Nom d’un chien !

À quoi sert la climatisation dans une voiture ?

À bénéficier d’une température agréable, ne pas subir une lente cuisson à la vapeur sous le soleil de plomb de certaines régions, me direz-vous, guidé par le bon sens.

 Pourtant, non, là n’est pas l’atout principal de la climatisation ; il faut aller chercher ailleurs l’avantage de cette fonction, parce que le petit vent frais qui s’engouffre et circule, toutes fenêtres ouvertes est bien plus agréable au final que cet air conditionné, même dans la fournaise du sud, pour peu qu’il y ait la vitesse le permettant.

Il y aurait bien une réponse acceptable, celle de se soustraire à la poussière soulevée par la circulation dans les travaux. Mais non plus, cela reste du confort, même si l’idée est là, constituant une piste à suivre : échapper à la poussière grâce à la climatisation, c’est… rouler les fenêtres fermées, et c’est là que la climatisation devient intéressante, une sécurité.

 La méthode scientifique exige l’expérimentation après l’énoncé d’hypothèses. Soit. Une petite promenade en voiture dans les yaylalar du nord-est fera bien l’affaire.

Ces prairies d’altitude sont à la belle saison les pâturages de nombreux troupeaux, de moutons et de vaches. Un endroit où il est agréable de se promener. Mais qui dit troupeaux dit gardiens de troupeaux, bergers et kangals.

 Le kangal…

Qu’est-ce donc ?

 Objectivement, c’est un chien, un berger d’Anatolie.

On lit ici et là que ces chiens sont doux, calmes et affectueux. Disons qu’ils ont la douceur, le calme et l’affection très sélectifs, alors. Un kangal est quand même en premier lieu un molosse, dressé pour protéger les troupeaux de leurs redoutables prédateurs, ours et loups qui peuplent la région, et le collier à clous qu’il arbore ne le rend pas vraiment plus sympathique.

Il est de taille moyenne, 70-80 cm au garrot, un peu trapu même, un peu court sur pattes.Mais il est massif, tout de muscles jusqu’à sa puissante machoire, très rapide de surcroit. Bref, pas le genre de chien auquel on met des chouchous roses dans les poils, ni une petite combinaison écossaise lors des rudes hivers anatoliens

Subjectivement, c’est une terreur, une angoisse, un cauchemar.

Parce que rien ne garantit vraiment que l’on ne soit pas pris pour un prédateur de mouton, même si on n’a pas une tête de loup ou qu’on ne ressemble pas à un vieil ours mal léché.

Pour s’en prémunir, de l’angoisse plus que du kangal, mieux vaut avoir à portée de main un bâton ou une grosse pierre ; la pierre serait plus efficace, mais la question ne se pose pas vraiment : dans les pâturages, il est bien plus facile de trouver une caillasse qu’un bout de bois. Mais même là, il n’est pas certain que cette ruse qui n’est pas sioux du tout soit vraiment rassurante. Pour s’en convaincre, il suffit de s’imaginer jouer au chamboule-tout avec ce protecteur de toisons dorées, ou dans un tournoi d’aïkido.

En fait, tant qu’il surveille les troupeaux, le kangal n’est pas vraiment une menace : le berger n’est jamais vraiment loin, à qui il obéit sans broncher, et le chien est déjà bien assez occupé à maintenir les troupes dans le rang pour ne pas vraiment se soucier de vous.

Non, il devient dangereux lorsqu’il est en repos, et que, parfois, il est laissé sans surveillance. Là, l’image du brave patou cède la place à celle d’un animal féroce assoiffé de sang et amateur de chair fraîche.

Quel rapport avec la climatisation ?

C’est pourtant simple : l’avantage de la climatisation est de rouler fenêtres fermées. C’est un petit confort lorsque l’on roule dans les travaux ou que l’on est bloqué derrière un camion dont le pot d’échappement ferait pâlir de jalousie les usines metallurgiques du XIX° siècle;

Cela devient une sécurité lorsque l’on flâne sur les petites routes qui traversent villages et pâturages, à une allure qu’un marcheur dépasserait aisément.

Car c’est à ce moment précis, où un kangal imaginant probablement qu’un loup ou un ours est capable de conduire une voiture (on ne lui demande pas d’être intelligent, un kangal, on lui demande de protéger les bêtes) vient vous renifler gourmandement l’avant-bras nonchalament appuyé sur l’encadrement de la vitre ouverte, que l’on confond accélérateur et pédale de frein, qu’on s’emmêle dans les sens « monter » et « descendre » qui commandent l’ouverture de la fenêtre, bref, que quelques fractions de secondes paraissent soudainement être les dernières, et une éternité.

Pas question de chamboule-tout ni d’aïkido dans ce contexte. Vous pouvez essayez de l’amadouer en parlant chiffons, ou tenter de lui expliquer que l’objet de sa convoitise n’est pas une patte mais un bras. Personnellement, je ne tenterais pas et je n’ai pas tenté.

Conclusion de la démonstration : la supériorité d’une voiture climatisée sur toute autre se lit sur les canineset dans le regard doré d’un chien de berger anatolien.

Et si ma démonstration n’est pas convaincante, il y a parfois, le long des routes, des chiens qui surgissent de nulle part, des chiens errants, pas des chiens de berger, qui adorent jouer à saute-voiture plutôt qu’à saute-mouton ; et leur hargne étant souvent inversement proportionnelle à leur taille, ce jeu-là risque fort d’être pour les plus petits un saute-dans-la voiture aux vitres abaissées.

~ par Emmanuelle sur 13 juillet 2012.

2 Réponses to “Nom d’un chien !”

  1. Voilà le poste que j’attendais et auquel je souscris entièrement ! Ma première réaction a été de faire remarquer que l’air frais qui rentre par la fenêtre ouverte est généralement fatal à la gorge du passager arrière… Mais, me direz-vous, quand on est à l’avant, on s’en fiche. Quant à cette histoire de kangal… je l’ai vécue trois fois, fenêtres fermées (il faisait froid, chauffage en route), et ce n’est pas plus marrant que fenêtres ouvertes (un peu moins dangereux pour les avant-bras…); j’ai trouvé l’expérience terrifiante (me demandant comment j’allais justifier les dégâts à la carrosserie auprès du loueur), et j’ai joué du frein et de l’accélérateur en alternance pour éviter le molosse furibard tournoyant autour de la voiture (je ne l’avais pas provoqué, je le jure); et le danger passé, j’aurais bien stoppé pour permettre à mon coeur de se remettre, mais bien trop peur que le chienchien me repère à nouveau…

  2. Veuillez corriger illico ma faute d’orthographe: le post et pas le poste; et veuillez considérer avec indulgence que je n’utilise pas mon clavier habituel…

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