Histoire de livres.

En ce temps-là, on arrêtait le véhicule dans la poussière,  devant une échoppe de bord de route comme il y en a tant, avec en arrière le réparateur de crevaisons, et en façade des chaises, déjà malheureusement en plastique, le plus souvent, sous un parasol déjà publicitaire ; le thé venait dans les mains un peu tremblantes d’un vieil anatolien, ou sur un plateau soutenu par une armature et porté par le gamin local. De la poche sortait un billet de 50000 livres. C’était le prix.

Puis la crise est venue ; celle des années 1990 ; celle de l’inflation galopante et des gouvernements qui défilent. Et on est devenu millionnaire ; en livres turques.  Le thé du bord de la route est passé à 100000, puis à 250000, puis à 500000… Bientôt il fallu franchir le cap fatidique : un million la tasse, dans les endroits qui avaient quelques prétentions.  Sur les tableaux de prix, les zéros s’alignaient, le moindre repas simple coûtait des millions. On apprit à aligner les zéros, à les regrouper par trois, à ménager de longs centimètres pour annoncer le moindre prix.

Plus récemment, la « livre turque » a voulu perdre ses encombrants zéros ; il a été décrété qu’elle deviendrait « nouvelle », c’est à dire « yeni ». Du jour au lendemain – enfin, il y eut si je me souviens bien une transition de quelques mois, durant laquelle les deux types de billets étaient acceptés, vint le temps des « yétélés »… Des YTL… Des « nouvelles livres turques ». Mais la nouveauté est par essence une situation provisoire, et en matière de devises, le provisoire, ce n’est ni sérieux, ni souhaitable. La livre devait donc perdre sa jeunesse, renoncer à affirmer sa nouveauté, s’inscrire dans la durée et la stabilité.

Elle est devenue « livre turque », simplement ; et les prix se sont alignés sur les tableaux et les ardoises, suivis d’une mention majuscule : TL.

Cet été, surprise sur les affiches ; le « TL » se fait rare, il va disparaître ; en Turquie, tout va toujours très vite dans la mise en oeuvre, même si dans les esprits c’est plus long et si on demande encore parfois « bes yüz bin » pour la moitié d’une livre.

Un nouveau symbole a fait son apparition ; sorte de croche, la forme globale d’un t minuscule, rompu par un angle, et barré de deux barres, à la manière tant des dollars américains que des euros.  Le signe supplante l’abréviation, le sens supplante l’arithmétique, olives et champignons restent les mêmes.

olives livre turque

~ par dolasadolasa sur 26 août 2012.

Une Réponse to “Histoire de livres.”

  1. Soit que c’était trop tôt, soit que je ne fus pas assez observatrice, je n’ai pas constaté cela en l’automne 2011; néanmoins c’est une évolution intéressante, vers un alignement un tantinet international en même temps que spécifiquement local. Ou un compromis entre les différents alphabets des environs? Les Turcs ne manquent vraiment pas d’idées, ni d’initiatives.

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