Iki dil bir bavul.

iki dil bir bavul

En Turquie, le plat pays est au sud.

C’est peut être ce que doit se dire le jeune instituteur un peu freluquet, Emre Aydin, qui rejoint le village de Demirci, où il vient d’être nommé pour son premier poste. Un peu inquiet dans le dolmus, l’oeil balayant le désert, il n’a pour bagage qu’une petit valise noire, et une vocation sincère.

Dans cette bourgade rurale, aux confins du département de Şanlıurfa, au nord de Viransehir, l’école est une bâtisse jaunâtre sans eau courante, aux portes en acier peinturlurées de vert,  envahie par les fourmis. Les autochtones, rudes hommes ou femmes robustes, portent le foulard mauve de la région, cultivent les tomates quand l’eau est au rendez-vous. Leurs enfants ne semblent pas savoir que l’année scolaire va débuter, et vaquent comme d’ordinaire aux travaux ruraux, sur cette terre où tout se mérite au prix de l’effort.

Pour mener les petites troupes, cinq ou six classes en une seule, le courageux instituteur encravaté et aux chaussures pointues va devoir oublier Denizli, et commencer son année par une tournée générale des maisonnées pour convaincre que, décidément, l’école de la République est un bienfait et la fréquenter assidument un impératif.

Ressorties d’une quelconque armoire, les blouses bleues franchissent le portail une par une, et viennent garnir les bancs sous le portrait d’Atatürk et les pavois. La cérémonie de l’appel met au jour un obstacle majeur : les enfants parlent le kurde, et pour la plupart pas un seul mot de la langue turque dans laquelle Emre entend professer les valeurs de la République. Même leurs noms sont si peu familiers au jeune homme de Denizli, qu’il doit les dire à haute voix pour les transcrire en phonétique.

L’apprentissage des leçons de civisme, de la géographie de la  Turquie et des mathématiques va donc passer par une préalable aussi hasardeux qu’inquiétant pour l’instituteur : parler et comprendre la langue turque.

Plus qu’une fiction, il s’agit là d’un documentaire, frais et bien filmé ; les soirées dans les maisonnées du village, en compagnie des voisins, sonnent juste, et le personnage de l’instituteur, jeune diplômé qui ignorait tout de l’Est, est finalement assez vraisemblable de candeur. L’astuce de mise en scène qui consiste à nous informer de ses impressions et états d’âmes en le faisant appeler quotidiennement sa mère n’est certes pas sans le laisser croire plutôt immature ; ainsi on se dit parfois, que l’enfant, dans la classe, est derrière le bureau…

A la manière très habituelle du cinéma turc, le film rend compte d’une saison, ici au sens plus large d’une année scolaire, et s’achève comme il a débuté, sur la piste de graviers qui relie les deux mondes. Merci aux réalisateurs de nous avoir offert quelques vues de la plaine de Mésopotamie balayée par le vent glacial et les flocons, habitués que nous sommes à voir en cette région une fournaise estivale.

Iki dil bir bavul (deux langues et une valise, en anglais On the way to school), Orhan Eskiköy et Özgür Doğan, 2008.

~ par dolasadolasa sur 24 juin 2012.

4 Réponses to “Iki dil bir bavul.”

  1. Comment faites-vous pour trouver et visionner des films aussi confidentiels ?

  2. Bonsoir,
    Ravi de vous lire ce soir…
    Et bien, je dois vous avouer que… je les achète, tout simplement…
    Je les achète à Istanbul, trois ou quatre à chaque passage, chez Mephisto sur Istiklal, ou à Kadiköy…

    Michel

  3. bonjour, oui je me souviens j’ai vu ce film à la tv. Emouvant , sans tralala, il laisse une impression de quelque chose de non abouti. Par contre que ce jeune homme appelle sa mère chaque jour est tout à fait à sa place , primo il se sent isolé , on le serait à moins , ensuite les liens familiaux en Turquie restent très puisants ce qui peut faire sourire certains d’entre nous : les européens….

  4. Tout à fait Anonyme, et ce qui l’est en Turquie aujourd’hui encore l’est aussi vrai parfois chez les « Européens » aussi, par exemple en Italie : Arrivez à Rome et comptez dans le train ou le métro le nombre de fois où les gens parlent à leur mère par le moyen des inévitables portables …Ah, Méditerranée, quand tu nous tient ;-)

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