Gourmandise orientale.

Difficulté :

Temps de préparation :

 

de très longtemps à l’avance à l’improvisation complète

Temps de cuisson :

 

deux heures environ, puis laisser mijoter aussi longtemps que vous le souhaitez

Ustensiles :

– une voiture
– quelques litres d’essence
– l’Adım Adım
– du temps

Ingrédients :

– cent quatre-vingt-dix kilomètres d’asphalte lisse et anthracite
– quelques kilomètres de gravillons
– un chemin de terre
– une trentaine de nids de poule
– un fleuve
– 5 165 mètres de roche et de glace
– quelques coulées de basalte
– quelques monts chauves aux tons d’amarante, de cuivre et de pourpre
– la steppe qui se déroule à l’infini

Décoration :

– un panneau Yavaş
– un poste mobile de la Jandarma
– cinq camions, trois voitures
– quelques miradors en rouge et vert
– en saison, troupeaux, chevaux et campements de berger

• Prendre un calme matin d’été, un dimanche au ciel serein et clair après la pluie et la grêle.

Quitter la ville des confins en direction du nord-est, sur des gravillons bordés de coulées de basalte. Dans un virage, regarder sur la droite une montagne mythique qui déjà commence à disparaître dans son nuage quotidien.

Prendre son temps.

 

• Lorsque les gravillons commencent à filer vers le nord, tourner le dos à la roche et à la glace, piquer les bords d’étendues herbeuses, continuer jusqu’à ce que les dernières coulées aient complètement disparu sous la verdure.

Prendre son temps.

• Abricoter les gravillons d’une fine couche d’asphalte lardée de bandes blanches, filer à toute allure sur cette longue ligne droite et déserte en prenant son temps.

Laisser reposer.

Pendant ce temps, prendre les chemins de traverse, qui après des mois conservés au frais sous une épaisse couche de neige découvrent un mélange de terre et de cailloux menant à quelques maisons isolées, quelques champs ; les mouiller de l’eau du fleuve, planter quelques miradors du haut desquels on veillera à ce que l’Araxe ne déborde pas. Laisser mijoter lentement. Retourner à l’asphalte. Pour ne pas en perdre une miette, reprendre le ruban anthracite là où il avait été laissé à reposer.

Prendre son temps.

   

• D’un petit souffle de brise secouer les peupliers, chemiser le plateau de collines étuvées au soleil anatolien, lentement pour leur donner ces couleurs d’or et de cuivre, napper le fond des premières steppes. Filer sur l’asphalte.

Effiler quelques nuages d’altitude. Napper généreusement l’horizon d’herbe fraîchement arrosée. Couvrir d’un ciel laiteux.

Prendre son temps.

• C’est le moment maintenant de trouer l’asphalte avec quelques nids de poule, d’incorporer les derniers ingrédients du décor, moutons, vaches et chevaux qui paissent, tentes des bergers, barrage de la Jandarma juste avant que la route ne plonge vers des maisons et des immeubles, une citadelle et des ponts qui se reposent dans le lointain d’une cuvette…

Prendre son temps.

   

Savourer pleinement cette gourmandise, ces 198 kilomètres de Doğubeyazıt à Kars.

~ par Emmanuelle sur 1 juin 2012.

Une Réponse to “Gourmandise orientale.”

  1. A consommer sans modération… Mmmmmh…merci pour cette délicieuse recette…

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