. Arrivée tardive, et, tout compte fait, le GPS s’avérait utile : dans la nuit et la circulation chaotique, essayez donc de repérer le nom des rues ! C’était compter sans les travaux le long du musée des Civilisations anatoliennes (je vous parle d’octobre 2011) ; mon GPS, bien que décontenancé par ce contretemps, m’emmena dans un dédale de ruelles (à sens unique heureusement, mais les Turcs respectent-ils  les sens uniques ?) se coupant à angle droit, virages impossibles à négocier en une manoeuvre, dénivelées exigeant la première vitesse, et bien entendu, en l’absence de l’éclairage le plus élémentaire.

A la lumière du jour, je découvris une voie plus large qui m’aurait permis d’atteindre la placette de mon hôtel avec moins de stress. Mais, comme chacun sait, un GPS qui se respecte met son point d’honneur à choisir le chemin le plus court.

Pour sortir d’Ankara vers le pays hittite, mon gentil GPS m’emmena dans une rue transformée en souk, commerces débordant sur la chaussée, juste le bras à tendre par la fenêtre pour acheter un kebab ou un ayran… Impossible de croiser un autre véhicule, et un camion qui n’avait aucune intention de faire marche arrière m’obligea à cette manœuvre difficile, aidée il est vrai par les commerçants (un tantinet goguenards, vous pensez, une blonde au volant), qui m’aiguillèrent sur le bon chemin, pendant que mon GPS (un peu vexé ?) reprenait avec patience : recalcul…

A Urgup, mon GPS ne connaissait pas la rue de l’hôtel, qui, il est vrai, se situait dans une impasse étroite. A Konya, le nom de la rue avait changé. A Antalya, le GPS me guida dans une rue interminable : l’hôtel était situé tout au bout, et il était bien plus pratique d’arriver de l’autre côté, ce que je fis par la suite. Et lorsque je voulus atteindre le musée, le GPS me fit arriver par la route rapide, avec impossibilité de la traverser pour accéder au parking.

A partir de là, j’ai rangé mon GPS au fond de ma valise. Je mémorisais la carte, et quand je me perdais – un plaisir, parfois, on découvre un endroit plus beau que ce qu’on prévoyait – je demandais aux autochtones. Dans les villages, l’occasion d’un rassemblement de quelques vieux en train de boire un thé au soleil, qui discutent entre eux pour savoir quoi me répondre, ne parviennent pas à se mettre d’accord, et souvent me suggèrent… de rebrousser chemin.

Fin du séjour, je devais rendre la voiture à l’aéroport d’Ankara, en provenance d’Afyon. J’avais bien étudié le plan de la ville au préalable, et je me sentais en confiance : il suffisait de suivre les routes rapides et les indications havalimani (aéroport). J’ai ignoré l’autoroute circulaire, estimant cet itinéraire un détour. Erreur funeste.

Bien entendu, distraction de ma part ou faiblesse de la signalisation, j’ai perdu l’indication havalimani. J’ai alors suivi mon instinct – et un peu erré dans les voies rapides  (une spécialité turque) ; repérant une station service (aussi une spécialité turque, elles sont innombrables), je me suis arrêtée à l’écart des pompes et j’ai déplié ma carte; voilà le pompiste qui s’approche, aimable comme tous les pompistes turcs ; je lui montre mon plan et lui demande où je suis. Perplexe, il appelle un collègue, qui à son tour en appelle un autre, et bientôt en voilà quatre penchés sur ma carte, pendant que des clients impatients s’agitent en klaxonnant (encore une spécialité turque, les automobilistes sont toujours pressés)

Tous les quatre observent la carte, embarrassés, et je me rends compte qu’ils ne peuvent pas la lire, qu’ils ne comprennent pas ce que je demande ! J’essaie le turc, en pure perte – ma prononciation de havalimani  ou de Esenboga est particulièrement défectueuse et n’obtient aucun écho, l’anglais, sans plus de résultat, et puis, une illumination : sprechen Sie deutsch ? Ja Ja ! Der Flughafen ? Et les voilà qui parlent tous en même temps, en bon allemand, autant de feux, à droite, et puis l’autoroute, quatrième sortie et tout droit. Voilà comment j’ai récupéré l’autoroute ignorée précédemment…

Auf wieder sehn, fraulein, et je vois dans mon rétroviseur mes quatre compères en uniforme rouge, indifférents aux appels des automobilistes nerveux, souriants et émus,  me faisant de grands signes de la main, comme à quelqu’un de la famille qui part pour un long voyage…

~ par Pénélope sur 20 avril 2012.

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