Schnapsidee.

Schnapsidee… Un mot à la sonorité molle , qui évoque davantage des synapses alcoolisés qu’une lucide agitation cérébrale ; un mot pourtant autre, un mot difficile à traduire… Une idée, oui, certes, mais encore ?… la Schnapsidee se formule. Difficilement d’ailleurs : elle a tendance à se verbaliser brutalement, sans nuances, dans un unique souffle rapide qui la ferait penser arrogante si elle ne cherchait dans ce débit presque frénétique à ne laisser aucune prise aux légitimes objections de ses auditeurs. Sitôt formulée, on comprend que c’est une Schnapsidee, d’ailleurs, c’est le premier mot qui vient à la bouche, et aucun autre ne viendra. Il paraît qu’elle est très alsacienne, allez savoir…. Ce qui est plus certain c’est qu’elle trouve son terrain de prédilection dans les voyages finissants : nimbée d’ailleurs, elle s’envole dans un pied de nez à tous les obstacles qu’on pourrait lui opposer, s’obstine à donner un horizon à trois saisons, s’amuse mais finalement est-elle aussi peu sérieuse ?

Quelles sont ces lumières orangées, qui fusent depuis les hauteurs des bâtiments de Taksim, ou qui glissent puis prennent de l’altitude à partir du petit quai de la tour de Léandre ? Nuées d’hélicoptères nocturnes, ballet de lucioles géantes, envahisseurs mystérieux de la cité ottomane ?

Si ce sont des lanternes thaïlandaises, se l’avouer est bien trop prosaïque ; si ce n’est que le résultat conjoint  de l’interdiction récente des feux d’artifice bruyants et tonitruants et de la mode venue de certains pays d’Europe, se le dire est trop terne.

Texte à deux voix, sur une terrasse baignée de soleils couchants où coulent l’Efes et le vin blanc. Les cargos glissent dans la pénombre du Bosphore, le ciel d’Istanbul résonne des iftars estivaux, des rires des mouettes, sourires dans les orangés qui déclinent derrière les minarets ou dansent dans la nuit du détroit.

Et si l’an prochain le retour se faisait par la terre, par l’asphalte, depuis Tbilisi, Telavi, ou Bakou ?… Et si l’an prochain tu voyais la plaine anatolienne à travers le pare-brise presque vertical d’une Volga Gaz M24, derrière les  essuie-glaces épais et métalliques de cette lourde carcasse soviétique ? Il paraît qu’elle a été importée en Belgique à plus de 1500 exemplaires dans les années 70, il doit bien rester quelque break crème ou verdâtre dans une grange des Ardennes ou dans un garage de la banlieue de Bruxelles.

Si aucune Volga ne se présente, il y a bien une Otosan à vendre, dans les rues de Çiçekçi… Une blanche… Une rouge aussi, pas loin, dans la descente vers Salacak… Et une autre, un coupé, rouge aussi, mais plus rare, dans l’avenue qui monte vers le consulat d’Iran.

Schnapsidee….

terrasse bosphore

Par Dolasadolasa et Emmanuelle.

~ par dolasadolasa sur 3 septembre 2012.

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