Ara, jeu de mots pour un huis clos.

Dans Ara, Ümit Ünal ne nous fait pas visiter Istanbul et ne nous offre pas de vue sur le Bosphore.

Loin de là.

L’ensemble du film se déroule dans un appartement stambouliote de Beyoğlu, à la cage d’escalier vieillotte, et dont le hall d’entrée se pare d’une pile de pavés autobloquants pour cour d’immeuble  : parquet râpé, fenêtres à guillotines donnant sur l’étroite rue en pente, et canapé égaré dans un salon vide ; dans cet appartement, loué habituellement pour des tournages, ce qui explique les peintures bâclées et la trace rouge d’un sang de fiction sur le mur, Gül, une jeune femme mi-turque mi-française, traîne les vestiges d’un passé familial  douloureux.

Ara Umit Unal

Le film retrace par sketches une décennie – 1998 à 2008 – de vie de deux couples : Gül et Ender, un petit gros, dont il se dit qu’il porterait la dimension autobiographique du film, type-idéal du quarantenaire de 2010 ; Veli, collègue de travail d’Ender, et partenaire dans la vie, outre de la brune Senda, du jeune Dogu, éphèbe aux apparitions fugaces. Deux couples donc, et des histoires sentimentales croisées, chacun des deux hommes nourrissant une relation, d’amitié et de plus que ça, avec la partenaire de son ami. Ender, le jaloux de nature, est aussi l’amant sans ambages de Senda, et Veli, dont la vraie vie sentimentale est au bureau auprès de Dogu, est l’ami de coeur de Gül.

Entre deux scènes de la vie des deux couples, datées, le réalisateur glisse des intermèdes, morceaux de clips, tranches de tournages supposés s’être tenus dans cet appartement que nous ne quittons donc jamais.

Le fond du propos tient dans le titre, qui nous ouvre des pistes d’analyse de cette chronique des enfants des années 60 dans une Turquie qui embrasse la modernité et fait face à ses vieilles contradictions sociétales et morales.

Ara, titre bref et à sens multiples, que les acteurs déclinent au fil des tranches de vie, parfois festives, souvent largement imbibées de cognac et de whisky. Si on cherche, on trouve, et « ara » est en turc une injonction à chercher. On trouve qu' »ara« , c’est aussi l’idée d' »entre les deux« , et le bref titre se trouve porteur des relations passionnelles et affectives en tous genres qui surviennent « entre » les uns et les autres. On trouve aussi qu' »ara » a le sens de « rupture« , de « pause« , et renvoie tant à la fin du film, qui voit l’équipage se dissoudre, qu’aux jeux de mise en scène, qui rompent le fil du temps de saynètes.

Est-ce du théâtre filmé ? L’idée a du sens, d’autant que l’écran noir s’éclaire dès les premiers instants d’une citation du prix Nobel de littérature et dramaturge Harold Pinter, extraite de Betrayal, pièce à succès de 1978. Vaudeville sans le burlesque, encore que, et fresque de dix années d’une génération, Ara parlera à qui s’ouvre plutôt aux caractères qu’à l’intrigue.

Ara, de Ümit Ünal,  ne semble pas disponible en Dvd ; il est quelquefois à l’affiche à Istanbul, comme il l’était au Pera museum le 13 septembre 2012. Il a reçu le prix spécial du jury, pour ce qui est de la compétition nationale, au Festival international du film d’Istanbul en 2008, et Serhat Tutumluer a été  primé comme meilleur rôle pour Veli.

~ par dolasadolasa sur 17 septembre 2012.

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