Héraclès a retrouvé sa moitié

Si vous passez par Antalya – je dis bien passer, car y séjourner me semble une mauvaise bonne idée, (sauf comme base  pour rayonner aux alentours) ne manquez pas le musée archéologique.

Sans surprise, ce musée renferme les objets trouvés  dans les sites voisins de la ville, notamment à Pergé.

Pergé était une cité romaine particulièrement chic, d’un luxe tapageur pour l’époque ; on y a retrouvé des œuvres d’art à la pelle. Le trait de génie de ce musée est de les présenter sur un fond orangé chaleureux, une mise en scène simple et très efficace. Se succèdent empereurs et impératrices, dieux et déesses, toute une galerie de portraits en 3D, tel un cortège de gala digne d’Hollywood.

On aime ou on n’aime pas la statuaire romaine, souvent d’un réalisme éloigné de l’idéalisme grec, mais faut reconnaître que les artistes de Pergé étaient passés maîtres dans leur art.

Il faut imaginer cette longue avenue, sorte de Champs-Elysées, jalonnée de statues tels des lampadaires modernes élevés à la gloire des dieux et des empereurs, illuminant temples, fontaines, thermes et riches résidences… (D’accord, lors de mon passage, il pleuvait, mais ça ne change rien à la classe et l’élégance du lieu)

Le musée d’Antalya est également connu pour ses remarquables tombeaux, dernières demeures des snobs milliardaires de l’époque, dont l’arrogance tranquille domine d’extravagants sarcophages. Un art et un savoir-faire en voie de disparition.

Mais Héraclès (ou Hercule, si l’on préfère la version latine), dites-vous, que vient-il faire dans ce récit ?

L’Héraclès de Pergé, baptisé Héraclès fatigué, nous est parvenu brisé en deux morceaux, la partie inférieure en possession du musée d’Antalya, et la partie supérieure exposée aux USA, à Boston. Quant à savoir quelle partie – le haut ou le bas – attirait davantage la foule de visiteurs, c’est un débat que je me garderai bien d’ouvrir.

Le très dynamique premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, au cours d’une visite aux Etats-Unis, ayant enfin réussi à prouver que la moitié de l’Héraclès fatigué était sortie sans autorisation de Turquie (après vingt ans de réclamations infructueuses), le prestigieux musée de Harvard (Boston) a bien été obligé de le restituer! Et Erdogan est rentré triomphalement en Turquie,  la précieuse effigie dans ses bagages.

Depuis ce jour, Héraclès au complet s’expose à la place d’honneur au musée d’Antalya, niche personnelle, socle tournant – qu’on puisse l’admirer, oserais-je dire, sous toutes les coutures -, lumière savamment distillée, musique d’ambiance ; et chacun (moi y compris) de se recueillir devant le chef d’oeuvre.

Héraclès fatigué n’est pas, à mon sens, la plus belle pièce du musée d’Antalya, mais elle se pare d’une lourde charge émotionnelle, qui fait qu’on se sent touché, même si on n’est pas turc : c’est David victorieux sur Goliath.

Dans le même ordre d’idée, Erdogan a également récupéré le deuxième sphinx de Bogâzköy (Hattusa), à Berlin cette fois. En novembre 2011, lors de mon passage, la porte des sphinx (Yerkapi) était toujours orpheline du numéro deux – qui se trouverait  en cours de restauration au musée d’Istanbul. Le sphinx présent sur le site serait d’ailleurs une reconstitution, comme la fresque de la Porte du Roi, ces pièces étant trop précieuses pour être exposées en pleine nature. A vrai dire, il est difficile, à Hattusa,  de distinguer les monuments authentiques des reconstitutions et de retrouver leur trace dans les musées, Ankara ou Istanbul. Mais qu’importe ! L’émotion esthétique suffit.

Oui, il faut une certaine dose d’imagination pour reconnaître un sphinx, mais je trouve que, dans l’état, la sculpture dégage une force suggestive très contemporaine ; et la vue d’ensemble, de loin, ne manque pas d’allure. Ne pas oublier que la construction de  Hattusa date de… 3000 ans, au moins ! Miracle que tout n’ait pas disparu…

Et si Erdogan, dans un dernier coup d’estocade diplomatique,  tentait  de récupérer l’autel de Pergame ou le marché de Milet, qui font la gloire du Pergamon Museum à Berlin ??? Voilà qui poserait bien des problèmes, notamment de transport….

~ par Pénélope sur 14 mai 2012.

2 Réponses to “Héraclès a retrouvé sa moitié”

  1. Je vous suis avec beaucoup d’intérêt…merci pour vos « flâneries » qui m’enchantent…

  2. Merci pour vos encouragements : j’espère vous donner l’envie d’une Turquie à la fois classique et insolite…

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