Istanbul, matin solitaire.

On n’imagine pas, en temps normal, c’est à dire presque toujours lorsqu’on a des raisons d’y être ou d’y passer, la plongée au petit matin, vers 5 heures, un jour de printemps clair,  de la mosquée de  Beyazit aux échoppes de Karaköy.

La voie est déserte, pas un tramway, bien sûr, et tout juste un taxi qui passe, en trombe d’ailleurs, pour aller collecter quelque voyageur qui aura opté pour un des vols qui quittent Atatürk si tôt – encore que pour l’inénarrable vol d’Adria, départ 5 heures, entre le Turkmenistan pour Ashgabat et le Mahan pour Téhéran, il soit déjà bien trop tard. Mais pour la Lufthansa, ça peut encore se défendre. En roulant vite.

Le désert donc, sauf une sorte de camion-poubelle, quelques tessons au sol dans lesquels le pied de prend ; moins il y a d’obstacle, plus, faute de la vigilance nécessaire, on les trouve.  Devant les restaurants, des palettes de boissons en canettes et bouteilles attendent que leur destinataire ait pu être acheminé par le tramway, en pleine confiance, et à la convoitise limitée de quelques chats errants.

Le long de Gülhane, le monde est comme figé dans le silence, mais l’impression la plus poignante est celle de la gare de Sirkeci, au parking inoccupé et à la dalle immaculée ; au fronton de l’entrée latérale de la gare, une guirlande rouge promet des départs à venir, mais les guichets n’ouvrent encore que sur un volet clos.

Eminönü désert

Sous le passage aérien de l’embarcadère de Harem, présence humaine, solitaire, d’un homme enfoncé dans sa parka sombre, recroquevillé devant une excavation dans la bordure, dans laquelle se consument quelques bouts de cartons. Les mains tendues sur les discrètes braises, il attend la libération que lui procurera le soleil levant sur l’Asie.

matin à Eminönü

Quelques taxis jaunes sont alignés devant les portiques de Üsküdar ; dans l’obscurité sur la banquette, un chauffeur attend l’improbable. Pas une vague ; les vapurs dorment tranquillement ; leur heure n’est pas arrivée.

L’humain n’est pas absent du tablier du pont ; quelques loueurs de cannes à pêche dorment au pied de leur matériel, prostrés, engoncés, sur des cartons ; le pêcheur se lève tôt, et vers 6 heures les premiers clients seront peut-être là. En attendant on conserve précieusement ses positions et on défend son précaire fond de commerce informel.

A Karaköy cependant, on s’est activé ; les partis politiques, le parti communiste en fait, est venu nuitamment tapisser de vastes étendues de béton nu d’affiches prometteuses à la colle encore fraîche ; le premier mai approche : place du Taksim, il fera encore chaud.

affiches à Karakoy

Un premier tramway passe ; dans le silence son bruit est inhabituellement tonitruant et claquant ; il est vide, mais il roule. Bientôt 6 heures, la ville s’éveille.

~ par dolasadolasa sur 24 avril 2012.

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