Le cuisinier et l’île trop paisible : cinéma

C’est un réel tube que cette musique de film, et elle a accompagné tant de thés et tant de ces moments d’attente ou de repos, tant de pides ou d’instants oisifs depuis sa sortie en 2008.
Quand Ayla Dikmen relance le couplet : « Di-ler-im ki mutlu ol sevgilim », la nonchalance nostalgique, un peu folk, aux presque accents de sirtaki, s’installe.
Alors on connaît la chanson, mais que dire du film ?

On ne l’achète pas pour du Ceylan, et on se doute bien qu’on passera plus de temps sur les bords du Bosphore ou dans les ruelles de Karaköy que dans les plaines anatoliennes, encore que le scénario réussisse à nous offrir les images d’un bus en route pour Mersin, berceau familial du personnage principal.
Les premières minutes nous font découvrir un cuisiner, exigeant, rude, meneur d’hommes, intraitable sur la cuisson du poivron rouge et du champignon, et amateur de relations violentes avec des prostituées. Un instant on revoit la figure du cuisiner espagnol de Soul Kitchen, le film de F. Akin, qui lançait des poignards pour un plat mal cuit. Soit.
Alper, c’est son nom, aime la musique, les disques à microsillons, ce qui le mène dans une boutique voisine du la tour de Galata ; Ada, la brune, la discrète, l’artiste qui fabrique des déguisements pour enfants, cherche un livre de… Thomas Hardy. Soit aussi.
Ce livre, Alper va l’acheter, et le lui offrir, non sans l’avoir dédicacé à son nom … et à son numéro de téléphone.
Nous en sommes à la minute 10 du film, et soudain retentit, pour accompagner cette rencontre… Michel Fugain !… « La belle histoire », la romance d’aujourd’hui laissera le spectateur… songeur… Au mieux.

Ada saura dompter pour un temps cet Alper qui n’aimera jamais que lui-même, égoïste et souvent au bord de l’éclat de violence ; Alper reviendra, avec un cake à la carotte, spécialité de la maison, ou avec un bouquet de fleurs jaunes, agrémentées d’une ébriété certaine.

La vraie bonne surprise du film viendra de Mersin, et débarquera d’un bus blanc à l’otogar de Harem ; la mère d’Alper, venue pour un mariage – une obligation familiale qu’Alper dédaignera – éclairera le film de sa bienveillance et de sa fraîcheur orientale. Cheveux tirés, robés désuètes, dolmas en quantité, elle – jouée par l’actrice Yıldız Kültür, verra dans Ada celle qui pourrait sortir son fils Alper du tourbillon de tension égoïste et de violence intérieure qui l’emportent dans la vie.
La mère sera témoin des violentes réactions de son fils, lequel annoncera à Ada qu’il rompte la relation alors qu’elle s’attable devant les dolmas maternels.
L’histoire deviendra dès lors une histoire des occasions manquées, que le scénario explicite par un jeu – un peu lourd – de dialogues par antiphrases lors d’une scène finale, devant un cinéma de centre commercial. Ada mariée et mère fait celle qui est heureuse, Alper toujours lui-même, aux prises avec ses contradictions et ses violences fera celui qui est heureux…

C’est rythmé, c’est bien joué, c’est assez turc, à travers le personnage de la mère, et on apprécie finalement l’ambiance du quartier de Galata, les rues en pente et les échoppes ; le tourbillon des turpitudes intérieures d’Alper, derrière le masque de Cemal Hünal, laisserait presque compatir.

Issız Adam (Alone dans la traduction officielle anglophone) par Çağan Irmak, 2008

~ par dolasadolasa sur 20 octobre 2012.

Une Réponse to “Le cuisinier et l’île trop paisible : cinéma”

  1. Outre les clichés de l’éternel égoïsme masculin versus romantisme féminin, c’est le film d’une génération, celle de la jeunesse urbaine des années 2000 partagée entre valeurs familiales fortes et solitude moderne. En caricature franco-turque, c’est un peu LE film « bobo arabesk ».

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